À une semaine de Maha Shivratree, le départ des pelerins marque le début d’un temps sacré à Maurice. Entre ferveur, discipline et unité, la marche vers Grand Bassin commence bien avant le 15 février : elle naît dans les cœurs, les villages et les mains qui construisent.
Quand le silence se met en marche
Lundi 2 février 2026. Il est encore tôt dans la saison des pèlerinages, mais déjà, quelque chose s’ébranle. Depuis Morcellement St-André, le premier Kanwar de Mahashivratri 2026 a quitté son point de départ, traçant symboliquement le chemin vers Ganga Talao. Un départ discret, presque humble, mais lourd de sens : chaque année, ce premier pas annonce l’entrée de tout un pays dans un temps spirituel à part.
Dans l’après-midi, vers 15 heures, le dévot était aperçu au Kabir Mandir, à Bonne Terre, Vacoas. Une halte, un souffle, une prière silencieuse avant de reprendre la route. Car le Kanwar n’est pas une course. C’est une offrande en mouvement.
Le Kanwar, bien plus qu’une structure
À Maurice, le Kanwar est devenu au fil des années un véritable langage spirituel. Structure de bois, de tissus, de symboles et de couleurs, il est porté, tiré ou poussé, mais surtout habité. Chaque élément raconte une histoire : celle d’une promesse, d’un vœu, d’un remerciement ou d’un appel à la protection divine.
Dans les ateliers improvisés, sous des varangues ou dans des cours, les mains s’activent depuis des semaines. On mesure, on ajuste, on renforce. Mais surtout, on prie. Car construire un Kanwar, c’est déjà commencer le pèlerinage.
Pour le Bajrang Dal Sewa Sangh de Trou d’Eau Douce, comme pour d’autres groupes socioculturels, la tradition se poursuit cette année encore. Depuis plusieurs semaines, les membres se retrouvent, soir après soir, pour construire leur Kanwar. Les gestes sont précis, les regards concentrés. Chaque nœud serré est une prière silencieuse. Chaque effort, un acte de service.
Une discipline sacrée, encadrée pour la sécurité de tous
Si la ferveur est immense, elle s’accompagne aussi de règles strictes, rappelées chaque année pour garantir un pèlerinage serein.
Pour Mahashivratree 2026, les dimensions maximales autorisées sont claires : 3 mètres de hauteur, 2 mètres de largeur, et 5,5 mètres de longueur.
Ces règles s’appliquent à toutes les structures, qu’elles soient portées à la main, tirées ou transportées. Les générateurs sont interdits seules les batteries 12V sont autorisées tout comme le fait de dormir ou de se reposer dans les structures. Toute infraction peut entraîner une amende de Rs 10 000.
Une marche collective, au-delà des différences
La célébration de Maha Shivratree n’est pas qu’un événement religieux. C’est un moment où Maurice ralentit, s’aligne, marche ensemble. Différents villages, différentes générations, différents parcours de vie mais un même objectif : atteindre le lac sacré dans la dignité et la foi.
Pour le Ecroignard Fayence Socio Cultural Group, le yatra qui débutera officiellement le 10 février n’est pas seulement une question de kilomètres. C’est une traversée intérieure. Un rappel que lorsque l’on avance ensemble, guidé par la foi, rien ne paraît trop lourd.
Vers Ganga Talao, pas après pas
Le premier Kanwar a déjà pris la route. D’autres suivront. Puis des centaines. Puis des milliers. Et à chaque pas, Maurice entre peu à peu dans ce temps suspendu où les routes se transforment en chemins de prière, où les chants s’élèvent à la tombée du jour et où le souffle de la foi unit les pèlerins.
Des Mauriciens de toutes les communautés se joignent au mouvement de sewa : ils distribuent de l’eau, des jus, des repas aux pèlerins, offrent un mot d’encouragement ou un sourire, dans un véritable élan de solidarité et de soutien. Chacun participe à sa manière, transformant la marche en une grande chaîne de générosité et de fraternité.
Et si les Kanwars avancent vers Ganga Talao, la véritable offrande, elle, a déjà été faite : celle de la patience, de l’unité et de la foi, que chaque pas renforce et rend visible à tous.

