Shafick Osman : « Le MMM peut et doit exister sans Bérenger »

ByRédaction

March 30, 2026

Shafick Osman, docteur en géopolitique basé à Kampala, ne mâche pas ses mots. Pour lui, la nostalgie affichée par Paul Bérenger autour de l’alliance MMM-MSM-PMSD (2000-2005) relève davantage du mythe que de la réalité politique. Dans cet entretien, il décrypte les recompositions en cours, évoque les perspectives incertaines du MSM malgré une base encore solide, et analyse les zones d’ombre qui entourent la succession au sein du Parti travailliste.

  1. Quel constat faites-vous de la scène politique après la déclaration de Paul Bérenger hier (samedi 28) ?

Comme c’était un peu prévisible, rien de concret ne s’est dégagé de ce rassemblement de Paul Bérenger et j’hésite à dire ici, du rassemblement du MMM. La seule option nouvelle est la possibilité d’une contestation en Cour suprême, mais sinon, les trois autres options sont connues depuis une semaine, voire un peu plus.

  1. Selon vous, le MMM peut-il exister sans Paul Bérenger ?

Bien entendu, et c’est même nécessaire pour la survie du parti, pour sa durabilité. J’ai été effaré de voir hier, au Plaza, des pancartes  façon états-unienne  disant que « Pena MMM san Paul Bérenger » ! C’est monstrueux et cela démontre combien les anti-gouvernement du jour au MMM voient Paul Bérenger comme l’homme providentiel de toujours. Ces pancartes montrent aussi comment les Bérengistes perçoivent le MMM : une déviation totale de l’esprit fondateur du parti.

« Joanna Bérenger est dans une logique claire d’opposition »

  1. Quel avenir pour Joanna Bérenger à présent ?

Je ne sais pas si elle l’a dit publiquement, mais Joanna Bérenger est dans une logique claire d’opposition. On l’a vue hier au-devant de la scène, mais on ignore si elle partage totalement le discours de son père à ce jour sur le gouvernement du Dr Navin Ramgoolam.

Ses questions à l’Assemblée nationale mardi prochain s’inscrivent clairement dans cette posture d’opposition. Il faudra peut-être lui poser un jour la question de savoir si elle est… Bérengiste, et pourquoi, surtout qu’elle a affirmé que l’hérédité n’a pas sa place au MMM.


  1. Est-ce que le mérite de cette cassure au MMM ne revient-il pas au Dr Navin Ramgoolam ?

Le Dr Navin Ramgoolam a réussi, encore une fois, à non seulement diviser le MMM, mais à le briser en deux, après 1993 et 2014 sans oublier l’épisode de 1997 avec le Dr Rashid Beebeejaun. Oui, il a réussi, peut-être indirectement, à fracturer une nouvelle fois le MMM, mais il ne sort pas gagnant politiquement de la situation.

« Ramgoolam a encore réussi à fracturer le MMM »

À bientôt 80 ans, pensez-vous que Navin Ramgoolam peut remettre le pays sur les rails ?

Non, c’est foutu, et c’est même trop tard, dirais-je. Le peuple est contre lui et il sera extrêmement difficile, voire impossible, pour lui de remonter la pente. L’Alliance du Changement devra oublier 2029 pour espérer rebondir en 2034. Ce sera, à mon avis, similaire à ce que Sir Anerood Jugnauth avait enduré en 1995, malgré un bilan économique plutôt positif.

  1. Et qu’en est-il de l’après-Ramgoolam au Parti travailliste ? Qui est le meilleur candidat pour lui succéder ?

On entend beaucoup parler de Dhaneshwar Damry comme successeur potentiel, mais au cours des 16 derniers mois au pouvoir, on ne peut pas dire qu’il ait fait ses preuves. Pire, il souffre d’une mauvaise image, et l’on retient surtout sa fortune ou plutôt celle de son épouse ou de sa belle-famille. On peut comprendre qu’il soit probablement un soutien financier important du Parti travailliste, mais cela suffira-t-il pour en devenir le leader ?

Quant à l’autre prétendant, Ritish Ramful, on l’entend à peine : il est inaudible, invisible, pour reprendre l’expression de Jean-Claude de l’Estrac. Arvin Boolell, qui serait mon choix personnel, est plutôt en retrait, un peu trop même. Enfin, concernant Shakeel Mohamed, il n’a, selon moi, aucune chance d’accéder au leadership.

« Le MSM peut remonter, mais rien n’est acquis »

  1. Et le MSM dans tout cela ? Cette situation profite-t-elle à Pravind Jugnauth ?

Oui et non. Oui, parce que l’impopularité du gouvernement augmente, et forcément, l’opposition en profite. Comme je l’ai déjà dit, les élections à la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation ont confirmé la popularité du MSM au sein de la communauté hindoue.

La base du MSM est donc toujours présente. Si le parti revoit sa stratégie, il pourrait grignoter des parts et dépasser les 30 %, afin de se positionner solidement pour 2029. Mais je ne peux pas dire que le parti de Pravind Jugnauth bénéficie largement de la dissidence de Paul Bérenger, car trop de recompositions restent possibles dans les semaines et mois à venir.

‘L’alliance 2000-2005 a été une catastrophe politique’ 

  1. Paul Bérenger fait souvent référence au gouvernement 2000-2005 ces derniers temps. Était-ce réellement le meilleur gouvernement que le pays ait connu ?

Non, je ne partage pas cet avis. Paul Bérenger fait beaucoup l’éloge de cette alliance pour plusieurs raisons : cela lui a permis d’être Premier ministre la seule fois de sa vie  l’alliance orange-mauve-bleue (avec le PMSD) a duré cinq ans, et il y avait une parité entre mauves et oranges, ce qu’il reproche aujourd’hui au Dr Navin Ramgoolam.

Mais il ne faut pas oublier que cette alliance MSM-MMM-PMSD de 2000-2005 a été une catastrophe politique. Elle a non seulement perdu la partielle de la circonscription no 7 en 2003, avec l’élection du néophyte Rajesh Jeetah, mais elle a aussi lourdement perdu les élections générales de 2005. Comment peut-on, dès lors, parler de réussite ?