Leadership impeccable

ByRédaction

March 23, 2026

Il y a des crises qui fracturent, et d’autres qui révèlent. Celle qui a secoué l’alliance au pouvoir ces derniers mois appartient clairement à la seconde catégorie. Car au-delà des tensions perceptibles chez le principal allié de Navin Ramgoolam, c’est bien la manière dont le chef du gouvernement a géré la situation qui interpelle. Une gestion dépassionnée, presque clinique, mais surtout stratégiquement bien calculée.

Depuis plusieurs mois déjà, alors qu’on ressentait des remous chez le principal allié, Navin Ramgoolam a choisi une posture rare en politique : ne pas réagir à chaud. Là où d’autres auraient cédé à la tentation de l’autorité immédiate, il a préféré jouer la montre, laissant les dynamiques internes suivre leur cours. Une approche qui tranche radicalement avec celle d’un Anerood Jugnauth.

Car pour moins que les récentes déclarations de Paul Bérenger, leader du MMM et No 2 du gouvernement, un simple signe de discorde aurait autrefois déclenché la fameuse « grosse matraque ». L’histoire politique mauricienne en regorge d’exemples. Le cas de Madun Dulloo reste, à cet égard, particulièrement édifiant. Donné comme successeur d’Anerood Jugnauth, il fut sommairement révoqué pour avoir osé s’opposer à une décision stratégique sur l’industrie sucrière. Son geste, presque anecdotique l’achat d’une Mercedes-Benz mauve scella son sort. Un write-off politique, sans appel.

C’est précisément ce type d’erreur que Navin Ramgoolam a évité. Face au « problème » Bérenger fin 2025-début 2026, il s’est refusé à toute réaction brutale. Pourtant, l’histoire aurait pu le pousser à agir autrement. En 1997, déjà, il n’avait pas hésité à révoquer Paul Bérenger, alors allié au sein du gouvernement issu du 60-0 de 1995. Une décision qui avait profondément reconfiguré le paysage politique, ouvrant la voie à une alliance MMM-MSM victorieuse en 2000 et, in fine, à l’accession de Bérenger au poste de Premier ministre en 2003.

Mais en 2024, les données ont changé. Et surtout, l’homme a évolué. Le Ramgoolam d’aujourd’hui est aguerri, expérimenté, conscient des équilibres fragiles qui sous-tendent une alliance. Une révocation à la Jugnauth aurait été, dans ce contexte, une faute politique majeure. Elle aurait immédiatement galvanisé la base militante mauve, soudé les cadres du MMM et transformé une crise interne en confrontation frontale.

Les conséquences auraient été lourdes. Le MMM aurait déployé toute son artillerie politique contre le leader travailliste, exploitant la moindre faille : manquements, scandales potentiels, et bien sûr les retombées économiques et sociales de la guerre au Proche-Orient. Pire encore, Navin Ramgoolam aurait été accusé d’ingratitude, d’avoir « donné un coup de pied » à ceux qui l’ont aidé à revenir au pouvoir après dix ans d’opposition.

Au lieu de cela, il a choisi la retenue. Une retenue stratégique, presque froide, qui a permis de contenir la crise sans l’envenimer. Car il faut le rappeler : de toute son histoire, le MMM a connu de nombreuses turbulences, surtout lorsqu’il est au pouvoir. La gestion de ces crises est souvent déterminante pour la survie des alliances.

Aujourd’hui, le constat est clair. La crise a été circonscrite. Les dégâts sont restés limités. Et l’édifice du partage de pouvoir, bien que fragilisé, tient toujours debout.

Dans un paysage politique souvent dominé par les réactions impulsives et les calculs à court terme, le leadership « cool et raffiné » de Navin Ramgoolam apparaît comme une exception. Une démonstration que, parfois, le véritable pouvoir ne réside pas dans l’action immédiate, mais dans la maîtrise du temps et des conséquences.