Corruption, finances publiques, gouvernance : les grands procès au cœur de l’actualité en 2026

ByRédaction

January 9, 2026

2026 s’annonce comme l’une des plus chargées sur le plan judiciaire. Des affaires impliquant d’anciens et actuels dirigeants politiques, de hauts responsables, des hommes d’affaires influents et des dossiers criminels lourds viendront rythmer le calendrier des tribunaux. Voici la liste structurée des principaux procès et audiences qui devraient marquer l’année.

12 janvier 2026

BRP à 65 ans : contestations constitutionnelles

Plusieurs procès de contestations constitutionnelles ont été logés par diverses individus et légistes’. Le 17 novembre dernier, quatre plaintes constitutionnelles contre la Basic Retirement Pension (BRP) à 65 ans ont été appelées en Cour suprême devant la cheffe-juge, Rehana Mungly-Gulbul. Les défendeurs, dont le Premier ministre, Navin Ramgoolam, le Premier ministre adjoint, Paul Bérenger, et le ministre de la Sécurité sociale Ashok Subon, ont demandé jusqu’au 12 janvier 2026 pour déposer leurs Statements of Defence en vue de répondre aux allégations contenues dans les plaintes.

Me Sanjeev Teeluckdharry, l’avocat des plaignants, dénonce pour sa part des « tactiques dilatoires » de l’État. Ces plaintes constitutionnelles dénonçant le report de l’âge d’éligibilité à la pension de vieillesse à 65 ans, effectué en juin dernier par un amendement à la Finance Act.

La première plainte avait été logée par Me Sanjeev Teeluckdharry le 14 août dernier, où l’avocat se représente lui-même. Trois autres plaintes avaient ensuite été logées durant les mois de septembre et d’octobre, dont une par l’activiste Nishal Joyram, une par le couple Jaulim et la dernière par Kesseven Naidu et Loganaden Arnassalaon, deux Blue Collar Workers dans la cinquantaine. Dans toutes ces plaintes, les plaignants sont représentés par Me Teeluckdharry, qui agit Pro Bono.

Les plaignants dénoncent le caractère antidémocratique de la décision du gouvernement, en violation de la section 1 de la Constitution, cela vu l’absence de préavis, de débats, de consultation ou de consensus sur ce sujet. Ils dénoncent aussi, entre autres, des atteintes à leur droit à la propriété privée, comme garanti sous la Constitution ou à leurs droits sous la Protection of Elderly Persons Act 2005.

15 janvier 2026

Affaire des coffres-forts

La défense du Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, réclame l’arrêt du procès pour «abuse of process » dans cette affaire.  Cette motion, prévue pour la rentrée 2026, sera accompagnée d’une demande de Permanent Stay of Proceedings. C’’est la position de Me Robin Ramburn, Senior Counsel qui défend le Premier ministre dans cette affaire. devant les magistrats Bibi Razia Janoo-Jaunboccus et Abdool Rahim Tajoodeen, siégeant à la Financial Crimes Division (FCD) de la Cour intermédiaire.

Me Nataraj Muneesamy, représentant du Directeur des poursuites publiques (DPP), a informé la Cour que ce n’était que le 15 décembre que le bureau du DPP a reçu du commissaire de police certaines informations dont la Cour avait ordonné la divulgation à la défense. Une fois ces informations reçues, le bureau du DPP les avait communiquées à la défense dès le lendemain.

Me Ramburn SC a confirmé à la Cour que ce n’est que maintenant qu’il reçoit les informations en question, et qu’il n’était présentement pas en mesure de dire si cette divulgation est conforme à l’ordre de la Cour. Il a aussi informé la Cour qu’il est en train de formuler une motion d’Abuse of Process pour réclamer un Permanent Stay of Proceedings dans cette affaire, soit l’arrêt définitif du procès.

