- Shameem Abdul Raman : « Dès que je publiais quelque chose, les attaques recommençaient »
Faux profils, menaces, diffamation, cyberharcèlement : le gouvernement hausse le ton face aux dérives sur les réseaux sociaux. Alors que la loi prévoit de lourdes sanctions, le témoignage du mannequin et acteur Shameer Abdul Raman révèle surtout la violence et les conséquences bien réelles du harcèlement numérique.
Pendant six mois, le mannequin, acteur et figure publique Shameer Abdul Raman affirme avoir été la cible d’attaques répétées sur les réseaux sociaux, à la suite de la sortie du film mauricien Vansh.
« Depuis que la première chanson est sortie, on a commencé à m’attaquer. On se moquait de moi », raconte-t-il. Très vite, explique-t-il, les attaques se sont multipliées sur les plateformes numériques. Des pages reprenaient ses publications, tandis que les commentaires s’en prenaient à son apparence, sa manière de parler, ses vêtements, son maquillage ou encore ses vidéos. « On m’attaquait sur tout. Dès que je postais quelque chose, on ne me lâchait pas. Tout ce que je publiais, il y avait des commentaires. Ça n’arrêtait pas », confie-t-il.
Après 36 ans de carrière, Shameer Abdul Raman affirme n’avoir jamais été confronté à une telle situation. Ce qui avait commencé, selon lui, par des moqueries s’est progressivement transformé en une campagne d’attaques répétées qui s’est poursuivie pendant plusieurs mois.
Les conséquences se seraient également fait sentir dans sa vie quotidienne. « Sa ti affecter mo la santé », affirme-t-il. Il évoque notamment des épisodes de stress eating, des pertes de poids, des troubles du sommeil et une période particulièrement difficile durant laquelle il dit avoir fait des cauchemars.
Mais au-delà des commentaires et des moqueries, la situation aurait fini par prendre une tournure beaucoup plus inquiétante. Shameer affirme avoir reçu des menaces de mort sur ses pages. « C’est là que j’ai décidé d’aller porter plainte », explique-t-il.
Face aux attaques, il dit avoir choisi, dans un premier temps, de ne pas répondre systématiquement aux commentaires et publications. Il a préféré s’appuyer sur son entourage, notamment sa famille et ses amis proches, mais également sur sa foi et son travail pour traverser cette période. Les attaques auraient finalement cessé après sa plainte offcielle aupres du Mauritian Cybercrime Online Reporting System (MAUCORS).
Aujourd’hui, Shameer affirme avoir pris du recul. Mais pour lui, il existe une différence claire entre la critique et le harcèlement. Ce qu’il refuse surtout, c’est de laisser les attaques des réseaux sociaux dicter sa manière de vivre. Fort de cette expérience, il encourage également les personnes confrontées au cyberharcèlement à ne pas rester seules. Il leur conseille de chercher du soutien et de ne pas hésiter à se tourner vers les autorités.
Shameer salue la fermeté du gouvernement face au harcèlement en ligne
Shameer se dit par ailleurs satisfait de la prise de position du gouvernement sur les dérives des réseaux sociaux. Pour lui, cela constitue un signal important et montre que le cyberharcèlement doit désormais être considéré comme un véritable fléau de société.« Je suis ravi de cette décision du ministère. Il était temps de mettre un frein », soutient-il.
Niveda Moorghen : « Il faut faire la distinction entre critique et harcèlement »
La prise de position des autorités est également saluée par Niveda Moorghen, créatrice de contenu qui s’est régulièrement exprimée sur la question du bullying et des comportements abusifs sur les réseaux sociaux.
Elle considère le rappel du cadre légal comme nécessaire. Selon elle, ce qui se passe derrière un écran ne doit pas être considéré comme moins grave que ce qui se passe dans la vie réelle.
Faux profils, diffamation, menaces ou cyberharcèlement peuvent, estime-t-elle, avoir des conséquences bien réelles sur la réputation, la vie privée et le bien-être d’une personne.
Selon elle, de nombreux utilisateurs ont aujourd’hui le sentiment que les réseaux sociaux leur offrent une certaine forme d’anonymat et, par conséquent, une forme d’impunité. La possibilité de créer rapidement un compte, parfois sous une fausse identité, et de publier un commentaire en quelques secondes peut donner à certains internautes l’impression qu’ils n’auront pas à répondre de leurs propos.
Elle insiste toutefois sur un point essentiel : toute critique n’est pas du cyberharcèlement. À ses yeux, la limite est franchie lorsque le comportement ne relève plus du simple désaccord, mais devient une volonté d’humilier ou d’intimider une personne, de diffuser de fausses informations, de la menacer ou de la cibler de manière répétée.
En tant que créatrice de contenu, Niveda reconnaît qu’une présence publique implique nécessairement une plus grande exposition. Des milliers de personnes peuvent avoir une opinion sur une personnalité qu’elles ne connaissent pourtant pas personnellement.
Elle estime également que la responsabilité doit être partagée. Les créateurs de contenu doivent prendre conscience de l’influence et de la responsabilité qui accompagnent leur visibilité. Mais les utilisateurs doivent eux aussi comprendre que le fait d’être derrière un écran ne les exonère pas de la responsabilité de leurs paroles et de leurs actes.
Elle pointe également du doigt une culture où les réactions, les vues et l’engagement prennent parfois le dessus sur les conséquences. Une publication négative ou controversée peut devenir virale en quelques minutes, alors même que les faits n’ont pas encore été vérifiés.
Niveda Moorghen est également favorable à un renforcement de la modération sur certaines plateformes. De son expérience, elle constate que les internautes semblent parfois plus à l’aise pour publier des commentaires agressifs ou relevant du bullying sur TikTok que sur Instagram. Facebook présente également, selon elle, des difficultés particulières avec certains comptes dont l’identité réelle est difficile à déterminer.
Mais lorsqu’elle parle de « contrôle », Niveda ne plaide pas pour une limitation de la liberté d’expression. Ce qu’elle souhaite, c’est une modération plus efficace lorsqu’il s’agit de harcèlement, de menaces, de diffamation, de campagnes répétées de bullying ou encore de l’utilisation abusive de comptes anonymes ou fictifs.

