Après plus d’une décennie de débats, d’études et de reports, le projet de barrage de Rivière des Anguilles sort enfin des cartons. Le gouvernement a confirmé la signature d’un accord de prêt avec l’Abu Dhabi Fund for Development et d’autres bailleurs du Golfe pour cofinancer ce chantier majeur. Présenté comme un pilier de la stratégie nationale de gestion de l’eau, l’ouvrage vise à répondre aux besoins croissants en eau potable dans le sud de l’île, tout en soutenant l’agriculture et le développement économique de la région.
Pour l’ingénieur et expert en ressources hydriques Virendra Proag, ce barrage représente un tournant décisif. « L’eau de la Rivière des Anguilles se déverse aujourd’hui directement dans la mer. Le barrage permettra de créer un réservoir d’accumulation, offrant une capacité de stockage cruciale pour lisser les fluctuations des pluies et du débit de la rivière », explique-t-il.
Une usine de traitement de 50 000 m³ par jour est également prévue. Mais Proag prévient : « Une distribution 24h/24 ne sera possible que si les réservoirs de service du réseau sont renforcés. Il faut planifier en parallèle, sinon les bénéfices du barrage seront limités pour les consommateurs. »
Le choix du rockfill : robustesse et économie
Le barrage sera construit en enrochement (rockfill), une décision qui a soulevé des questions. Pour l’ingénieur, ce choix est logique : « L’utilisation de matériaux issus de carrières proches du site réduit les coûts et garantit une stabilité face aux crues imprévues. » Techniquement robuste et économiquement rationnel, ce type d’ouvrage s’adapte parfaitement aux contraintes locales.
Au-delà de l’eau, le projet inclut une mini centrale hydroélectrique, inspirée de l’exemple de La Marie. Celle-ci pourrait générer des économies annuelles de près de Rs 30 millions. « L’intégration d’un volet énergétique donne une valeur ajoutée au projet, en réduisant la dépendance aux énergies fossiles », souligne Proag.
Un chantier attendu depuis 2009
L’idée du barrage ne date pas d’hier. Une première étude de faisabilité remonte à 2009, mais le projet a longtemps stagné, les coûts ayant doublé de Rs 2,5 milliards à plus de Rs 4,5 milliards. Préqualifié en 2024 par le Central Procurement Board, il devra encore franchir l’étape de validation des bailleurs. Le ministre Patrick Assirvaden a annoncé une durée de travaux de 40 mois, pour une mise en service prévue entre 2029 et 2030.
Au-delà de l’aspect technique, le barrage devrait transformer la dynamique socio-économique du sud. L’agriculture gagnerait en résilience, le tourisme pourrait se développer et les habitants bénéficieraient d’un accès plus régulier à l’eau potable. Mais Virendra Proag met en garde : « La réussite dépendra aussi de la modernisation du réseau de distribution et d’une gouvernance rigoureuse de la ressource. »

