En pleine crise d’identité, en attendant l’attribution définitive du symbole du parti à l’une ou l’autre faction, les langues se délient pour identifier les causes d’un malaise au cœur des militants. Dans le camp Bérenger, il y a une quasi-unanimité, non seulement chez les détracteurs mais aussi chez les admirateurs, sur un nom. Pour beaucoup : le problème, c’est Joanna Bérenger. L’ex-Junior Minister aurait une trop forte influence sur les affaires du parti de son père. C’est un clash générationnel qui pourrait faire beaucoup de mal au leader maximo lui-même.
Une vieille garde mise à l’écart
Ainsi, lors du rassemblement au Plaza, la vieille garde c’est-à-dire ceux qui sont restés pour soutenir Paul Bérenger a eu le sentiment d’avoir été laissée sur le carreau. Ils se sont retrouvés au fond de la salle. Pourtant, on y retrouvait des militants de carrière, des membres du Bureau politique et du Comité central. Ces derniers ont compris que l’appareil du camp Bérenger est entre les mains de l’héritière de la dynastie.
Ce jour-là, sur l’estrade ou à l’avant de la scène, les dispositions ont été soigneusement prises pour assurer à ceux présents qu’une « young generation » avait pris le contrôle. La bande à Joanna Bérenger trônait en fanfare. D’ailleurs, l’ex-Junior Minister a été ovationnée à son arrivée mais également après la fin de l’événement. C’est un membre de sa garde rapprochée, Daniella Bastien, qui a eu l’honneur de présider la fonction et d’accueillir Paul Bérenger au micro.
Si ce jour-là, une unité de façade était de mise, celle-ci a fondu comme neige au soleil quelques jours après. La cause étant, pour de nombreux militants et fidèles mauves, la mainmise de Joanna Bérenger sur l’appareil de la formation politique. Dans chaque régionale et chaque circonscription, c’est elle qui déciderait de qui elle nommerait. Même si, pour cela, elle doit écarter les fidèles lieutenants de son père. Une situation qui exaspère.
Des tensions qui ne datent pas d’aujourd’hui
Un fait qui ne date pas d’aujourd’hui. En 2022, il y a eu de sérieux accrochages au Bureau politique à deux semaines d’intervalle entre Adil Ameer Meea et Joanna Bérenger. Avant que cela ne se répète une semaine plus tard entre cette dernière et Arianne Navarre-Marie.
Le Mauricien avait d’ailleurs rapporté dans le premier cas :
« Une vive altercation ayant éclaté entre Joanna Bérenger et Aadil Ameer Meeah lors des délibérations du Bureau politique du MMM lundi alimente la chronique politique. Si, au sein de la direction du parti, on parle de divergences internes, les deux protagonistes n’étaient pas disponibles pour des commentaires ce matin. »
Tout en précisant :
« Le désaccord porte sur le choix des représentants du MMM à la réunion conjointe de l’opposition de samedi. » Plusieurs émissaires ont fait le va-et-vient entre le député du no 3, Port-Louis Est–Port-Louis Maritime, pour calmer la situation. Le principal concerné a affirmé, dans les colonnes de L’Express, que le désaccord concernait la façon d’opérer du MMM.
Après ces incidents, Ameer Meea et Navarre-Marie avaient déjà fait le choix de ne pas travailler avec Joanna Bérenger ou sous son leadership dans l’affaire. À l’époque, les élus mauves se plaignaient du fait que « Paul pé guette juste so tifille ».
Une ascension qui interroge
Car l’ascension de Joanna Bérenger n’est pas anodine. Même s’il refuse les qualifications dynastiques, son père ne peut nier qu’un boulevard a été ouvert devant elle pour faciliter son parcours dans les instances du parti.
La préparation de la jeune héritière à la vie publique ne s’est pas faite du jour au lendemain. Beaucoup ont oublié qu’en septembre 1998, alors qu’elle n’avait que 9 ans, son père avait subtilement bousculé le protocole pour l’emmener rencontrer le géant de l’Afrique, Nelson Mandela, lors de sa visite officielle. Ce jour-là, elle avait déclaré : « My sister kisses you » au président sud-africain.
Quand Franco Quirin est expulsé du MMM quelques semaines après le 60-0, en janvier 2025, Joanna Bérenger est nommée vice-présidente du parti pour le remplacer. Comme toujours, cela s’est passé comme une lettre à la poste, personne n’osant défier Paul Bérenger.
Pourtant, les problèmes se sont accumulés avec Joanna Bérenger. Le 18 février 2024, Yannick Catherine, qui a intégré le MMM en 2010, Chief Agent de la circonscription no 16 lors des élections générales de 2019 et membre exécutif du régional, démissionne. Là aussi, le problème avait le même nom que celui du député de la circonscription : une manière autocratique et totalitaire de fonctionner, en contradiction avec les discours sur la démocratie.
Face à la presse, il a évoqué comme motif le manque de considération des jeunes au sein du Bureau politique du MMM, tout en soulignant que le travail de certains dirigeants sur le terrain est infime.
Une dérive dénoncée publiquement
Lors de l’apogée du conflit en 2022, Nad Sivaramen, directeur des publications de L’Express, n’y est pas allé de main morte dans son éditorial. Il évoque « MMM… La dérive dynastique ».
Il avait écrit : « Joanna Bérenger se permet de s’immiscer dans d’autres circonscriptions, pas seulement au no 3, sans qu’elle ne soit rappelée à l’ordre par l’inamovible leader maximo qui n’est autre que son père. »
Il jugeait également inquiétant que: « Déjà pour sa première élection en 2019, la fille a bénéficié de l’appui total du leader, contrairement au Deputy Leader du parti, Ajay Gunness. »
Les résultats de 2019 dans la circonscription no 16 (Vacoas–Floréal) parlent d’eux-mêmes : Joanna Bérenger, sans bilan politique, a été élue en tête avec 15 060 voix (41,1 %), alors qu’Ajay Gunness est arrivé en septième position avec 9 957 voix (28,5 %).
Une nouvelle garde en place
Depuis, Joanna Bérenger tente de se faire un prénom et de constituer une équipe autour d’elle pour remplacer l’ancienne garde. Alexandra d’Abbadie est décrite comme la tête pensante de son cercle, Nabil Moolna comme conseiller stratégique, Daniella Bastien comme directrice de communication, et Hishaam Ibrahim comme plume politique.
Certains cadres historiques, comme Ajay Gunness et Dhanraj Boodhoo, ont préféré se repositionner pour éviter les tensions.
Jeudi dernier, Joanna Bérenger est intervenue en direct sur Radio Plus pour répondre à la ministre Jyoti Jeetun sur la gestion de la circonscription no 16 (Vacoas–Floréal) et la tenue d’une régionale à laquelle cette dernière n’avait pas été conviée.
Le MMM n’est pas sorti de l’auberge. Il devra supporter les dommages collatéraux du « deal papa-tifi », aux grands dam des militants qui ne savent plus s’il faut partir ou rester. Beaucoup refusent désormais de faire l’apologie de la gloire d’une autre Bérenger.

