Sydney Pierre revient sur les raisons de sa démission du Parti travailliste (PTr), les désaccords qui ont rendu sa position intenable au sein du gouvernement et les spéculations entourant son avenir politique. S’il confirme avoir eu des discussions avec Paul Bérenger, leader du Front militant progressiste (FMP), il assure qu’aucune candidature pour 2029 ni aucun poste ne lui ont été promis. Pour lui, cette rupture relève avant tout d’une question de convictions.
Vous avez démissionné du Parti travailliste (PTr), suscitant de nombreuses spéculations sur votre avenir politique. Que répondez-vous à ces rumeurs ?
Il y a effectivement beaucoup de spéculations autour de ma démission. Certains évoquent une éventuelle nomination comme ministre en 2029, dans un prochain gouvernement, ou encore la présidence du Public Accounts Committee (PAC). Mais je tiens à être clair : ma décision de quitter le PTr ne résulte d’aucune négociation visant à obtenir un poste ou une fonction.
Plusieurs partis ont engagé des discussions avec moi. Le Front militant progressiste (FMP) constitue une option, mais aucune décision n’a encore été prise concernant mon avenir politique. Paul Bérenger est une figure historique de la circonscription no 19, où il a été élu député pendant plusieurs décennies. Pour l’heure, je siégerai dans l’opposition. Quant à mon avenir politique, je préfère me donner le temps de la réflexion avant de décider de la suite. Certains auraient pu penser que j’allais attendre un éventuel remaniement ministériel avant de me décider. Mon nom avait même été évoqué pour le poste de ministre du Tourisme. Pourtant, ma démarche n’a jamais été motivée par la recherche d’un portefeuille ministériel.
À quel moment avez-vous compris que vous ne pouviez plus continuer au sein du PTr ?
Cela s’est construit progressivement. Au départ, on peut exprimer des réserves, accepter certains désaccords et continuer à travailler avec son parti. Mais lorsque les divergences se multiplient, la situation devient difficile à vivre. Je me suis retrouvé de plus en plus isolé. Je défends une autre conception de la politique, qui ne consiste pas à soutenir systématiquement toutes les décisions de son camp simplement parce qu’elles viennent de son propre parti. Lorsqu’une chose n’est pas correcte, elle ne le devient pas parce qu’elle est défendue par son propre camp. C’est un principe auquel je tiens. Je préfère exprimer mon opinion plutôt que de me taire pour préserver une position ou éviter de déranger.
Votre opposition à la réforme des pensions a marqué votre parcours politique. Que représentait ce vote pour vous ?
C’était avant tout une question de conviction. J’avais déjà exprimé mes réserves et je ne pouvais pas agir contre ce que je considérais comme juste. Je savais que cette décision pouvait avoir des conséquences politiques, mais je devais rester cohérent avec mes prises de position.
Être élu implique une responsabilité envers la population. Nous ne pouvons pas demander aux citoyens de nous faire confiance, puis renoncer à nos convictions dès qu’elles entrent en conflit avec les décisions de notre propre parti. Il faut parfois avoir le courage de prendre des décisions difficiles, même lorsque cela signifie se retrouver en désaccord avec son camp.
« Jamais je n’aurais imaginé quitter un jour le PTr. Mais il arrive un moment où rester signifie trahir ses propres convictions »
Cette divergence sur les pensions a-t-elle été le déclencheur de votre démission ou s’agissait-il d’un malaise plus profond ?
Il ne faut pas réduire ma démission à un seul événement. Les désaccords se sont accumulés au fil du temps. Une divergence ponctuelle peut être surmontée par le dialogue, mais lorsque les désaccords deviennent récurrents, la situation finit par peser.
J’ai progressivement compris que ma ligne politique ne correspondait plus à celle du parti. À la longue, il devient difficile de devoir constamment se demander jusqu’où l’on peut aller sans renoncer à ses principes. J’ai fini par comprendre que je ne pouvais plus continuer ainsi. Je ne voulais pas attendre que la situation se détériore davantage. J’ai donc pris la décision de partir.
