Il n’a jamais cherché à lutter contre l’âge. Il a choisi de grandir avec lui. À 52 ans, Shameer Abdul Raman continue de marcher droit, regard levé, animé par la même flamme qui l’a poussé sur scène à 16 ans. Mannequin, acteur, formateur, chorégraphe, mentor et créateur, il est aujourd’hui l’un des plus longs parcours vivants de l’industrie artistique et de la mode à Maurice.
Son histoire n’est pas celle d’une célébrité figée dans le passé, mais celle d’un homme qui a choisi le travail, la transmission et la dignité comme lignes de vie. Aujourd’hui il transmet son savoir avec une générosité rare.
Une vocation née presque par hasard
Il y a 36 ans, le monde du mannequinat était encore largement méconnu à Maurice. À cette époque, Shameer Abdul Raman, alors âgé de 16 ans, ne savait pas exactement ce que signifiait être mannequin. Il n’avait ni modèle, ni repère précis. Ce qu’il savait, en revanche, c’est qu’il voulait être artiste. Acteur, chanteur, interprète… les contours de son avenir restaient flous, mais le désir de s’exprimer était déjà bien présent.
Mais très tôt, la vie lui impose une maturité brutale. À 19 ans, il perd son père. Une disparition qui bouleverse tout. Du jour au lendemain, il doit grandir plus vite, assumer des responsabilités et devenir un pilier pour sa mère.
« Le mannequinat est devenu mon espace pour respirer. Il m’a donné une voix, une confiance et une forme d’indépendance à un moment où je cherchais encore qui j’étais », confie-t-il aujourd’hui.
« Dès que je me suis retrouvé sous les projecteurs, j’ai compris que c’était ma place. Sur scène, je pouvais m’exprimer, créer, ressentir et connecter avec le public. »
Très tôt, le choix du professionnalisme
Contrairement à beaucoup de jeunes de son âge, Shameer comprend rapidement que le talent seul ne suffit pas. Il veut être professionnel. Il s’inscrit alors à la Jacqueline Glazer School of Modelling and Acting, dirigée par une formatrice française à l’expertise reconnue.
Pendant trois mois, il suit une formation intensive : apprendre à marcher, à se tenir, à se comporter, à se présenter. Mais au-delà de la technique, cette formation lui apporte une discipline et une vision qui marqueront toute sa carrière.
Il participe ensuite à plusieurs défilés avec son collège, St Joseph, consolidant peu à peu son expérience scénique. Désireux d’aller plus loin, il rejoint la Saxophone School of Modelling, fondée par Sanedhip Bhimjee. Chaque samedi, pendant trois mois, il continue de se former, animé par une seule volonté : devenir meilleur.
Les premières grandes opportunités
À 19 ans, une agence mauricienne lance une sélection très stricte : un seul mannequin sera retenu pour défiler lors des grands ramp shows. Shameer est choisi. Cette sélection marque un tournant décisif. Il commence alors à participer à de grands événements, gagnant en visibilité et en crédibilité.
Mais alors que sa carrière semble enfin prendre son envol, un événement brutal vient tout remettre en question : un accident. Son corps est affaibli, son état moral profondément touché. Il traverse une période extrêmement difficile, au point de penser que tout est terminé.
« J’étais détruit, physiquement et mentalement. Je pensais que c’était la fin de tout. »
C’est pourtant dans cette épreuve que sa foi prend tout son sens. Croyant, Shameer s’accroche à la puissance de Dieu, convaincu qu’il n’est pas seul dans cette traversée. Cette spiritualité devient un appui silencieux mais essentiel, une force intérieure qui l’aide à tenir, à accepter l’épreuve et à croire qu’un chemin reste possible, même lorsque tout semble s’effondrer.
La renaissance professionnelle
Après une période de récupération, Shameer rejoint Haseena Modelling Agency by Soraya Currimjee, alors considérée comme la référence numéro un du mannequinat à Maurice. Il enchaîne les shows quotidiens dans les hôtels, gagnant en expérience, en endurance et en professionnalisme.
