Le fils de Jagai assume ses deals : « Pas mo papa so problème si mo pé faire business ek Mootoocurpen »

ByRédaction

September 8, 2025

De Castel aux Haras du Morne, des bolides de luxe aux réseaux opaques, une galaxie trouble s’est tissée autour de Wendip Appaya, du fils du SP Jagai et de Mootoocurpen. Le Journal du Dimanche a été le premier à mettre à nu ce système tentaculaire, malgré les pressions et tentatives d’intimidation de l’équipe d’Appaya. Fidèle à sa mission d’investigation, notre rédaction a choisi d’aller jusqu’au bout : révéler au grand jour les rouages d’un État mafieux en voie de démantèlement.

C’est une déclaration qui a fait l’effet d’une bombe. Face aux enquêteurs de la Financial Crimes Commission (FCC), Ally Ameersaheb Jagai, fils du surintendant de police Ashik Jagai, a lâché sans détour que ce n’était « pas le problème » de son père s’il faisait des affaires avec Steeve Mootoocurpen. Une sortie brutale, en totale contradiction avec l’image d’intégrité et de rigueur que son « pater » aime afficher publiquement.

Les séances d’interrogatoire de cette semaine ont permis de mettre au jour les liens étroits entre le fils Jagai et Mootoocurpen. Les deux sont associés et actionnaires de Zia Property Development Limited, société à travers laquelle ils ont acquis deux terrains : l’un à Balaclava pour environ deux millions de roupies, et un autre à Mare Longue pour quatre millions. C’est précisément sur ce terrain de Mare Longue que se tenaient leurs réunions stratégiques, souvent en compagnie d’autres figures de cette nébuleuse : Wendip Appaya, Franklin et Muzzaffar Lallmamode. Ensemble, ils définissaient leurs plans et leurs champs d’action.

Au sein de Zia Property Development, Ally Ameersaheb Jagai percevait un salaire mensuel de 37 000 roupies, versé par Mootoocurpen. Interrogés par la FCC sur leur train de vie ostentatoire, notamment l’achat de bolides et de véhicules de luxe, Jagai fils et ses associés ont invoqué la même défense : des prêts contractés auprès d’amis ou des « loans » accordés par leurs compagnies. Une version qui ne convainc pas les enquêteurs. Ces derniers ont initié un audit trail pour remonter, pièce par pièce, à la véritable origine de ces fonds.

Des centaines de documents saisis chez Appaya

Chez Wendip Appaya, l’ancien cleaner reconverti en entrepreneur flamboyant qui se pavane aujourd’hui en McLaren Artura, les perquisitions ont permis la saisie d’une cinquantaine de documents compromettants. L’homme, lui, n’a toujours pas fourni d’explications claires sur la provenance des sommes colossales utilisées pour financer son impressionnante flotte de véhicules. Son interrogatoire, qui s’annonce long et serré, se poursuivra dans les jours à venir.

Les officiers de la FCC, engagés dans l’opération « Vintage », ne se laissent pas intimider par les démonstrations de richesse ou les attitudes arrogantes de ceux qui sont tombés dans leurs filets. Leur objectif est clair : démonter chaque pièce du puzzle de cette galaxie mafieuse qui a prospéré en toute impunité sous l’ancien régime. Conscients des risques encourus, ils avancent néanmoins pas à pas, déterminés à mettre fin à un système où le luxe tapageur servait trop souvent de paravent à un vaste réseau de blanchiment.

Un système mis à nu par le JDD

Dans ces affaires qui défrayent aujourd’hui la chronique auprès de la Financial Crimes Commission (FCC), le Journal du Dimanche ne l’a pas joué de manière timide. Dans notre édition du dimanche 10 au 16 août 2025, nous avions évoqué à la une : « Un entrepreneur du nettoyage au cœur d’un vaste système ». Bien avant que les autres médias enquêtent ou ne révèlent quoi que ce soit dans ce dossier. Évidemment que nous avions Wendip Appaya en ligne de mire. L’homme d’affaires et directeur de compagnie qui est provisoirement inculpé sous l’article 3 de la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act (FIAMLA) et l’article 36 de la FCC Act.

Dans notre édition du dimanche 31 août au 06 septembre 2025, nous évoquions la présence d’une BMW chez Steeve Mootoocurpen à Saint-Pierre appartenant au dénommé Wendip Appaya. Les deux hommes ont voyagé ensemble, et certains indices laissent penser qu’ils pourraient avoir été impliqués dans des circuits financiers liés au scandale du Reward Money.

Or l’enquête de la FCC sur Wendip Appaya, 42 ans, révèle qu’il serait le propriétaire d’une flotte de plus d’une quinzaine de véhicules disséminés à travers l’île, dont la plupart seraient immatriculés au nom de prête-noms. Mercredi, les enquêteurs avaient déjà mis la main sur trois bolides, mais les recherches se poursuivent pour retrouver le reste des véhicules.