À quel moment aviez-vous décidé de quitter le Parti travailliste ?
Ma décision était déjà prise avant la reprise des travaux parlementaires. Au regard des décisions que le gouvernement devait prendre, je ne voulais pas me retrouver dans une situation où mes positions risquaient d’embarrasser le PTr.
Ce n’était sain ni pour moi, ni pour le parti, ni pour le gouvernement. Je ne souhaitais plus être confronté à des contradictions permanentes. Je n’ai toutefois pas démissionné immédiatement. J’avais envisagé de prendre la parole pour expliquer mes idées, mais les choses ne se sont pas déroulées comme je l’avais imaginé. J’ai finalement préféré partir.
Je n’avais jamais imaginé qu’un jour je quitterais le PTr. Ce n’est jamais une décision facile à prendre lorsque l’on a débuté sa carrière politique au sein d’un parti auquel on a consacré une partie de son parcours. Mais il arrive un moment où il faut savoir prendre ses responsabilités et assumer ses choix.
Avez-vous discuté de votre décision avec le leader du PTr avant de présenter votre démission ?
Non. Je n’ai pas discuté avec le leader du PTr avant de partir. J’ai pris ma décision et je suis allé au bout de ma démarche. Il ne s’agissait pas d’une décision prise sur un coup de tête. Ma réflexion était engagée depuis un certain temps et j’avais pesé les conséquences. Je ne pouvais plus continuer à défendre une ligne politique qui ne correspondait pas à mes convictions. Il fallait que je reste cohérent avec moi-même.
Laisser-moi vous dire, qu’après ma révocation, j’ai rencontré Navin Ramgoolam et je lui ai clairement fait comprendre que, malgré les circonstances, je resterais fidèle à mes convictions. Je lui ai exprimé ma position en toute franchise, et il l’a respectée. Pour moi, il était essentiel de rester cohérent avec mes principes et mes valeurs, même si cela devait m’amener à prendre des décisions difficiles sur le plan politique.
« Je quitte le Parti travailliste, mais jamais les valeurs auxquelles j’ai toujours cru. »
Vous avez déclaré pouvoir quitter le PTr sans renoncer à ses valeurs. Comment expliquez-vous cette distinction ?
Je peux quitter le Parti travailliste, mais pas ses valeurs. C’est une distinction essentielle pour moi. Un parti politique est une organisation, avec ses dirigeants, ses décisions et ses orientations à un moment donné. Les valeurs, elles, dépassent le cadre d’une structure.
Mon départ ne signifie pas que je renie tout ce que j’ai défendu jusqu’ici. Je reste attaché à mes convictions et à l’idée que la politique doit être guidée par l’intérêt général. Ce qui a changé, c’est ma capacité à me reconnaître dans la ligne politique suivie.
Serez-vous assis aux côtés de Paul Bérenger lors de la rentrée parlementaire ?
Paul Bérenger a lui-même indiqué qu’il y avait eu des discussions. Mais il ne faut pas y voir une négociation autour de postes ou de garanties politiques.
Je tiens à prendre Paul Bérenger à témoin sur ce point : à aucun moment, il n’a été question de me garantir une candidature aux élections de 2029, de me promettre la présidence du Public Accounts Committee ou de m’assurer une fonction au sein du FMP. Je n’ai rien demandé et rien ne m’a été promis. Il est important de le préciser, car les spéculations vont parfois bien au-delà de la réalité. Ma démission du PTr est une chose ; la réflexion sur mon avenir politique en est une autre. Je ne veux pas que mon départ soit présenté comme une transaction dans laquelle j’aurais échangé ma démission contre une position politique.
« Je prendrai le temps de réfléchir à la suite. Rien ne presse »
Paul Bérenger vous a cité à plusieurs reprises lors de ses conférences de presse. Comment interprétez-vous l’attention qu’il vous porte ?
