Alors que le créole prend progressivement sa place au Parlement, une question se pose désormais : pourquoi pas le bhojpuri ? Pour Mookhesswur Choonee, Chairperson de l’International Bhojpuri Renaissance Forum et président de GOPIO International, cette langue, profondément ancrée dans l’histoire de Maurice et de l’engagisme, mérite elle aussi une plus grande reconnaissance.
Une langue façonnée par l’histoire
Pour Mookhesswur Choonee, le bhojpuri représente un héritage qu’il faut préserver, mais surtout continuer à faire vivre. “Originaire du nord de l’Inde, le bhojpuri s’est développé au fil des siècles avant de dépasser largement ses régions d’origine. Son rayonnement international est notamment lié au système de l’engagisme indien. Les Girmitiyas, travailleurs engagés, ont été envoyés dans plusieurs régions du monde, notamment à Maurice, aux Fidji, en Afrique du Sud, aux Seychelles, à Trinidad-et-Tobago, en Guyana et au Suriname.”, explique-t-il. À travers eux, la langue a voyagé et s’est enracinée dans de nouvelles sociétés, affirme-t-il.
À Maurice, le bhojpuri est ainsi devenu un outil de communication et de cohésion dans les propriétés sucrières. Malgré les difficultés auxquelles étaient confrontées les familles, la langue a été transmise de génération en génération, accompagnant les chants, les histoires, les cérémonies et les traditions.
Cette histoire a également été reconnue sur le plan institutionnel avec la création du Bhojpuri Speaking Union en 2013. L’un des symboles les plus importants de cet héritage demeure le Geet Gawai, tradition musicale et rituelle associée notamment aux cérémonies de mariage. Cette pratique a été inscrite par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Une transmission aujourd’hui fragilisée
Mais cette histoire pourrait progressivement s’effacer si la transmission aux nouvelles générations n’est pas renforcée selon lui. Il dit constater que l’utilisation quotidienne du bhojpuri a diminué, particulièrement chez les jeunes vivant en milieu urbain. Dans certaines familles, les parents privilégient désormais le créole, le français, l’anglais ou le hindi, parfois avec la conviction que ces langues offriront davantage d’opportunités scolaires ou professionnelles à leurs enfants.
Pour autant, il estime que le bhojpuri ne doit pas être opposé aux autres langues.Le bhojpuri mauricien lui-même est le résultat d’une évolution permanente. Au fil du temps, il s’est enrichi de mots et d’expressions issus notamment du créole et d’autres langues présentes à Maurice. Cette capacité d’adaptation constitue justement, selon lui, l’une des forces de la langue.
« Il faut ramener le bhojpuri dans les familles »
Pour assurer sa survie, la première étape serait de renforcer sa transmission au sein des familles.Les parents pourraient être encouragés à parler davantage bhojpuri avec leurs enfants, notamment à travers les conversations quotidiennes, les histoires et les traditions familiales.
L’école constitue également un levier important. Des concours, activités culturelles et événements pourraient également contribuer à créer un intérêt autour de la langue.
Il propose aussi de développer des outils destinés aux familles, notamment des guides linguistiques permettant aux parents de réintroduire progressivement le bhojpuri dans les échanges à la maison.
Il plaide également pour davantage de programmes en bhojpuri à la télévision et à la radio et évoque même la possibilité de créer une station de radio bhojpuri diffusant 24 heures sur 24, avec des contenus mauriciens et internationaux. Les réseaux sociaux représentent également une opportunité pour toucher une nouvelle génération affirme-t-il.
Une place au Parlement?
Mookhesswur Choonee estime également que la réflexion pourrait s’étendre jusqu’au Parlement.Alors que le créole a désormais trouvé une place dans les travaux parlementaires, il considère que le bhojpuri pourrait également faire l’objet d’une réflexion. Plusieurs députés utilisent déjà cette langue dans leurs échanges avec leurs électeurs et dans la vie publique.
Une plus grande présence du bhojpuri dans les institutions contribuerait, selon lui, à renforcer la diversité linguistique et à rendre certains débats plus accessibles à la population.
Il évoque également le développement d’outils numériques et d’un vocabulaire juridique simplifié afin de faciliter l’accès aux textes et aux informations publiques en bhojpuri et en créole.
Pour Mookhesswur Choonee, la préservation de cette diversité ne doit pas être perçue comme une compétition entre les langues. Chaque langue raconte une partie de l’histoire du pays affirme-t-il.