Un goût prononcé pour le luxe

Entre janvier 2020 et mars 2025, Wendip Appaya a démontré un appétit gargantuesque pour les voitures de luxe. Il ne devrait pas y avoir beaucoup de Mauriciens qui possèdent une McLaren Artura. Toutefois, le directeur de Dynapro Cleaning Co Ltd en possède une estimée à Rs 12 millions. Tout comme une BMW M8 d’une valeur semblable, ainsi qu’une Range Rover Vogue Autobiography de Rs 9 millions. Mégalomaniaque à fond, tous ses véhicules sont immatriculés W, comme WA8, W8 et WW8.

Lors de son interpellation et de son interrogatoire en présence de son avocat, Me Yash Badhain, Wendip Appaya a rejeté les accusations de blanchiment mais affirme avoir financé ces acquisitions à partir des fonds et des bénéfices de sa société Dynapro Cleaning Co Ltd. Toutefois, son nom et ses signes extérieurs de richesse circulaient sur Facebook et TikTok, suscitant de vives interrogations sur la source de ses revenus.

Toutefois, les enquêteurs considèrent Wendip Appaya comme un maillon clé dans un réseau présumé de blanchiment d’argent, alimenté par des revenus supposément issus du trafic de drogue. Ces fonds auraient été injectés dans le circuit financier de sa société et présentés comme des « revenus » légitimes.

FCC pas manz sa boule la

Selon la FCC, les revenus officiels des sociétés d’Appaya ne permettent pas de justifier de tels investissements. Les véhicules saisis constitueraient donc pour la FCC des proceeds of crime – biens obtenus grâce à des activités criminelles. Les voitures ont été transférées sous scellés, tandis que les enquêteurs poursuivent l’examen des documents financiers et bancaires découverts lors des perquisitions.

La Commission dispose d’éléments suggérant une connexion entre Wendip Appaya, Ally Ameersaheb Jagai et Steeve Mootoocurpen dans ce mécanisme présumé. Dans cette galaxie qui opère dans le trafic de drogue et le blanchiment, les noms Franklin, Muzzaffar Lallmamode et Wendip Appaya reviennent comme des animateurs. Certains avaient été arrêtés le 5 août dernier lors de l’enquête « Vintage ». Des liens d’affaires avaient déjà été établis entre Jagai et Mootoocurpen. Lors de cette opération, une flotte de 11 voitures et trois motocyclettes, ainsi qu’une somme de Rs 717 500 en espèces, avaient été saisies, pour une valeur totale estimée à Rs 12,46 millions.

Le principal défi de la FCC demeure la préservation des biens saisis. On ne peut pas laisser ces bolides de luxe à la merci de la corrosion dans la cour du Réduit Triangle. Ceci afin de ne pas vendre ces biens « pou dipain dibeurre » face aux nombreux vautours qui attendent l’occasion.

De plus, la commission devra démêler l’imbroglio autour des légistes dont les services sont retenus dans cette affaire afin de prévenir tout conflit d’intérêt. Déjà, des interrogations sont soulevées par rapport au fait que le même avocat représente Ally Saheb Jagai et Wendip Appaya.

Zoom sur Dynapro

C’est un conte de fées qui pourrait sortir directement d’Alice au Pays des Merveilles. Le cas de Wendip Appaya interpelle particulièrement. Son ascension est digne d’un conte entrepreneurial. En 2006, il n’était encore qu’un simple cleaner. Sa société, fondée en 2007, une petite structure qui, de cinq employés, est passée à plus de 135 aujourd’hui. Il a obtenu au fil des années d’importants contrats de nettoyage et d’entretien pour bureaux, bâtiments et grandes surfaces. Il a diversifié les services proposés, incluant l’utilisation de plateformes élévatrices pour l’entretien, qui ont généré des profits conséquents, justifiant son train de vie malgré des débuts modestes. Dynapro Cleaning Services a obtenu plusieurs contrats de nettoyage dans le privé auprès de grands noms.

À cette réussite s’ajoute Rent a Cradle Services, société de location de nacelles élévatrices utilisée lors de grands événements culturels, dont le célèbre Porlwi by Light. Marié, père de trois enfants, passionné de chasse et d’automobile, Wendip Appaya affiche l’image d’un homme accompli. Mais dans les coulisses, son nom est désormais associé à des rumeurs persistantes concernant ses déplacements en compagnie du fils Jagai, ainsi qu’à des spéculations sur de possibles liens avec certains circuits financiers actuellement sous enquête.

Les enquêteurs se penchent également sur Seldiablo Co Ltd qui se trouvait sur les voitures vintages. Ils devraient aussi s’attarder sur Cerfectionist et TomorrowIsland.