C’est véritablement à ce moment-là que débute sa carrière de mannequin professionnel à plein temps. Il comprend que la longévité dans ce métier repose sur la rigueur, la constance et la capacité à se réinventer.



À 52 ans, refuser les limites de l’âge
Aujourd’hui, à 52 ans, Shameer Abdul Raman refuse les limites que l’on impose souvent à l’âge. Il ne cherche pas à paraître plus jeune, ni à se comparer. Il avance.
« Je ne cours pas après la validation. Je vis ma vérité. »
Il travaille plus dur que jamais. Le sport fait partie de son quotidien, non par obsession, mais par respect pour son corps. Il mange consciemment, se repose quand il le faut et cultive un équilibre émotionnel fondé sur la gratitude.
Dans un milieu parfois dur, où l’âge est vite jugé, il continue, sans rivalité.
« Je ne suis pas en compétition avec les jeunes. Je les encourage. Je les forme.»
Une motivation profondément personnelle
Ce qui pousse Shameer à continuer ne relève ni de la célébrité ni de l’argent. Sa motivation est bien plus intime : le bonheur de sa mère. « Quand je vois la fierté dans les yeux de ma mère, je sais pourquoi je fais tout cela. »
Elle l’a toujours soutenu, encouragé et porté. Cette relation est au cœur de sa force intérieure. « La vie en dehors du spotlight me rappelle pourquoi la force intérieure est si importante », confie-t-il. Il apprécie également les instants de calme, les voyages, le bien-être et les pauses nécessaires pour se reconnecter à lui-même.
Se réinventer sans cesse
Au fil des années, Shameer a multiplié les rôles : mannequin, chorégraphe, show director, pageant trainer, catwalk coach, grooming specialist, stylist, mentor, life coach, acteur et créateur de contenu. Il est également présent sur TikTok, cumulant plus de 12 millions de vues par an, et continue d’inspirer un large public.
En parallèle, il a mené une carrière stable en tant que Cabin Crew et Internal Auditor chez Air Mauritius pendant plus de 28 ans, ainsi qu’une expérience de près de cinq ans dans le département assurance-vie à la Mauritius Union Assurance.
Sur le plan artistique, Shameer s’est illustré au cinéma. Il fut acteur dans le court-métrage Koupab, qui lui a valu le prix du Meilleur Acteur 2023 et cinq récompenses lors du premier Festival international du film mauricien, face à plus de cinquante films internationaux et un jury composé de professionnels étrangers.
Il apparaît également dans le film hindi Vansh.
S’il devait collaborer avec des créateurs internationaux, Shameer Abdul Raman ne choisirait pas en fonction du prestige ou de la notoriété. Il se dit attiré par des designers, des réalisateurs et des marques qui valorisent l’authenticité, la profondeur et la narration.
Ce sont les personnes et les marques qui racontent des histoires, et non celles qui se contentent de vendre des images, qui m’attirent », explique-t-il.


Transmettre plutôt que dominer
La transmission est au cœur de sa philosophie. Shameer a formé et coaché de nombreux jeunes mannequins et acteurs, sans jamais juger leur apparence ou leur profil.
« Le succès, c’est donner en retour à la société. Former les autres me fait grandir. »
Il a refusé plusieurs propositions pour diriger des agences, préférant rester formateur et mentor. Son projet le plus cher : la création d’une ONG dédiée aux enfants à besoins spécifiques, notamment autistes. Leur offrir une porte vers leurs rêves, sans jugement.
Une vie comme message
Shameer Abdul Raman est aujourd’hui reconnu comme le mannequin ayant la plus longue carrière à Maurice, avec plus de trois décennies d’activité ininterrompue. Son parcours est une leçon de persévérance, de discipline et d’humanité.
Son message est simple mais puissant : Everybody can be somebody.
Et tant qu’il y aura une scène, un élève à former ou un rêve à nourrir, Shameer Abdul Raman continuera d’avancer.