La Cour a alors renvoyé cette affaire au 15 janvier, date à laquelle la cour entendra les arguments entourant la motion de Me Ramburn. La magistrate Janoo-Jaunboccus a demandé à la poursuite et à la défense de faire de sorte que leurs arguments soient prêts à cette date.

Le chef du gouvernement fait toujours face à 23 chefs d’accusation de Limitation of Payment in Cash, en infraction à diverses sections de la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act (FIAMLA), et ce, après que Rs 224 millions aient été retrouvées dans des coffres-forts à ses résidences de Port-Louis et River Walk en février 2015, soit il y a dix ans déjà. Il plaide non coupable et entend contester ces accusations.

20 janvier 2026

Suite de l’affaire blanchiment d’argent pour Chandra Prakash Dip

Ce procès se poursuivra le 20 janvier 2026. Le fils de l’ancien Commissaire de Police est accusé avec trois autres accusés notamment : Darmendra Mulloo, Sheik Jany et Muhammad Maulaboksh.

Chandra Dip est poursuivi sous quinze accusations de blanchiment d’argent. Il est reproché d’avoir reçu, entre le 30 mars et le 17 juillet 2011, des chèques variants entre Rs 35 000 et Rs 300 000 de la compagnie Yeschem Ltd. Le montant total s’élève à Rs 1 415 000.  Darmendra Mulloo fait face à cent cinquante-six accusations. Jany, il est poursuivi sous deux accusations pour avoir reçu Rs 310 000 et Rs 122 000. Muhammad Maulaboksh fait, lui, face à seize accusations pour avoir blanchi Rs 34 723 228,38. Les délits ont été commis du 12 avril au 15 août 2011. Les quatre hommes plaident coupables. 

En novembre dernier, le chef inspecteur Ravindranath Ajodha a affirmé que Dip était que était « unofficially » en charge de la compagnie Yeschem Ltd, dont sa mère était l’unique signataire, et que celle-ci agissait sous ses instructions.

21 janvier 2026

Affaire Reward Money : Ashik Jagai

Déjà en liberté conditionnelle sous des conditions très strictes, le Surintendant de Police Ashik Jagai, devra comparaître devant la justice le 21 janvier 2026. Il fait actuellement l’objet d’enquête pour les délits suivants : (i) « public official using his office for gratification » dans le cadre de l’affaire Reward Money, et (ii) il est soupçonné d’avoir tenté d’influencer et de menacer un témoin dans l’enquête visant son fils, Allysaheb Jagai, arrêté pour un présumé blanchiment d’argent.

22 janvier 2026

Affaire Tevin Sithaen sur l’admissibilité de l’enregistrement

C’est le 22 janvier 2026 que la cour de Curepipe prononcera son ruling sur admissibilité des preuves contre Tevin Sithanen, le fils de l’ancien gouverneur de la Banque de Maurice.  Arrêté le 28 novembre par l’Anti-Money Laundering Unit (AMLU) du Central Crime Investigation Department il est provisoirement inculpé pour des propos jugés menaçants, qui auraient été adressés à Aditi Boolell ainsi qu’à Stéphane Adam, directeur de Menlo Park Ltd, dans un climat déjà tendu autour du dossier MIC–Menlo Park. Il avait été libéré sous caution, assortie notamment d’une prohibition order lui interdisant tout contact avec la plaignante.

Or Tevin Sithanen conteste l’authenticité de l’audio, évoquant un montage ou une falsification et a produit un rapport d’un expert numérique étranger soit Quintel Intelligence, firme britannique mandatée par la défense. Ce document, déjà versé au dossier policier, conclurait à l’absence de traces de communications reliant Tevin Sithanen aux protagonistes cités, selon l’interprétation de la défense.

Selon l’enquêteur principal Balmick Dussoye, ce rapport ne permet pas de disculper le suspect.

