La Cour suprême Indienne a poursuivi, vendredi 9 janvier, l’examen approfondi d’un dossier aussi sensible que révélateur : la gestion des chiens errants dans les espaces urbains et résidentiels. Pendant deux jours consécutifs, un banc composé des juges Vikram Nath, Sandeep Mehta et NV Anjaria a écouté les arguments d’activistes, d’ONG, de représentants de victimes et d’institutions publiques, dans une audience dense, parfois tendue, mais toujours marquée par la recherche d’un équilibre entre sécurité publique et protection animale.
Intitulée In Re: “City Hounded By Strays, Kids Pay Price”, l’affaire s’est imposée comme un véritable révélateur des failles de gouvernance locale et de l’incapacité persistante des autorités à traiter un problème devenu structurel.
Entre peur dans les quartiers et compassion pour les animaux
D’un côté, des citoyens de plus en plus inquiets, évoquant la multiplication des attaques de chiens errants, notamment contre des enfants et des personnes âgées, et réclamant le retrait immédiat des animaux des complexes résidentiels. De l’autre, des défenseurs des animaux appelant à ne pas sacrifier la compassion au nom de la peur, et à mettre en œuvre des politiques de contrôle des populations canines réellement efficaces.
Me Shadan Farasat, représentant plusieurs militants des droits des animaux, a résumé l’enjeu en une phrase : ce dossier n’oppose pas les humains aux chiens, mais révèle l’échec de l’administration à assumer ses responsabilités. « Même une seule vie humaine perdue est une violation du droit à la vie, mais transformer les animaux en boucs émissaires de l’inaction publique ne résout rien », a-t-il plaidé.
Un plan structuré pour sortir de l’impasse
Pour sortir de l’émotion et entrer dans le concret, Farasat a proposé un plan en six points : délimitation de zones de nourrissage, mise en œuvre stricte et mesurable des règles de stérilisation, responsabilisation des municipalités, coordination entre États et autorités locales, et suivi permanent des politiques mises en place. Le juge Sandeep Mehta a salué cette approche qui cherche à concilier efficacité et humanité.
Mais en face, les représentants des victimes ont rappelé l’urgence. Des vidéos d’attaques circulent, des plaintes s’accumulent, et la peur gagne les quartiers. « Le problème ne peut plus être ignoré. Il doit être traité humainement, mais aussi avec pragmatisme », a insisté le juge Mehta.
Les femmes nourrisseuses, victimes collatérales
Un autre aspect du conflit est apparu au grand jour : les violences visant les femmes qui nourrissent les chiens errants. Me Mahalakshmi Pavani a dénoncé des agressions répétées, des humiliations publiques, et l’inaction des autorités locales. Dans certains États, a-t-elle expliqué, des sociétés résidentielles vont jusqu’à engager des agents de sécurité pour intimider les nourrisseuses.
La Cour a rappelé que toute plainte pour infraction pénale devait être enregistrée, tout en soulignant que ces violences relèvent avant tout du maintien de l’ordre public et de l’action policière locale.
Quand la science s’invite dans le débat
Au fil des échanges, une conviction s’est imposée : la solution ne sera ni idéologique ni émotionnelle, mais scientifique et administrative. Me Madhavi Divan a proposé la création d’un tableau de bord numérique pour suivre en temps réel les campagnes de stérilisation, identifier les responsables et garantir la transparence.
Des représentants, dont l’actrice Sharmila Tagore, ont plaidé pour des évaluations comportementales des chiens, l’usage du micropuçage, et des méthodes permettant d’identifier les animaux agressifs avant toute réintégration dans leur environnement. Une approche déjà utilisée à l’étranger, même si la Cour a rappelé que la réalité démographique indienne impose des solutions adaptées.
Une question désormais constitutionnelle
Pour Abhishek Manu Singhvi, l’affaire dépasse désormais le champ animalier : elle interroge les limites de l’action judiciaire, la responsabilité des institutions et le rôle de l’expertise scientifique dans les politiques publiques. Il a appelé à intégrer des spécialistes aux processus de décision et à laisser aux autorités un délai raisonnable pour démontrer leur capacité à agir.
Après une journée d’arguments intenses, la Cour a ajourné l’affaire au 13 janvier 2026. Entre urgence sociale et patience judiciaire, les juges avancent prudemment. Car derrière les chiens errants, c’est une question plus large qui se dessine : celle d’une société capable, ou non, de protéger ses citoyens sans renoncer à son humanité

