« L’un de ses hommes de loi aurait sans doute fait une meilleure carrière à Bollywood que dans un prétoire », lâche un de ses proches
La rupture semble désormais consommée, ou à tout le moins imminente. Détenu depuis plusieurs semaines à la prison de haute sécurité de Melrose, le milliardaire malgache Mamy Ravatomanga serait arrivé à un point de non-retour avec son équipe légale. Selon des proches de l’homme d’affaires, la confiance est brisée et l’exaspération totale. En coulisses, un remaniement en profondeur de sa défense se prépare.
« Certains hommes de loi auraient dû être comédiens », lâche sans détour un membre de son entourage. Une phrase lourde de sens, qui résume le malaise grandissant autour d’une défense jugée trop théâtrale, trop médiatique, et surtout inefficace face à une machine judiciaire qui, elle, continue d’avancer sans faiblir.
Une incarcération qui s’éternise
Arrêté à son arrivée à Maurice en octobre dernier, Mamy Ravatomanga est depuis maintenu en détention à l’ESH de Melrose, sous surveillance étroite, 24 heures sur 24. Malgré plusieurs tentatives de remise en liberté sous caution, la justice mauricienne est restée inflexible. À l’approche des fêtes de fin d’année, sauf retournement de situation, l’homme d’affaires passera Noël et le Nouvel An derrière les barreaux.
Une perspective vécue comme un échec cuisant par ses proches, d’autant que, dans des dossiers connexes, d’autres protagonistes ont retrouvé la liberté après de brèves périodes d’incarcération. Pour l’entourage de Ravatomanga, cette différence de traitement interroge et renforce le sentiment que la stratégie de défense adoptée jusqu’ici n’a pas été à la hauteur des enjeux.
Une défense très médiatique, peu efficace ?
Depuis le début de l’affaire, la communication a été omniprésente. Conférences de presse, déclarations publiques musclées, interventions d’avocats étrangers et figures respectées du monde juridique : tout semblait réuni pour installer un rapport de force. Pourtant, sur le plan judiciaire, rien n’a bougé.
L’équipe légale actuelle comprend notamment Me Siddhartha Hawoldar, Senior Counsel, assisté de Mes Joy Beeharry et Kushal Lobine, ce dernier étant également leader et député des Nouveaux Démocrates. Le 1er novembre dernier, une conférence de presse très attendue avait été organisée dans les bureaux de Me Hawoldar, en présence de Me Hector Bernardini, avocat français ayant défendu Ravatomanga devant le Parquet national financier à Paris, ainsi que de l’ancien Chief Justice Eddy Balancy.
Mais après l’effet d’annonce, le soufflé est retombé. Aucun développement favorable, aucune percée procédurale, aucune libération conditionnelle. Au contraire, la détention s’est prolongée, renforçant le sentiment d’enlisement.
« Trop de mise en scène »
C’est précisément cette absence de résultats qui nourrit aujourd’hui la colère du détenu. Selon plusieurs sources proches du dossier, Mamy Ravatomanga reproche à ses avocats d’avoir privilégié l’exposition médiatique au détriment d’une stratégie juridique offensive, ciblée et efficace.
« À force de vouloir faire passer des messages, ils ont oublié de faire avancer le dossier », confie un proche. D’autres parlent d’une défense plus préoccupée par les caméras que par les tribunaux. D’où cette remarque cinglante, revenue à plusieurs reprises dans son entourage : « Certains auraient été plus crédibles sur une scène de théâtre que dans une salle d’audience ».
Cette frustration serait d’autant plus vive que Me Siddhartha Hawoldar, considéré comme la pièce maîtresse du dispositif, se trouve actuellement hors du pays pour une visite privée en Inde, compliquant davantage la coordination de la défense dans une phase pourtant cruciale.
Un dossier qui s’alourdit
Pendant que la défense patine, la situation de Mamy Ravatomanga s’est nettement aggravée sur d’autres fronts. Le 12 novembre, la Cour suprême de Madagascar a ordonné le gel intégral de ses avoirs et de ses comptes bancaires dans le cadre d’enquêtes financières. Deux jours plus tard, le 14 novembre 2025, le ministère malgache des Affaires étrangères lui a retiré son statut de consul honoraire de Serbie et de Côte d’Ivoire.
Cette décision a entraîné la perte de toutes ses immunités diplomatiques, le plaçant désormais entièrement sous la juridiction mauricienne. À Port-Louis, il fait face à plusieurs accusations provisoires, dont entente délictueuse, blanchiment d’argent et trafic d’influence, dans une enquête menée par la Financial Crimes Commission (FCC).
Le groupe Sodiat en difficulté, les employés dans la rue
Les conséquences de cette affaire dépassent largement le sort personnel de Ravatomanga. À Madagascar, le groupe Sodiat, qu’il préside depuis sa création en 1990, traverse une crise majeure. Le gel des comptes du groupe a paralysé les opérations et empêché le paiement des salaires.
Le 22 novembre 2025, près de 4 000 employés sont descendus dans la rue à Talatamaty pour dénoncer une situation qu’ils jugent injuste et dangereuse pour la survie de leurs familles. « Détruire les entreprises malgaches, c’est tuer les Malgaches », ont-ils martelé. Le 11 décembre, un sit-in à Mandrosoa Ivato a viré à la colère, avec l’incendie d’une roue sur la voie publique.
Un homme décidé à reprendre la main
Coincé entre les murs de Melrose, Mamy Ravatomanga ne veut plus subir. Selon son entourage, il souhaite désormais reprendre le contrôle total de sa défense, exposer sa version des faits et mener une contre-offensive frontale contre ce qu’il considère comme une vendetta politico-judiciaire.
Mais cette volonté se heurte, selon lui, aux limites de son équipe actuelle. D’où cette réflexion de plus en plus insistante : changer d’avocats, revoir entièrement la stratégie et engager une défense plus combative, moins spectaculaire mais plus redoutable.
Si cette rupture venait à se concrétiser, elle marquerait un tournant majeur dans une affaire déjà explosive, dont les répercussions continuent d’ébranler les sphères judiciaires, politiques et économiques, aussi bien à Maurice qu’à Madagascar.

