Dans son Budget 2025-2026, le gouvernement a introduit une série de mesures fiscales visant à freiner la croissance du parc automobile à Maurice. Entre hausses des droits d’accise, augmentation des frais d’enregistrement, et retour de la taxe sur les véhicules électriques, le secteur automobile est en pleine turbulence. Pour le ministre du Transport, Osman Mahomed, ces mesures sont “correctives”. Zaid Ameer, président de l’Imported Vehicle Dealers Association, réagit sans détour et appelle à plus de dialogue et de cohérence.
Zaid Ameer, comment votre association a-t-elle accueilli les mesures fiscales annoncées dans le Budget ?
Nous comprenons qu’il faut des réformes. Mais dans notre secteur, ces nouvelles mesures tombent comme un couperet. L’augmentation des droits d’accise et des frais d’enregistrement vient se greffer sur un contexte déjà difficile : celui d’une hausse continue des coûts de fret. Cela accroît considérablement la pression sur les importateurs, mais surtout sur les consommateurs.
Vous évoquez un impact direct sur le marché des véhicules reconditionnés…
Oui, c’est un segment essentiel à Maurice, car il permet aux familles d’acquérir une voiture fiable à moindre coût. Depuis janvier, près de 7 000 véhicules reconditionnés ont été vendus. Mais aujourd’hui, avec ces nouvelles taxes, le coût moyen d’un véhicule pourrait grimper de plusieurs milliers de roupies. Cela va freiner la demande, et certains ménages n’auront tout simplement plus les moyens de s’équiper.
Et cela frappe particulièrement la classe moyenne ?
C’est elle qui est la plus exposée. Elle subit déjà le coût de la vie, les remboursements de prêts, les frais de scolarité, l’inflation… Acheter une voiture devient de plus en plus difficile. Ce qui était un projet raisonnable devient un luxe hors de portée. Nombreux sont ceux qui vont devoir renoncer ou attendre des jours meilleurs.
« Depuis le 1er juillet, c’est le calme plat dans nos showrooms »
Avez-vous observé une réaction immédiate du marché suite à l’annonce du budget ?
Absolument. Il y a eu une véritable ruée dans les jours qui ont suivi. Les gens voulaient acheter avant le 30 juin, pour éviter les hausses. Mais depuis le 1er juillet, c’est le calme plat. Les showrooms sont vides. Les clients attendent, veulent comprendre l’impact réel sur leur portefeuille. C’est le signe que la pression financière est bien là, et qu’une certaine inquiétude s’est installée.
On parle d’un effet de panique en juin. C’est ce que vous avez vécu ?
Oui, clairement. On a vu les gens se précipiter, comme cela arrive souvent à Maurice en période d’incertitude. Il y avait la peur de voir les prix exploser. Cela reflète un manque de communication claire sur les conséquences concrètes des nouvelles taxes. L’information est essentielle pour éviter ces mouvements brusques.
Le gouvernement insiste : il ne s’agit pas de sanctions, mais d’ajustements nécessaires. Que répondez-vous ?
Les ajustements peuvent être légitimes. Mais pour qu’ils soient acceptés, il faut de la concertation, de la pédagogie. On ne peut pas réparer des erreurs passées ou compenser des dépenses excessives uniquement en augmentant les taxes. Le public attend de la transparence, de la cohérence, et une meilleure répartition de l’effort.
« Les véhicules électriques auraient dû être soutenus, pas taxés »
Pensez-vous que ces mesures soient guidées par des enjeux fiscaux, écologiques ou économiques ?
Il y a sans doute un peu des trois, mais l’approche actuelle semble principalement fiscale. On pénalise plus qu’on n’accompagne. Il aurait fallu intégrer des incitations pour encourager une vraie transition vers une mobilité durable, notamment avec les véhicules hybrides ou électriques.
Justement, la taxation des véhicules électriques a surpris…
C’est un signal négatif. Maurice s’était engagé sur la voie de la mobilité verte, notamment lors de la COP21. Réintroduire des taxes sur les véhicules électriques, c’est un recul. Ces véhicules auraient dû continuer à bénéficier d’un soutien, mais à condition d’un cadre structuré : obligation d’installer des panneaux solaires, par exemple. Cela aurait eu plus de sens pour une transition cohérente avec notre réalité énergétique.
« Le véhicule est un outil de travail, pas un luxe »
Que proposez-vous comme alternatives pour réguler la croissance du parc automobile ?
Il faut agir sur plusieurs fronts. Moderniser notre transport public est essentiel, mais cela prendra du temps. En parallèle, il faut garantir un accès équitable à la mobilité, surtout dans les zones rurales ou pour les employés du secteur BPO. Pour beaucoup, la voiture n’est pas un luxe, c’est un outil de travail.
Souhaitez-vous que certaines mesures soient révisées ?
Oui. Nous avons proposé de maintenir l’exonération sur les véhicules hybrides. Nous demandons aussi d’élargir l’âge maximum d’importation des camions de 6 à 8 ans, et celui des vans de 4 à 5 ans. Ces ajustements seraient raisonnables et permettraient au secteur de respirer, tout en répondant aux besoins réels du marché.
Votre message final ?
Nous ne sommes pas opposés aux réformes. Mais elles doivent être équilibrées, consultées et justes. Et surtout, il ne faut pas sacrifier l’accès à une mobilité abordable pour des milliers de Mauriciens. Il est encore temps de dialoguer, d’écouter les professionnels du secteur, et d’éviter les conséquences sociales d’une réforme trop brutale.

