Chief Whip du gouvernement et députée de Belle-Rose–Quatre-Bornes, Stéphanie Anquetil aborde la prochaine rentrée parlementaire dans un contexte de recomposition de l’opposition. Elle revient sur ses relations avec Joe Lesjongard et Adrien Duval, évoque la nouvelle configuration à l’Assemblée nationale et se confie surtout sur le décès du petit Adriano, une affaire qui a profondément bouleversé le pays.
La rentrée parlementaire s’annonce dans un contexte de recomposition, avec notamment un nouveau leader de l’opposition. Comment abordez-vous cette nouvelle configuration ?
Nous sommes actuellement en pleine recomposition. Plusieurs députés ont déjà soumis leurs questions et nous avons également préparé les nôtres sur les sujets d’actualité. De mon côté, je suis prête pour la rentrée parlementaire. Nous n’avons aucune raison d’avoir peur de poser des questions. Chaque député est libre de poser celles qu’il juge nécessaires. C’est aussi notre responsabilité de demander des comptes et de défendre les intérêts de la population.
Vous avez travaillé avec Joe Lesjongard lorsqu’il était leader de l’opposition. Quel regard portez-vous sur son travail et son départ de ce poste ?
Joe Lesjongard a très bien fait son travail. Il peut être un adversaire politique, mais nous le respectons énormément. C’est quelqu’un de très correct et de très professionnel. Je rejoins d’ailleurs ce que le Premier ministre a dit à son sujet. La ligne de communication que nous avions avec lui était extraordinaire. En tant que Chief Whip, je peux également dire que nos relations étaient très bonnes. Il fallait organiser le travail parlementaire et nous n’avons jamais eu le moindre souci avec lui.
Et avec Adrien Duval, qui assumait auparavant les responsabilités de Whip de l’opposition ?
Avec Adrien également, la communication était au top. Nous avons toujours pu travailler dans un esprit de dialogue. Dans certaines situations, j’ai même dû aller un peu plus loin dans mon rôle, parce que certains échanges ne passaient pas nécessairement par le Whip de l’opposition, mais directement par moi, notamment avec le Fron Militan Progresis. Lorsqu’il y avait un problème à régler ou quelque chose à faire avancer, nous travaillions ensemble. L’objectif était que le Parlement puisse fonctionner correctement.
Vous vous attendez donc à maintenir cette collaboration avec le nouveau leader de l’opposition ?
Chaque personne a son caractère et sa manière de travailler. Pour ma part, je suis là pour faire mon travail. Je gère une grande partie de l’organisation de l’Assemblée nationale et je continuerai à le faire avec le même état d’esprit. À l’heure où nous parlons, le FMP n’a pas encore pris contact avec moi concernant la prochaine séance de mardi. Nous attendons encore de voir comment les choses vont évoluer. Mais je reste ouverte au dialogue.
« Nous sommes là pour défendre les citoyens et faire avancer les dossiers qui les concernent. »
Vous dites gérer une grande partie de l’organisation de l’Assemblée nationale. Quel est concrètement votre rôle en tant que Chief Whip ?
Le rôle du Chief Whip est important dans le fonctionnement quotidien du Parlement. Il faut organiser, coordonner et faire en sorte que les travaux puissent avancer dans de bonnes conditions. Cela nécessite beaucoup de communication avec les différents députés, y compris ceux de l’opposition. Je considère que nous devons toujours privilégier le dialogue. Nous sommes là pour défendre les citoyens et faire avancer les dossiers qui les concernent.
Le décès du petit Adriano a suscité une vive émotion dans le pays. Comment avez-vous personnellement vécu ce drame ?
Le décès du petit Adriano m’a profondément bouleversée. Comme beaucoup de personnes dans le pays, j’ai été déchirée par ce qui s’est passé. C’est une situation extrêmement difficile. Dans des moments pareils, il faut avant tout penser à l’enfant et éviter les commentaires qui peuvent donner l’impression de faire porter toute la responsabilité sur la mère.
Certains estiment pourtant que la mère doit également répondre de ses responsabilités. Que leur répondez-vous ?
Je respecte les positions de mes collègues et je comprends que chacun puisse avoir son opinion. Mais il faut être extrêmement prudent. Dans une situation aussi tragique, dire directement que la responsabilité revient à la mère n’est pas la bonne approche. Il faut regarder l’ensemble du système ainsi que les responsabilités de toutes les personnes et institutions concernées.
« Le système de protection doit être examiné »
Vous estimez donc qu’il faut davantage interroger le fonctionnement du système de protection ?
Absolument. Nous savons qu’il existait des mesures de protection et que, malgré cela, certaines choses se sont produites. Il y a des personnes qui ont des responsabilités. Lorsqu’une femme retire une mesure de protection, par exemple, cela ne signifie pas nécessairement que toutes les démarches doivent s’arrêter et que les contacts doivent être complètement coupés.
Que faudrait-il faire dans de telles situations ?
Les autorités doivent assurer un suivi beaucoup plus étroit. Lorsqu’une situation est identifiée comme étant à risque, il faut pouvoir revenir régulièrement sur le dossier, réévaluer les circonstances et vérifier si la situation de l’enfant et de la famille a réellement évolué. Les autorités doivent relire certains dossiers et renforcer les mécanismes de suivi. Ce sont des situations dans lesquelles il faut être extrêmement vigilant.
Votre position est-elle aussi un appel à revoir les procédures existantes ?
Oui. Il faut tirer les leçons de ce qui s’est passé. Je ne veux pas entrer dans une logique où nous cherchons simplement une personne à blâmer. Il faut comprendre ce qui n’a pas fonctionné et voir comment éviter qu’une telle tragédie puisse se reproduire. Lorsqu’un enfant est vulnérable, le système doit être capable de rester vigilant, même lorsque certaines circonstances changent.
« Certains me donnaient déjà perdante avant même les dernières élections »
Vous entamez votre troisième mandat à Belle-Rose–Quatre-Bornes, un résultat particulièrement marquant, alors que certains doutaient même de votre candidature ?
J’ai obtenu 29 398 voix, ce qui représente un nombre de voix historique pour une femme depuis l’Indépendance. Je suis profondément reconnaissante envers toutes les personnes qui m’ont accordé leur confiance. Pourtant, avant les dernières élections, certains disaient que mon siège était perdu d’avance. Il y a même eu beaucoup de choses faites pour que je n’obtienne pas de ticket. Mais je suis toujours là. Pour ma part, je reste au service de la population et concentrée sur mes responsabilités. Je continuerai à faire mon travail du mieux que je peux et à être présente auprès des personnes que je représente.
Comment abordez-vous la rentrée parlementaire ?
Nous sommes prêts et déterminés. Nous n’avons pas peur de poser des questions et nous exercerons pleinement notre rôle de députés. Le Parlement doit permettre de soulever les préoccupations de la population et d’obtenir des réponses.

