Kushal Lobine : « Le gouvernement n’a pas été élu pour durer, mais pour agir »

ByRédaction

March 24, 2026

La démission de Paul Bérenger de son poste de Deputy Prime Minister, vendredi matin, rebat les cartes au sein de l’Alliance du Changement. Le député et leader des Nouveaux Démocrates, Kushal Lobine, appelle à relativiser la situation, estimant que « la majorité ne doit pas reposer sur une seule personnalité ». Entre divergences d’approche et impératif de stabilité, l’exécutif est désormais attendu sur sa capacité à garder le cap et à poursuivre les réformes engagées.

Le départ de Paul Bérenger fragilise-t-il l’Alliance du Changement ?
C’est évidemment un moment important sur le plan politique. Mais une majorité ne peut pas dépendre d’une seule personnalité, aussi influente soit-elle. Elle doit reposer sur un programme, une vision et des engagements clairs. L’Alliance du Changement dispose d’un mandat de cinq ans pour mettre en œuvre des réformes structurelles profondes. Ce mandat reste intact. D’ailleurs, le rapport V-Dem confirme que le pays est engagé sur une trajectoire de redressement démocratique. Il faut maintenant traduire cela en actions concrètes.

Faut-il y voir le signe de tensions internes plus profondes ?
Je ne parlerais pas de tensions, mais plutôt de différences d’approche. C’est normal dans une coalition. Il faut faire la distinction entre les dynamiques politiques et la responsabilité de gouverner. Aujourd’hui, l’urgence est ailleurs : il faut se recentrer sur les résultats. Le pays attend des décisions, pas des débats internes.

Le MMM reste dans la majorité malgré le départ de son leader. Est-ce une position durable ?
Les déclarations des députés et ministres du MMM, ainsi que celles de Paul Bérenger lui-même, montrent clairement que la majorité du comité central souhaite poursuivre l’aventure gouvernementale. Pour moi, c’est une ligne claire. Il y a une volonté de continuer le travail engagé, sans ambiguïté.

« Nous ne sommes pas là pour exploiter une situation, mais pour assurer stabilité et cohérence. »

Quel rôle peuvent jouer les Nouveaux Démocrates dans ce contexte ?


Notre rôle n’est pas d’exploiter une situation, mais d’apporter stabilité et cohérence. Si des ajustements doivent être faits, ils doivent l’être dans l’intérêt du pays. Nous restons fidèles à notre engagement : renforcer la démocratie et accompagner les réformes structurelles. Le peuple n’a pas voté pour un simple changement de visages, mais pour une transformation du système. Nous avons les moyens de le faire, donc nous avons aussi le devoir de réussir.

Ce départ peut-il être interprété comme un échec collectif ?


Non, je ne le pense pas. C’est plutôt une occasion de réflexion. Il est temps d’ouvrir davantage l’espace démocratique, notamment aux jeunes. Après près de six décennies d’indépendance, le pays a besoin de renouvellement. Il faut miser sur la compétence, le mérite et l’innovation. Une nouvelle génération doit pouvoir émerger pour construire une politique plus moderne, plus participative et tournée vers une économie durable, centrée sur l’écologie et le bien-être des Mauriciens.

« L’incertitude fragilise la confiance des investisseurs et de nos partenaires internationaux. »

La situation actuelle peut-elle affecter la crédibilité du gouvernement ?


Toute période d’ajustement comporte des risques. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de rupture de majorité. Il y a une volonté claire de poursuivre le travail engagé. Il est essentiel de préserver la stabilité, car toute incertitude envoie un mauvais signal aux investisseurs et à nos partenaires internationaux. Le contexte économique est déjà sensible, il faut donc faire preuve de responsabilité.

Parlez-vous d’un blocage structurel au sein du gouvernement ?


Non. Justement, le mandat du gouvernement est de corriger ces blocages. Les réformes sont là pour ça. Nous sommes dans une phase de transformation, pas d’immobilisme.

Le Parti travailliste pourrait-il gouverner sans ses alliés ?


Le Parti travailliste dispose d’un poids important au sein de l’alliance, avec 35 députés, et bénéficie du soutien d’une large majorité des partenaires, notamment le MMM, REA, les Nouveaux Démocrates et les élus de Rodrigues. Le mandat est clair. Mais gouverner, ce n’est pas imposer, c’est partager les responsabilités. La réussite passera par la cohésion et l’implication de tous, y compris de la population.

« Le Premier ministre est solidement en place et pleinement aux commandes. »

Y a-t-il un malaise plus profond au sein du pouvoir ?
Non. Le Premier ministre est solidement en place. Dans un contexte international incertain, son expérience et son sens de l’État sont des atouts majeurs. Ce qui est attendu aujourd’hui, c’est du travail. Les grandes réformes doivent maintenant entrer dans leur phase concrète. Il est temps de passer des intentions aux actes.

Une clarification politique rapide est-elle nécessaire ?
La clarté est toujours essentielle en politique. L’ambiguïté nourrit les spéculations et détourne l’attention de l’essentiel. Le pays a besoin d’action. La politique ne doit pas prendre le dessus sur l’intérêt national. Aujourd’hui plus que jamais, il faut travailler et répondre aux attentes de la population.

Une rupture au sein de l’alliance serait-elle une trahison du mandat ?
Non, car la situation actuelle ne s’inscrit pas dans cette logique. L’Alliance du Changement reste engagée à honorer le mandat reçu des électeurs.

Quelle est votre ligne rouge ?
L’intérêt du pays. Je ne soutiendrai jamais une stabilité de façade si elle freine les réformes. La stabilité doit servir l’action, pas l’inaction.

La stabilité peut-elle devenir un piège ?
Oui, si elle devient une excuse. Elle doit être un levier pour agir plus efficacement, pas un prétexte pour éviter les décisions difficiles.

Seriez-vous prêt à assumer une rupture si nécessaire ?


Je ne raisonne pas en termes de scénarios hypothétiques. Ce qui compte, c’est la cohérence et la crédibilité. Les décisions doivent être prises dans l’intérêt du pays, pas en fonction de calculs politiques.