Le départ de Paul Bérenger à la fois du gouvernement et du MMM crée un vacuum politique. Personne n’est irremplaçable. Peu importe son envergure ou sa stature passée ou actuelle. Aujourd’hui, Maurice étant ce qu’elle est, le leader maximo donnait une certaine garantie à une couche de la population. Même si dans la pratique, sa politique ultra-libérale a toujours favorisé une couche économique proche de l’oligarchie ultra-sucrière. Il faut reconnaître que depuis le départ de Sir Gaëtan Duval, la communauté créole peine à se trouver un leader ou un « King Creole ». Paul Bérenger n’a jamais rempli cette fonction. Il était là faute de mieux.
Une communauté en quête de repères
Or, l’avenir politique de la communauté créole, regroupée au sein de l’appellation « population générale » dans notre Constitution, nécessite une profonde introspection. Qui pour mieux la représenter ? Dans les rangs de l’opposition, éliminons de tout go Franco Quirin, qui, en tant qu’indépendant, n’a pas une base solide. De plus, à travers ses interventions, il semble assez limité sur le plan national, quoi qu’il soit un bon député.
Il ne faut pas oublier que Paul Bérenger a, au fil des années, freiné l’émergence d’un leader créole au sein du MMM. Il suffit de se rappeler le sort réservé aux hommes politiques de la communauté, à savoir Sylvio Michel, Jean-Claude de l’Estrac, Steven Obeegadoo, Ivan Collendavelloo ou, plus récemment, Franco Quirin. Il suffit également d’examiner les nominations qu’il a effectuées depuis son accession au poste de Deputy Prime Minister pour s’en convaincre.
Joanna Bérenger peine à convaincre, même chez certains militants qui l’adulent en fonction du respect pour son père et son patronyme. On ne la voit pas prendre de l’épaisseur politique pour jouer ce rôle. Adrien Duval, l’héritier de la dynastie de son grand-père, n’est pas totalement investi dans cette mission. Après un passage politique difficile comme Deputy Speaker, député de l’opposition, Speaker et maintenant whip de l’opposition, il devra sans doute « vastly and amazingly improve » pour devenir un leader national. Joe Lesjongard, l’actuel leader de l’opposition, avait toutes les qualifications possibles, mais il s’était éclipsé lors de son passage au MMM quelques années après 2005 jusqu’en 2016. Plutôt modéré, il n’est pas un combattant à proprement parler. D’autant qu’il a lui-même affirmé qu’un retour à la députation ne l’intéressait pas après 2029.
Les limites du MMM et des figures émergentes
Dans ce contexte, il faut regarder à travers le gouvernement. D’abord au niveau du MMM, Arianne Navarre-Marie fut un temps pressenti pour succéder à Paul Bérenger au sein de son parti lors des tumultes. D’origine chagossienne, elle est le modèle de l’émancipation et de la réussite d’un membre de la communauté créole. Élue à 18 ans au Parlement en 1982, elle a effectué un grand retour à la vie politique en 1995. Depuis, elle est la seule, avec Paul Bérenger, à avoir connu des succès dans trois 60-0. Toutefois, elle semble limitée sur le plan de l’impact politique. Outre la circonscription No 1, Port-Louis Ouest/Grande Rivière Nord-Ouest, elle n’a jamais eu d’impact ailleurs. En 2014, elle fut balayée au No 4 à Port-Louis Nord/Montagne Longue dans la vague des 54-6 en faveur de l’alliance Lepep. Au Parlement, elle rencontre souvent d’énormes difficultés, comme lors de la dernière Private Notice Question sur la violence domestique, où, quand elle est mise sur le gril face à des députés tenaces comme Anabelle Savabaddy et Stéphanie Anquetil, ou qu’Eshan Juman et Farhad Aumeer y ajoutent leur grain de sel. Tandis que les Ludovic Casernes et Tony Apollon ont d’énormes marathons à accomplir pour avoir une telle prétention.
Richard Duval et l’héritage à reconstruire
Que fera Richard Duval ? Nul ne le sait. Celui qui a longtemps évolué dans l’ombre de Xavier et Adrien est aujourd’hui ministre du Tourisme. Il est jusqu’à présent membre des Nouveaux Démocrates et tente de reprendre la main sur les « Joes » de Sir Gaëtan Duval. Une tâche herculéenne sans une structure solide. On ne l’a pas trop vu sur le plan pour prendre le leadership de la communauté.
