- Deal accepte de remettre les codes, mais pose ses conditions”
Le scandale des écoutes téléphoniques s’étend de jour en jour, dévoilant des ramifications inattendues au sein de l’appareil sécuritaire.Les déclarations de l’ACP Lilram Deal, ancien chef de la Counter Terrorism Unit, reconfigurent totalement la compréhension du dossier. Durant son interrogatoire, il met en lumière une gestion opaque du système d’interception PertSol, des conflits d’intérêts structurels, des réseaux d’influence internes et des interrogations sur la neutralité de l’enquête. Toujours en détention faute d’avoir pu réunir sa caution, il propose une version des faits qui déplace la responsabilité vers d’autres niveaux hiérarchiques et complique considérablement le travail des enquêteurs.
Deal affirme que l’ACP Rajaram contrôlait PertSol et conteste sa mise en cause
Selon Lilram Deal, l’Assistant Commissioner Rajaram aurait repris la gestion opérationnelle du système PertSol après une passation officielle de responsabilité.
Il indique qu’à partir de ce moment, il n’avait plus accès à certains codes et ne supervisait plus la manipulation quotidienne de l’appareil. Pour lui, il est donc incohérent qu’il soit présenté comme le seul détenteur des accès ou le principal responsable d’un dispositif qu’il dit ne plus administrer.
Il rappelle que les codes d’accès étaient fragmentés entre la CTU, l’ADSU et la NSS, chaque entité détenant ses propres accès. Ce modèle éclaté rendait impossible, selon lui, la maîtrise totale du système par un seul officier. Il se décrit comme un ancien responsable devenu spectateur, tenu à l’écart d’un système technique éclaté une fois la passation effectuée.
Un conflit d’intérêts majeur : “Comment enquêter sur moi-même alors que j’avais passé la main ?”
Lilram Deal estime que l’enquête est menée dans des conditions problématiques.
Il dénonce un conflit d’intérêts évident, car certains officiers impliqués dans l’enquête auraient eux-mêmes manipulé ou supervisé la machine après qu’il en eut transféré la gestion.
La question qu’il pose, désormais centrale dans le dossier, est explicite : “Comment pourrais-je être interrogé par ceux qui étaient liés au fonctionnement du système après ma passation de responsabilités ?”
Selon ses avocats, il serait incohérent et injustifié de lui demander certains codes ou explications techniques qui relèveraient directement de services placés sous la hiérarchie d’autres officiers.
L’ACP Rajaram au cœur du dispositif sécuritaire : influence élargie et proximité familiale
Selon des sources proches de l’enquête, Rajaram occuperait aujourd’hui une position élargie, avec accès à plusieurs dossiers sensibles, notamment au sein de l’ADSU et de la Central CID. Cette influence institutionnelle pose question, surtout dans un dossier où son nom apparaît désormais au premier plan.
Un autre élément, évoqué dans les milieux sécuritaires, accentue encore la sensibilité du dossier : L’ACP Rajaram bénéficierait du soutien du commissaire de police, lequel serait, selon les informations disponibles, son beau-frère. Cette proximité familiale, si elle se confirme, soulève d’importantes questions sur l’impartialité de l’enquête et la capacité réelle du système à s’auto-réguler lorsque des liens personnels interfèrent avec la chaîne hiérarchique.
Deal invoque la sécurité d’État et la présence d’enquêteurs britanniques
Deux enquêteurs britanniques participent aussi à l’analyse technique du dispositif PertSol.Cette participation internationale montre l’ampleur du dossier et la sensibilité des données manipulées.
Pour les avocats de Lilram Deal, certaines informations ou certains codes relèvent directement de la sécurité d’État et ne peuvent être transmis sans garanties juridiques précises. Ils estiment qu’une divulgation non encadrée pourrait compromettre des opérations sensibles ou être exploitée de manière sélective dans le cadre de l’enquête.
Malgré ces réserves, Deal affirme être prêt à collaborer pleinement, mais uniquement si les protections prévues par l’Official Secrets Act sont respectées et formalisées.
Hors texte
Comprendre d’où viennent et comment fonctionnent les écoutes téléphoniques
Les révélations de Sherry Singh, venues relancer en 2024 le débat sur l’usage de l’infrastructure nationale, renvoient à une question centrale : comment naissent et fonctionnent réellement les écoutes téléphoniques dans un État moderne ?
Historiquement, l’interception était simple : un opérateur téléphonique, sur ordre d’un juge, isolait une ligne fixe. Avec l’arrivée des réseaux mobiles, de la fibre, des messageries chiffrées et des plateformes internationales, les États ont dû adapter leurs lois pour permettre l’interception uniquement dans des cas graves : terrorisme, trafic de drogue, criminalité organisée ou menaces à la sécurité nationale.
Aujourd’hui, l’interception repose sur deux piliers. Le premier est l’infrastructure de l’opérateur télécom, qui doit obligatoirement intégrer un système sécurisé appelé Lawful Interception Gateway. Ce dispositif permet, lorsqu’une autorité légalement habilitée en fait la demande, d’isoler une communication et de la transmettre vers une plateforme d’analyse tout en garantissant traçabilité et confidentialité.
Le second pilier est constitué des plateformes d’interception fournies par des entreprises spécialisées celles justement évoquées dans l’affaire PertSol. Ces solutions permettent d’accéder légalement aux métadonnées, de surveiller des flux ciblés, d’identifier des schémas suspects et, dans certains cas, de reconstituer des cartes relationnelles.
Utilisées selon des standards internationaux (ETSI), elles sont précieuses dans les enquêtes sensibles mais deviennent dangereuses si elles sont activées sans contrôle judiciaire, ou si un acteur interne les détourne de leur usage légal.
C’est précisément ce que soulèvent aujourd’hui les interrogations autour de l’accord de 2022 cité par Sherry Singh : un système destiné à l’interception légale aurait-il pu être utilisé en dehors de tout cadre institutionnel ?

