Joe Lesjongard : « Le Premier ministre ne peut pas gouverner selon les caprices d’une personne»

ByRédaction

March 16, 2026

Au lendemain des célébrations du 12 mars et à la veille de la rentrée parlementaire, le leader de l’opposition, Joe Lesjongard, livre son analyse de la situation politique actuelle. Il évoque les défis économiques qui attendent le pays et détaille les dossiers prioritaires qu’il compte soulever au Parlement lors de cette nouvelle session.

Quel est votre état d’esprit à la veille de la rentrée parlementaire ?

Je suis prêt à aborder cette nouvelle session parlementaire, qui est la troisième du mandat du présent gouvernement. Il y a beaucoup de sujets qui méritent d’être discutés et sur lesquels la population recherche des éclaircissements.

Il existe une inquiétude généralisée que je partage, surtout avec les récents développements au Moyen-Orient. Nous sommes également à seulement quelques mois de la présentation du Budget 2026-2027.

Quelle est, selon vous, la marge de manœuvre dont dispose le Premier ministre ?

Je vais être honnête. Je me demande s’il sera en mesure de présenter un budget et si le programme gouvernemental présenté l’année dernière est toujours d’actualité. L’argent budgété qui devait provenir de l’accord sur l’archipel des Chagos n’est toujours pas arrivé et, entre-temps, nous nous retrouvons avec une guerre sur les bras. Le prix du pétrole a flambé, tout comme le fret, et une crise alimentaire se profile à l’horizon.

Pendant ce temps, le Premier ministre doit, une énième fois depuis le début de son mandat, gérer son adjoint qui critique tout depuis que son gouvernement est au pouvoir. Il y a l’opposition parlementaire et il y a également une forte opposition au sein même du gouvernement. Gouverner dans l’instabilité n’est ni durable ni efficace.

« Je me demande jusqu’à quand le Dr Ramgoolam va tolérer cela. »

Le gouvernement de Pravind Jugnauth a aussi connu des turbulences, n’est-ce pas ?

Tous les gouvernements ont connu des secousses. Mais des décisions doivent être prises. Le pays a besoin de stabilité. Le Dr Ramgoolam avait pris des engagements envers la population. Peut-être ne s’attendait-il pas à une victoire aussi large, mais il allait tout de même devoir gouverner avec Paul Bérenger comme adjoint.

1995 a été un échec, de même que 2014. Peut-être pensait-il qu’avec davantage de maturité ils pourraient s’entendre. Force est de constater que ce n’est plus le cas.

Le Premier ministre ne peut pas gouverner le pays selon les caprices d’une personne. Il y a aujourd’hui deux pôles de pouvoir au sein de l’État et deux manières très différentes de gérer.

Le Deputy Prime Minister critique régulièrement l’entourage du Premier ministre, questionne ses décisions et se permet même de dévoiler des discussions du Conseil des ministres. C’est du jamais vu. Je me demande jusqu’à quand le Dr Ramgoolam va tolérer cela.

Et quelle sera l’issue de ce nouvel épisode de ON/OFF selon vous ?

Je ne souhaite pas spéculer. Comme vous l’avez dit vous-même, c’est un nouvel épisode de ON/OFF. Le deal Chagos est en mode pause-play. Un an et demi, ou presque, depuis que le Dr Navin Ramgoolam est au pouvoir. Je pense que même lui doit s’impatienter et vouloir mettre en œuvre ses projets.

On le connaît très calculateur et il « works at his own pace », mais il doit sans doute se soucier aussi de l’héritage politique qu’il laissera derrière lui. Il a accepté le défi d’essayer de travailler avec Paul Bérenger. Je laisse à la population le soin de juger s’il est en train de réussir son pari.

« Le terrain reste le meilleur barometer »

Qu’en est-il du MSM sur l’échiquier politique ?

Je l’ai dit depuis le début de mon mandat comme leader de l’opposition : la population a sanctionné le MSM et il faut l’accepter. Mais si le présent régime croit que cette sanction est toujours d’actualité, il commet une erreur. Il y a déjà des comparaisons qui commencent à se faire dans certains milieux, notamment en termes de mesures sociales et de qualité de vie.

Le MSM de Pravind Jugnauth a toujours été aux côtés du peuple dans les moments les plus difficiles que notre pays ait connus, notamment pendant la pandémie de COVID-19.

Et tout le monde reconnaît cela, même nos adversaires. Le terrain reste le meilleur baromètre. Un an et demi après les élections, beaucoup de personnes regrettent déjà leur choix.

Quels seront vos dossiers prioritaires lors de cette session parlementaire ?

La situation mondiale est compliquée et problématique. La population souffre déjà du coût de la vie et cela risque de se détériorer avec la crise économique, énergétique et alimentaire liée à la guerre au Moyen-Orient. La situation au niveau du Law and Order est également inquiétante.

Le Premier ministre devrait aussi s’enquérir du dossier énergétique et des questions subsistent concernant la gestion du ministère du Tourisme. Certaines informations font état d’une forte pression sur les fonctionnaires de ce ministère.

J’ai été ministre du Tourisme pendant la période du COVID. C’était un ministère très performant et les officiers ont accompli un travail remarquable, que ce soit pour la gestion du rapatriement, la quarantaine dans les hôtels ou la distribution des vivres à la population. Mais, étonnamment, beaucoup ont été transférés.

Quant à la sécurité sociale et à l’intégration sociale, n’en parlons pas. Même le ministre de tutelle a reconnu que rien ne bouge.

« Si demain je ne suis plus leader de l’opposition, je continuerai à faire mon travail. »

Leader de l’opposition… pour combien de temps ?

 (Rires) On m’a déjà posé cette question dans une autre interview l’année dernière. C’est un poste constitutionnel qui m’a été conféré.

Si demain il y a un changement de configuration au sein de l’opposition, c’est la Constitution qui s’appliquera pour la nomination d’un nouveau leader de l’opposition. Il y a eu plusieurs cas dans le passé. J’ai une entente avec Adrien Duval et nous faisons de notre mieux pour soulever le maximum de sujets d’intérêt national.

Si demain je ne suis plus leader de l’opposition, je continuerai à faire mon travail et à questionner le Premier ministre et ses ministres sur tout ce qui, selon moi, soulève des interrogations au sein de la population. J’interviendrai de la même manière lors des débats sur les projets de loi.

Je ne représente pas seulement ma circonscription ou mon parti ; je suis le porte-voix de ce peuple qui attend beaucoup de ce gouvernement.