À l’approche des Jeux des Îles de l’océan Indien de 2027, les attentes se précisent : quels moyens pour les athlètes, quelles obligations pour les fédérations et quelle place pour le sport dans la société mauricienne ? Le ministre des Sports défend une préparation budgétaire progressive et une réforme de la gouvernance. Son ambition affichée : organiser le système autour des sportifs.
Rs 20 millions pour la préparation, puis quelque Rs 50 millions évoquées pour 2027-2028… Les chiffres se succèdent et suscitent des interrogations. Sur quels moyens les athlètes peuvent-ils réellement compter ?
Il faut considérer l’effort dans son ensemble. Dès son premier budget, pour l’exercice 2025-2026, le gouvernement a fait des Jeux des Îles une priorité, avec une première dotation de Rs 5 millions. Pour 2026-2027, une enveloppe de Rs 40 millions a été prévue, dont environ Rs 20 millions consacrées à la préparation des athlètes. Une enveloppe d’environ Rs 50 millions est également envisagée pour le prochain exercice budgétaire. D’autres dotations pourront compléter ces montants, selon les besoins identifiés au cours de la préparation. Nous ne raisonnons donc pas à partir d’une enveloppe figée. Dans le contexte économique actuel, notre objectif reste de permettre aux sportifs de se préparer dans les meilleures conditions possibles.
Pour un athlète, la question est très concrète : sa préparation risque-t-elle d’être compromise faute de financement ?
Le gouvernement met tout en œuvre pour répondre aux besoins réels de nos sportifs. Chaque roupie allouée sera utilisée conformément à sa finalité, avec rigueur, transparence et responsabilité. Dans ces conditions, l’affirmation selon laquelle un sportif pourrait être pénalisé faute de moyens ne saurait être fondée.
« Placer le sportif au cœur des priorités et les fédérations face à leurs responsabilités »
Une nouvelle loi peut modifier les structures sans changer le quotidien des sportifs. Qu’apportera concrètement la future Sports Act ?
Notre ambition dépasse le remplacement d’un texte par un autre. Nous voulons changer la manière dont le sport est organisé, gouverné et protégé . Le principe est simple : remettre le sportif au centre du système, tout en responsabilisant davantage les fédérations.
Pour les athlètes, cela signifie mieux définir leur statut, leurs droits et leur protection, notamment contre les abus. La future législation devra également renforcer leur bien-être et leurs conditions de pratique, tout en reconnaissant davantage le sport professionnel et la représentation collective des sportifs. Elle devra accompagner les évolutions du secteur : l’e-sport, la formation des entraîneurs, l’encadrement des académies de football et la protection des jeunes. Le développement du sport à Rodrigues y trouvera également sa place.
La sélection nationale touche à la fois au mérite, à l’identité et aux ambitions de résultats. Quelle place souhaitez-vous donner aux sportifs locaux, à la diaspora et aux athlètes naturalisés ?
Nous voulons clarifier les règles concernant la sélection et la représentation de Maurice, notamment pour les athlètes de la diaspora et les questions liées à la naturalisation.
Cette clarification doit se faire en veillant à ce que nos sportifs locaux ne soient pas pénalisés. Il s’agit d’établir un cadre clair et adapté, dans un système organisé autour du sportif. C’est tout l’esprit de cette réforme : « Le sport pour les sportifs ».
La transparence revient souvent dans les discours. Comment comptez-vous l’inscrire dans le fonctionnement des fédérations ?
Elle doit se traduire par des règles plus claires sur le fonctionnement des fédérations, leurs élections, la durée des mandats et leur gestion financière. Nous voulons également renforcer le suivi de l’utilisation des fonds publics. Le Registry of Sports Bodies contribuera à mieux structurer et encadrer le mouvement sportif. L’objectif est d’avoir des fédérations plus démocratiques, professionnelles et responsables, véritablement au service des sportifs et du développement de leurs disciplines.
« Chaque roupie doit produire un impact concret et mesurable sur le terrain »
Le budget 2026-2027 du ministère atteint environ Rs 1,2 milliard, avec une hausse annoncée de 12 %. Comment faire en sorte que cet effort se ressente sur le terrain ?
Il faut d’abord préciser que cette somme n’est pas entièrement consacrée au sport. Elle couvre aussi les dépenses administratives, les dépenses en capital et les programmes liés à la jeunesse. Pour les ressources destinées au sport, notre objectif est clair : qu’elles bénéficient réellement aux athlètes et au développement de la pratique. Cela exige une meilleure allocation des fonds, un suivi rigoureux des dépenses, davantage de transparence et un accompagnement renforcé des sportifs comme des fédérations.
Entre ouvrir la pratique au plus grand nombre et financer les futurs médaillés, les moyens imposent-ils de choisir ?
Ces deux dimensions sont complémentaires. L’une ne doit pas se développer au détriment de l’autre. Le « Sport pour tous » s’adresse à l’ensemble de la population, toutes générations et catégories sociales confondues. Il favorise la santé, le bien-être, l’inclusion et la qualité de vie. Le Mauritius Sports Council constitue l’un des principaux instruments du gouvernement dans ce domaine. La Commission nationale du sport féminin contribue, pour sa part, à promouvoir la participation des femmes.
Le sport d’élite repose sur la détection des talents, leur formation et leur accompagnement vers le plus haut niveau. Les fédérations jouent un rôle essentiel dans cette préparation, afin que nos athlètes puissent représenter et faire honneur à Maurice sur la scène internationale. Nous devons avancer simultanément sur ces deux fronts : permettre au plus grand nombre de pratiquer une activité physique et donner à nos meilleurs talents les moyens d’atteindre le haut niveau. La future Sports Act devra fournir un cadre adapté à cette double ambition.
On demande aussi au sport de protéger les jeunes de la drogue. Que peut-il réellement apporter, et où se situent ses limites ?
Le sport peut jouer un rôle important dans la prévention. Il offre aux jeunes un cadre sain, structure leur temps et développe la discipline, l’estime de soi, l’esprit d’équipe ainsi que le sens des responsabilités.Encore faut-il rendre la pratique accessible au plus grand nombre, particulièrement dans les quartiers et auprès des jeunes les plus vulnérables.
Mais le sport doit s’inscrire dans une démarche plus large, associant les parents, l’école, les éducateurs et les autres acteurs concernés. Notre objectif est de former des champions, mais aussi de contribuer à construire des jeunes équilibrés, responsables et confiants en leur avenir.