Le Parti Travailliste, terre d’émergence
Du côté du Parti Travailliste, la question doit être abordée avec beaucoup plus de sérieux. Car en son sein, le parti des rouges a été porté par le Dr Maurice Curé. Il a connu des noms glorieux comme Emmanuel Anquetil et Guy Rozemont, entre autres. Sans oublier des politiciens de calibre comme Sir Harold Walter, Clarel Malherbes, Marie-France Roussety, James Burty David, Hervé Aimée. Tous des vaillants soldats pour la cause mentionnée plus haut. Aujourd’hui, l’avenir politique de la communauté créole se trouve en son sein.
Car parmi ceux qui devront à coup sûr jouer un rôle de premier plan à l’avenir se trouvent : Fabrice David, Stéphanie Anquetil, Sydney Pierre et Anabelle Savabaddy. Les deux premiers ont des patronymes intéressants. Fabrice David a convaincu depuis 2019 avec deux mandats populaires. Il doit utiliser sa position comme Junior Minister à l’Agro-industrie pour encourager un retour à la terre et à l’élevage qui ferait de lui un élément incontournable, soit un destin de « front-bencher » s’il marche dans les pas de son père. L’élu de la circonscription No 1, Port-Louis Ouest/Grande Rivière Nord-Ouest, doit également s’inspirer du combat de ce dernier contre l’oligarchie et en faveur des démunis.
Assirvaden en pole position
Stéphanie Anquetil est à son troisième mandat. Députée tenace, elle n’a pas courbé l’échine même devant le « loud speaker » Sooroojdev Phokeer. Elle occupe aujourd’hui les fonctions de Chief Whip du gouvernement, ce qui, à coup sûr, lui permettra de gravir les échelons. Finalement, Anabelle Savabaddy, élue en tête de liste dans la circonscription No 4-Port-Louis Nord/Montagne Longue, obtient les faveurs de sa communauté, un peu plus facilement que les autres jeunes élus de la cuvée 2024. Sa force, c’est son omniprésence dans la circonscription. Au Parlement, elle a impressionné par ses discours et sa maîtrise des dossiers, même complexes, qu’elle soulève à l’heure des interpellations. Pentecôtiste convaincue, elle a encore du chemin à faire mais se positionne déjà comme une figure de proue dans la lutte créole.
Sydney Pierre, la force tranquille…
Sydney Pierre est sans doute le professionnel le plus aguerri de toute la bande. Discret mais efficace, il dispose d’un réseau et d’un carnet de contacts impressionnants. Expert en matière de tourisme, qui a fait les beaux jours d’importants groupes hôteliers, il est très pragmatique dans son approche. Il déteste la discrimination. Récemment, il a pris position contre les hôtels qui ont oublié comment la population mauricienne a volé à leur secours durant la pandémie du Covid alors que nos frontières étaient fermées. Aujourd’hui, ces établissements ont des pratiques discriminatoires envers nos compatriotes, ce qu’il a fustigé. Très actif dans le domaine social, Sydney Pierre est connu pour avoir le cœur à la main. Fort d’un bilan positif, il sera un élément incontournable à l’avenir.
Mais celui qui coche toutes les cases, c’est bien le ministre de l’Énergie, Patrick Assirvaden. Le président du PTr est brillant et compétent dans son domaine, même en période de crise. À la tête du CEB après 2005, il s’était fait récompenser par la firme PricewaterhouseCoopers pour sa gestion et les comptes audités de l’institution en 2009. Une distinction jamais obtenue après par l’opérateur électrique. À la mort du Dr James Burty David en décembre de la même année, Subash Gobine, alors chroniqueur politique sur Radio Plus, lui prédit un avenir politique pour remplacer l’illustre ministre travailliste et devenir un dirigeant de la communauté créole. Le destin a voulu que Mario Flore lui ait alors décerné le titre de « Personnalité de l’année » dans sa publication La Voix Kreol. Depuis, il a pris de l’épaisseur, grâce à ses élections en 2010, 2019 et 2024. Sa fidélité au Parti Travailliste mérite d’être soulignée. Il est l’interlocuteur privilégié et sa facilité à interagir avec les autres composantes de la nation mauricienne le place en pole position pour devenir le prochain « King Creole »