Dans cette affaire, les directeurs de Menlo Park ont sollicité une injonction de la Cour Suprême pour que l’enquête soit confiée à un autre département et non à AMLU. Cela en raison de grave allégations de Stéphane Adam contre cette unité. Lors de l’audience du 19 décembre, Lors de l’audience, la police a proposé le retrait de l’ASP Dussoye de l’enquête, une décision formelle est attendu en Cour Suprême. L’affaire a finalement été renvoyée au 30 janvier 2026.

Menlo Park Ltd est représentée par Mes Jaykar Gujadhur et Varuna Bunwaree.

27 janvier 2026

Valises de Rs 114 millions de Pravind Jugnauth

Le procès pour la somme de 114 millions de roupies en « cash liquide » contre l’ancien Premier Ministre, Pravind Jugnauth est prévu pour reprendre le 27 janvier 2026.  

Pour rappel 4 valises contenant un total de Rs 114,8 millions ont été retrouvées chez Chandradeo Oomah et Josian Deelawon en février 2025. Ce dernier, lui-même, a mis en cause Pravind Jugnauth en déclarant que c’était son argent qu’il avait gardé. Arrêtés, le couple Jugnauth a été conduit à la FCC, à Réduit. Tard dans la nuit, Kobita Jugnauth a pu rentrer chez elle tandis que son mari a été arrêté et a passé quelques heures au Moka Detention Centre.

Pravind Jugnauth a ensuite comparu devant le Bail and Remand Court, le dimanche 16 février, sous une accusation provisoire de blanchiment d’argent et a obtenu la liberté conditionnelle peu avant minuit. Le lendemainil a procédé au paiement de ses deux cautions, s’élevant à Rs 750 000 chacune et signé une reconnaissance de dette de Rs 5 millions.

En avril dernier, Pravind Jugnauth s’est rendu au siege de la Financial Crimes Commission, en présence de ses représentants légaux, Mᵉ Raouf Gulbul et Mᵉ Shamila Sonah-Ori. Lors de cette audition, l’ancien chef du gouvernement, a été confronté à des photographies montrant les liasses de billets retrouvés dans les valises, comprenant des coupures en devises étrangères, notamment des billets de 1 000 USD, 200 USD, 100 dollars USD, 50 euros et 20 livres sterling. Il aurait déclaré : «Mo pa konn nanye dan sa bann zafer larzan-la m», niant toute implication. A noter que les billets ne lui ont pas été présentés en nature, ceux-ci ayant été transférés à la Banque de Maurice pour des raisons de sécurité.

22 avril 2026

Affaire écoutes téléphoniques : L’ASP Lilram Deal

Il est soupçonné d’avoir enfreint l’Official Secrets Act  mais aurait depuis décidé de collaborer avec les enquêteurs du CCID dans cette affaire. L’ACP Lilram Deal, ancien patron. Les autorités soupçonnent que certaines de ces écoutes auraient été effectuées avec un appareil de surveillance dont Lilram Deal avait la responsabilité lorsqu’il dirigeait la Counter Terrorism Unit. Ce dernier conteste toute utilisation illégale du matériel. Il devra comparaître à  nouveau devant la Cour le 22 avril 2026.

07 mai 2026

Drogue : le procès de l’activiste Ivan Bibi renvoyé en attendant l’affaire Reward Money

C’est la décision prise par le magistrat Gavindren Coolen au tribunal de Curepipe à l’appel de l’affaire le 12 décembre dernier où l’activiste politique répond des charges de drogues. Arrêté en janvier 2024 pour possession de cannabis, sur la base de petites quantités saisies lors d’une opération policière, Ivan Bibi a plaidé non coupable et affirme depuis le début que la drogue aurait été placée chez lui. Ses hommes de loi, Mes Mahen Saulick et Rama Valayden, Senior Counsel, ont réclamé un renvoi en raison de l’arrestation de plusieurs policiers dans l’affaire « Reward Money ».

