Satyam Jaggeshar : « La gestion de l’eau agricole est entrée dans une nouvelle ère où chaque goutte compte »

ByRédaction

August 10, 2026

Face à la diminution des ressources hydriques et aux nouvelles restrictions qui entreront en vigueur le 10 août, le directeur général de l’Irrigation Authority, Satyam Jaggeshar, explique comment l’organisme adapte sa stratégie pour préserver l’agriculture. Il revient sur l’état des réservoirs, les restrictions imposées aux planteurs, la lutte contre les prélèvements illégaux et les réformes destinées à rendre le secteur plus résilient face au changement climatique.

Où en sont aujourd’hui les réserves d’eau destinées à l’irrigation agricole ?

Les principaux réservoirs utilisés pour l’irrigation sont Midlands, La Nicolière et La Ferme. Midlands affiche actuellement un taux de remplissage d’environ 80 %, tandis que La Nicolière et La Ferme se situent respectivement autour de 46 % et 45 %.

Cependant, ces chiffres ne reflètent pas toute la réalité. Depuis plusieurs années, les précipitations sont inférieures à la moyenne et la demande en eau potable ne cesse d’augmenter. 

Une partie croissante des ressources est désormais prioritairement orientée vers l’alimentation domestique. Le nord demeure la région la plus touchée. Les restrictions imposées à l’irrigation de la canne à sucre depuis près de quatre ans ont entraîné une baisse des rendements et fragilisé de nombreux petits planteurs. Malgré ce contexte, nous avons réussi à maintenir un approvisionnement satisfaisant pour les cultures vivrières grâce à une gestion rigoureuse des ressources disponibles.

« Si la sécheresse persiste, nous serons contraints de réduire davantage les heures et la fréquence de distribution de l’eau  »

La crise actuelle ne révèle-t-elle pas l’absence d’une véritable planification de la gestion de l’eau au fil des années ?

La situation que nous vivons aujourd’hui montre surtout qu’il est devenu indispensable de planifier différemment la gestion de nos ressources en eau. La situation varie selon les régions. Dans plusieurs périmètres irrigués, notamment Belle Mare, Trou-d’Eau-Douce, Rivière-du-Rempart, Souvenir, Palma, Cressonville et Plaisance, l’approvisionnement reste relativement stable grâce aux rivières et aux forages.

En revanche, dans le nord, les contraintes sont beaucoup plus importantes. Les besoins quotidiens s’élèvent normalement entre 90 000 et 100 000 mètres cubes d’eau. Depuis plusieurs mois, nous avons dû fonctionner avec seulement 40 000 à 50 000 mètres cubes par jour. Je dois vous avouer que notre principale préoccupation est désormais de préserver les réserves d’eau potable. Si les conditions ne s’améliorent pas, nous serons amenés à réduire encore davantage la distribution d’eau destinée à l’irrigation.

À partir de ce lundi , l’irrigation sera réservée aux cultures maraîchères. Pourquoi ce choix ?

Cette décision répond à un impératif de sécurité alimentaire. Les cultures maraîchères sont extrêmement sensibles au manque d’eau. Quelques jours sans irrigation peuvent suffire à compromettre une récolte entière.La canne à sucre possède, quant à elle, une capacité de résistance plus importante aux périodes de stress hydrique. Dans les circonstances actuelles, il est donc indispensable de donner la priorité aux productions qui approvisionnent directement le marché local en légumes. Notre objectif est de préserver la disponibilité des produits alimentaires et d’éviter des pénuries qui pourraient affecter l’ensemble de la population.

« Ceux qui ne respecteront pas les restrictions s’exposeront aux mesures prévues par la loi »

Comment ces restrictions seront-elles appliquées ?

Nous privilégions avant tout le dialogue et la sensibilisation. Les planteurs sont conscients de la gravité de la situation et comprennent que ces mesures sont temporaires et prises dans l’intérêt général. Nos équipes renforceront néanmoins les contrôles sur le terrain afin de vérifier que l’eau distribuée est utilisée conformément aux nouvelles règles. En cas de non-respect, les dispositions prévues par la réglementation pourront être appliquées. Mais nous comptons surtout sur le sens des responsabilités de chacun.

Des planteurs dénoncent des pertes importantes sur le réseau d’irrigation. Quelle est la réalité ?

Il faut distinguer le réseau d’irrigation du réseau d’eau potable. Les pertes techniques sur notre réseau restent inférieures à 10 %, ce qui est relativement faible.Notre infrastructure fonctionne sous pression élevée, entre 7 et 12 bars dans certaines régions, ce qui permet de détecter rapidement les fuites. Des inspections sont réalisées quotidiennement et les réparations sont effectuées dans les meilleurs délais.

En revanche, le véritable défi concerne les prélèvements illégaux. Certaines personnes réalisent des branchements non autorisés ou utilisent l’eau destinée à l’irrigation pour remplir des camions-citernes, laver des véhicules ou d’autres usages non agricoles.

Comme notre réseau couvre plus de 9 000 arpents, il est impossible de surveiller chaque installation en permanence. C’est pourquoi nous déployons progressivement des compteurs intelligents capables de suivre les consommations en temps réel et d’identifier rapidement les anomalies.

Cette crise impose-t-elle une nouvelle stratégie pour l’agriculture ?

Absolument. Le changement climatique, la croissance de la consommation domestique, les besoins industriels et le développement touristique exercent une pression de plus en plus forte sur les ressources en eau.Ces dernières années, les superficies irriguées ont diminué d’environ 600 hectares par an, principalement en raison des restrictions affectant la culture de la canne à sucre. Cette évolution montre que notre modèle doit s’adapter.

Nous devons désormais produire davantage avec moins d’eau. C’est pourquoi nous travaillons avec le ministère de l’Agro-industrie sur une stratégie nationale visant à renforcer la sécurité hydrique de l’agriculture. 

Cette stratégie prévoit notamment le développement de la réutilisation des eaux usées traitées, la construction de mini-barrages et de retenues collinaires afin de stocker davantage d’eau pendant les périodes de pluie, l’amélioration des capacités de stockage ainsi que la modernisation des infrastructures existantes. Chaque goutte compte. Nous modernisons nos systèmes d’irrigation pour utiliser l’eau plus efficacement et assurer la sécurité alimentaire face aux défis climatiques.

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