Je suis honoré d’avoir été contacté par Paul Bérenger, qui est une figure historique de la politique et un ancien leader du MMM. J’apprécie cette marque de considération. Pour autant, je souhaite avancer étape par étape. J’ai pris une décision importante en quittant le PTr et je veux maintenant prendre le temps de réfléchir à la suite.
Il ne faut pas tirer de conclusions hâtives des déclarations publiques ou des marques d’attention. Je préfère laisser les choses évoluer naturellement, sans créer d’attentes autour de ma personne.
Est-ce que vous allez adhérer le FMP ?
Nous verrons ce que l’avenir nous réserve. Dans les prochains jours, je prendrai le temps de réfléchir à la deuxième étape de ma décision. Il n’y a aucune urgence à annoncer davantage de choses aujourd’hui.
Je ne veux pas précipiter les événements ni donner l’impression que tout est déjà décidé. Je dois d’abord tirer les conséquences de mon départ du PTr et réfléchir à la meilleure manière de poursuivre mon engagement politique.
Je sais que les gens souhaitent obtenir des réponses immédiates, mais je préfère avancer avec prudence. L’essentiel est de rester fidèle à mes convictions et de ne pas prendre de décision simplement pour répondre aux attentes ou aux spéculations.
« Je travaillerai certainement aux côtés de Paul Bérenger dans l’opposition »
Comptez-vous travailler avec Paul Bérenger au sein de l’opposition ?
Je travaillerai certainement avec Paul Bérenger au sein de l’opposition. Nous partageons désormais un espace politique dans lequel je pourrai continuer à contribuer aux débats et à la vie publique.
Pour le reste, nous verrons comment les choses évolueront. Je ne souhaite pas annoncer des décisions qui relèvent encore de ma réflexion. Ma priorité est de pouvoir exprimer librement mes positions et de participer aux débats sur les questions qui concernent les Mauriciens.
Avez-vous reçu des réactions de membres du gouvernement depuis votre démission ?
Personne au sein du gouvernement n’a pris contact avec moi. La seule personne avec laquelle j’ai parlé est le secrétaire général. Je ne souhaite pas spéculer sur les raisons de ce silence. Chacun est libre de réagir comme il l’entend. Pour ma part, j’ai pris une décision et je l’assume. Je ne suis pas parti dans l’attente d’une réaction particulière ni pour provoquer une discussion avec des membres du gouvernement.
Votre position au sein de l’opposition vous permettra-t-elle de vous exprimer plus librement sur les décisions gouvernementales ?
Oui. Je pourrai désormais exprimer franchement mes positions, sans chercher à dissimuler mon opinion pour éviter de contrarier mon propre camp.
C’est précisément l’une des difficultés que j’ai rencontrées : mes divergences répétées avec la ligne du parti me plaçaient dans une situation inconfortable. Je veux aujourd’hui pouvoir défendre mes idées en toute transparence.
Cela ne signifie pas que je m’opposerai systématiquement à toutes les décisions du gouvernement. Être dans l’opposition ne consiste pas à rejeter tout ce qui est proposé. Il faut savoir reconnaître les mesures pertinentes tout en dénonçant celles qui le méritent. Je veux contribuer à un débat politique fondé sur les idées, les faits et les convictions, plutôt que sur des considérations partisanes.
Quel message souhaitez-vous adresser à ceux qui pourraient considérer votre départ comme un calcul politique ?
Je leur dirai que ma démarche n’est pas motivée par la recherche d’un avantage personnel. J’ai quitté une carrière professionnelle importante pour m’engager en politique parce que je voulais contribuer au développement du pays. Je poursuis aujourd’hui le même objectif, mais dans une nouvelle configuration politique.
Je ne cherche ni un poste ni la popularité. Je veux rester fidèle à mes valeurs et apporter ma contribution là où je pense pouvoir être utile. Le temps permettra de juger mes décisions et mes actions.

