Navin Ramgoolam : « le means testing n’est plus gelé mais totalement retiré »

ByRédaction

June 25, 2026

Répondant a la PNQ du leader de l’opposition, le Premier ministre Navin Ramgoolam a apporté des précisions majeures sur la réforme du système de pensions, tout en dénonçant les critiques formulées à l’encontre des membres de la Commission d’experts chargée de piloter les travaux.

Le Premier ministre a longuement insisté sur la fragilité du système actuel, qu’il a qualifié de structurellement insoutenable. Selon lui, le Basic Retirement Pension (BRP), financé entièrement par les fonds publics, représente désormais une charge budgétaire excessive.

Il a rappelé que les dépenses liées aux pensions ont atteint près de 25 % du budget national en 2024–2025, dépassant les allocations combinées de la santé, de l’éducation et du logement social.

Les chiffres avancés montrent une hausse rapide : de 5,97 milliards de roupies en 2010 à environ 55 milliards en 2025–2026, avec une projection pouvant atteindre 100 milliards de roupies d’ici 2035 si aucune réforme structurelle n’est mise en œuvre.

Le Premier ministre a également attiré l’attention sur la détérioration du ratio de dépendance. Celui-ci est passé de 16 travailleurs par pensionné en 1962 à 4,7 aujourd’hui, et pourrait tomber à 3 d’ici 2049.

Selon lui, cette évolution traduit une réalité incontournable : “une population vieillissante avec moins de travailleurs pour financer davantage de retraités”, ce qui exerce une pression croissante sur les finances publiques.

Commission d’experts : compétence défendue

Au cœur de son intervention, Navin Ramgoolam a vivement regretté les critiques adressées aux membres de la Commission d’experts sur la réforme des pensions.

Il a insisté sur leur compétence et leur expérience internationale, rappelant qu’ils sont issus de domaines tels que l’actuariat, l’économie et les statistiques, et qu’ils ont occupé des postes importants à Maurice comme à l’étranger.

“Il est injuste et regrettable que des attaques personnelles soient dirigées contre ces professionnels”, a-t-il déclaré, ajoutant que certains membres de la Commission avaient même envisagé de démissionner à la suite de ces critiques.

Le Premier ministre a affirmé les avoir personnellement encouragés à poursuivre leur mission, soulignant l’importance de leur contribution dans un dossier aussi crucial pour l’avenir du pays.

Une réforme structurelle du système de pension

Navin Ramgoolam a rappelé que la réforme engagée vise à réorganiser en profondeur le système de pension mauricien autour de trois piliers : les pensions non contributives, les régimes contributifs et les dispositifs privés volontaires.

Parmi les principales recommandations de la Commission figurent :

  • la création d’une autorité indépendante de régulation des pensions ;
  • la mise en place d’un bureau central de gestion des régimes de pension ;
  • la transformation du BRP en “State Age Pension” à partir de 2027 ;
  • l’introduction d’un mécanisme de means testing individuel basé sur un seuil de revenus fixé à 14 000 roupies ;
  • la création d’un régime contributif national obligatoire à partir de juillet 2027.

Navin Ramgoolam est également revenue sur les mesures concernant les plus hautes fonctions de l’État. « Désormais, le Président de la République, le Vice-Président, le Premier ministre et les autres hauts responsables ne pourront plus cumuler plusieurs pensions non contributives. », affirme-t-il.

Par ailleurs, les pensions et rémunérations de ces fonctions, y compris celles des anciens titulaires et de leurs conjoints survivants, seront désormais entièrement taxables.

Il a également précisé que les ajustements futurs de la rémunération du Président seront désormais encadrés par la loi sur les rémunérations additionnelles, et non plus liés aux recommandations du Pay Research Bureau.

À l’heure des questions, le leader de l’Opposition a interrogé le Premier ministre sur la durée du gel du « means testing ». En réponse, le Premier ministre a affirmé que cette mesure n’était plus simplement gelée, mais qu’elle avait été totalement retirée des propositions de réforme.

Par ailleurs, le leader de l’Opposition a fait valoir que la réforme avait suscité un profond mécontentement au sein même de la majorité gouvernementale ainsi qu’une vive opposition dans le pays. Il a demandé au Premier ministre s’il reconnaissait que cette réforme constituait une forme de « fraude électorale » et s’il était prêt à abandonner le projet de State Age Pension afin de rétablir la Basic Retirement Pension universelle.

Le Premier ministre a répliqué en rappelant les déclarations passées de dirigeants politiques qui avaient eux-mêmes reconnu la nécessité d’une réforme du système des pensions. Il a soutenu que les difficultés actuelles trouvent leur origine dans des problèmes structurels identifiés depuis plusieurs décennies.

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