Depuis le début de l’année 2026, plusieurs femmes ont perdu la vie dans des circonstances liées à des violences conjugales ou familiales présumées. Ces drames répétés ont relancé le débat sur l’efficacité du système de protection des victimes et poussé le gouvernement à annoncer une réforme majeure du cadre légal.
Le Conseil des ministres a ainsi donné son feu vert à l’introduction d’un nouveau Domestic Abuse Bill, destiné à remplacer la législation actuelle et à renforcer la protection des victimes.
Une série de drames qui interpelle
Les cas se sont multipliés au cours des derniers mois, dressant un constat alarmant. Les premiers mois de 2026 ont été marqués par une succession de morts violentes de femmes, souvent dans un contexte intime ou conjugal.
Le premier choc de l’année remonte à la fin de décembre 2025 et au début de janvier 2026 avec la mort de Marie Anna Muthoora, 33 ans, retrouvée sans vie à son domicile à Batimarais. Les premiers éléments de l’enquête ont mis en cause son époux, qui l’aurait menacée de mort à plusieurs reprises.
Quelques jours plus tard, un nouveau drame secoue le pays. Sivanee Saminaden, 29 ans, est retrouvée morte à Petit-Raffray, tandis que son bébé de six mois avait été découvert dans un baril servant de poubelle. Là encore, les enquêteurs privilégient la piste du féminicide, son compagnon étant soupçonné d’être l’auteur des faits.
En février, le pays est à nouveau bouleversé par la mort d’Electra Adriana Coutequel, 26 ans, à Mahébourg. Selon les premiers éléments de l’enquête, elle aurait été mortellement agressée par son ex-compagnon, incapable d’accepter leur séparation.
Au fil des semaines, d’autres affaires sont venues alourdir ce bilan déjà dramatique. Parmi elles figure celle de Yogeshwaree Bhunjun, connue sous le prénom de Deepika, dont le corps n’a toujours pas été retrouvé. Les enquêteurs de la Major Crime Investigation Team (MCIT) estiment qu’elle a été tuée avant que sa dépouille ne soit jetée en haute mer, au large de Case-Noyale. Son époux, un médecin, est soupçonné d’avoir commandité son meurtre.
Le cas le plus récent est celui de Prageena Jootun, 23 ans, retrouvée sans vie à Bain-des-Dames. Selon l’enquête, son concubin lui aurait asséné 22 coups de couteau. Ce dernier a déjà avoué le crime.
Le gouvernement prépare une réforme majeure
Face à cette succession de drames, le gouvernement a décidé de durcir le ton. L’introduction du Domestic Abuse Bill vise à remplacer la Protection from Domestic Violence Act par un cadre juridique plus complet et mieux adapté aux réalités actuelles.
Le projet de loi prévoit notamment un élargissement de la définition des violences domestiques, qui inclura désormais les abus psychologiques, émotionnels et économiques. Il entend également renforcer la protection des victimes et de leurs enfants tout en facilitant l’obtention d’ordonnances de protection.
Parmi les autres mesures envisagées figurent un meilleur partage des informations entre les institutions concernées, la mise en place de programmes de réhabilitation destinés aux auteurs de violences, ainsi que des sanctions plus sévères en cas de non-respect des ordonnances judiciaires.
Dans un développement majeur, le gouvernement a également pris note que le bureau de l’Attorney General travaille actuellement sur des amendements au Code pénal afin d’introduire deux infractions spécifiques : le féminicide et le viol conjugal.
Une reconnaissance juridique qui marquerait un tournant important dans la manière dont les violences faites aux femmes sont appréhendées et sanctionnées par la justice mauricienne.
Raise Brave Girls : « Les féminicides demeurent une crise grave et collective, la société doit agir avant qu’il ne soit trop tard »
L’association Raise Brave Girls tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme après le récent cas de féminicide. Pour l’organisation, ce drame illustre une fois de plus la persistance d’une violence extrême envers les femmes à Maurice et les limites des mécanismes actuels de prévention.
Dans sa déclaration, l’association souligne que, malgré le travail des forces de l’ordre et les sanctions prononcées par la justice contre les auteurs de violences, l’intervention survient trop souvent après l’irréparable. Elle estime que la société dans son ensemble peine encore à assumer pleinement sa responsabilité collective.
Raise Brave Girls met en avant un constat récurrent : dans de nombreux cas, des signaux d’alerte existent avant le passage à l’acte. Familles, voisins, amis ou collègues sont parfois témoins de situations de peur, de menaces ou de violences, sans que celles-ci ne donnent lieu à une intervention rapide.
Selon l’association, ce silence ou cette passivité contribuent à laisser s’installer des situations à haut risque. Elle appelle ainsi à un changement profond de culture dans la manière dont les violences domestiques sont perçues et traitées au sein de la société mauricienne.
Raise Brave Girls relance également sa proposition visant à instaurer une législation protégeant les lanceurs d’alerte. Une telle loi permettrait, selon elle, de signaler de manière anonyme et sécurisée les cas de violences domestiques afin de favoriser une intervention précoce et de mieux protéger les victimes potentielles.
Pour l’organisation, les violences faites aux femmes ne peuvent plus être considérées comme de simples affaires privées. Elles constituent un véritable problème de société nécessitant une mobilisation collective qui dépasse le seul cadre des institutions policières et judiciaires.
L’association appelle enfin à une action urgente et coordonnée pour briser le cycle des violences, estimant que la prévention doit désormais devenir une priorité nationale afin d’éviter de nouveaux drames.