Dans sa lettre adressée au Senior District Magistrate le 5 décembre 2025, Mᵉ Mahen Saulick motive sa requête par le contexte entourant plusieurs enquêtes policières en cours. Il souligne que « various officers from the defunct Special Striking Team as well as from other Police Unit have been arrested and bailed out in relation to Reward Money allegations ». L’avocat rappelle également que ces dossiers seraient liés, selon plusieurs suspects, à des allégations de « drug planting ». Certains de ces cas ont d’ailleurs été rayés récemment, à la suite de la position adoptée par le bureau du Directeur des poursuites publiques.

L’avocat précise : « We have been instructed by our client that he will raise the defence of drug planting ». La défense estime qu’elle ne peut alors avancer sans connaître l’issue des enquêtes en cours. Selon l’avocat, « the outcome of the enquiry in the Reward Money cases may have a direct bearing on the present case ».

L’affaire a été fixé au 7 mai 2026.

18 mars et  10 juin 2026

Affaire Maradiva

Sanjiv Ramdenee et Premchand Mungur de nouveau en Cour

Sanjiv Kailash Ramdanee, CEO de Dhyanavartam Ltd, qui gère les hotels du groupe Maradiva, a été arrêté le 2 décembre 2025, par la Financial Crimes Commission et a passé une nuit en cellule au centre de détention de Moka. Il est accuse de complot avec Premchand Mungur concernant un décaissement d’’un prêt de Rs 470 millions en faveur de son établissement. Ce qui intrigue les enquêteurs c’est que la situation financière du groupe ne permettait pas d’avoir une telle facilité.

Quant à Premchand Mungur, l’ex-CEO de la State Bank of Mauritius, il avait été interpellé le même jour, marquant sa deuxième arrestation après celle du 18 juin 2025. Il fait déjà l’objet d’une accusation provisoire de « fraud by abuse of position ». Les enquêteurs ont confirmé une rencontre déterminante en juillet 2024 entre ces deux protagonistes peu avant l’approbation de ce prêt. Au 30 septembre 2025, l’exposition totale en faveur de Maradiva atteignait environ Rs 3,1 milliards, garanties par des Fixed Charges et Floating Charges.

Les prochaines comparutions sont fixées au 10 juin 2026 pour Sanjiv Kailash Ramdanee et au 18 mars 2026 pour Premchand Mungur.

Janvier 2027

Le procès de Khemraj Chuckowry fixé à janvier 2027 aux assises

L’accusé représente un danger pour la société estime la juge Renuka Dabee, siégeant en Cour suprême qui a rejeté sa demande de remise en liberté.  Khemraj Chukowry a un penchant pour la violence ayant déjà trois condamnations pour ce délit. Il répond du meurtre de de Tina Roy Tupsy, une receveuse d’autobus de 41 ans, avec laquelle il a entretenu une liaison. Il l’aurait poignardée à mort, n’ayant pas supporté qu’elle mette fin à leur relation ; décision qu’elle avait prise à cause de sa jalousie maladive et son comportement violent.

Khemraj Chuckowry, un chauffeur d’autobus âgé de 42 ans au moment des faits, avait toutefois harcelé et intimidé Tina Roy Tupsy pendant plusieurs mois. La victime avait consigné plusieurs déclarations à divers postes de police mais en vain. Le jour du drame, le 5 décembre 2022, il avait tenté de la renverser avec sa fourgonnette avant de déchirer ses vêtements, vers 06h30. Puis vers 13h, il l’a attendu à la gare de Curepipe, pour lui assener de plusieurs coups de couteau. Le chauffeur de l’autobus avait réussi à s’emparer du couteau mais Khemraj Chuckowry avait sorti un autre couteau et avait mis en fuite le chauffeur. Il avait ensuite continué à poignarder la victime, avant de prendre la fuite dans sa fourgonnette. Tina Roy Tupsy devait rendre l’âme peu après. Khemraj Chuckowry avait été arrêté le lendemain chez lui à Phœnix.

L’accusé devra attendre son procès aux assises en janvier 2027 derrière les barreaux puisque la liberté conditionnelle lui a été refusé par la cour suprême.