L’arrestation récente de figures jusque-là intouchables résonne comme un tournant dans la lutte contre l’État mafieux qui a empoisonné notre société durant des décennies. Ce n’est pas seulement un fait divers judiciaire, c’est un souffle pour tout un peuple : pour les travailleurs qui se lèvent à l’aube pour gagner leur pain quotidien, pour les petits entrepreneurs honnêtes qui subissent l’acharnement de l’administration fiscale, et pour les familles qui réclament depuis longtemps que justice soit enfin égale pour tous.
Car le contraste a été insupportable. Tandis que les “tasars” de la haute vie s’offraient Range Rover et McLaren, profitant de connexions troubles et de complicités bien placées, des commerçants modestes se voyaient sanctionnés pour un retard de TVA ou un formulaire mal rempli. Cette inégalité criante a nourri la colère, l’humiliation et le sentiment que la République avait été confisquée par quelques-uns.
L’arrogance des protégés
L’affaire du fils Jagai est le symbole de cette dérive. Face aux enquêteurs de la FCC, Ally Ameersaheb Jagai aurait lancé que ce n’était pas le problème de son père s’il faisait affaire avec Steeve Mootoocurpen. Son père, un haut gradé de police, censé incarner la droiture, voit aujourd’hui son nom mêlé à une affaire qui révèle l’arrogance de ceux qui ont grandi dans l’ombre protectrice des institutions.
C’est toute une institution qui se retrouve éclaboussée. Comment le SP Jagai, garant de la loi et de l’ordre, pourra-t-il encore se présenter devant l’opinion publique sans rougir ? Les citoyens ne séparent plus l’homme de la fonction : ce scandale entache l’autorité même de la police.
Pendant trop longtemps, les unités spéciales comme l’ADSU et la SST ont fonctionné avec brutalité et excès. Des jeunes innocents ont vu leur vie brisée par des descentes arbitraires, des arrestations montées de toutes pièces. Dans le même temps, les véritables parrains, eux, prospéraient. Leur argent achetait le silence, leur réseau assurait l’immunité.
C’est là le cœur du problème : une justice à deux vitesses, où les faibles paient pour les fautes des puissants. Les larmes des mères ayant perdu un fils victime de ces dérives rappellent que la mafia en col blanc n’est pas une fiction : elle s’est nourrie de souffrance humaine et d’injustices.
On doit aussi interroger le rôle des avocats. Oui, chaque accusé a droit à une défense. Mais quand des ténors du barreau deviennent les pompiers attitrés des caïds, quand ils exploitent lamoindre faille procédurale pour remettre en liberté des hommes accusés des pires délits, la question de l’éthique se pose.
Ces “sauvetages” répétés ont contribué à entretenir l’impression d’impunité. Comment dormir tranquille en sachant que l’on a rendu leur liberté à ceux qui ont prospéré sur le malheur des autres ?
La complaisance des robes noires
L’arrestation de ces figures controversées n’est pas encore la fin de l’État mafieux. C’est une brèche, une étape symbolique. La population applaudit, mais elle observe : combien de dossiers finiront classés sans suite ? Combien de procédures échoueront faute de preuves ou de volonté politique ? La vigilance citoyenne doit rester totale.
Pour que cette séquence devienne historique, il faudra aller jusqu’au bout. Aucun arrangement en coulisse, aucune protection politique ne doit venir enterrer la vérité. La République ne pourra se régénérer qu’en purgeant ses propres institutions, qu’en faisant tomber les masques – qu’ils soient portés par des policiers, des juges, des avocats ou des hommes d’affaires.
Pour autant, quelque chose change. Ces arrestations redonnent du courage au travailleur qui prend l’autobus à 5 heures du matin, à l’entrepreneur qui rêve de réussir honnêtement, au citoyen qui a perdu confiance mais qui voit qu’il est encore possible de frapper fort contre les intouchables.
La fin de l’État mafieux ne se décrètera pas dans un communiqué. Elle sera réelle quand chaque institution jouera son rôle, quand la peur changera de camp, quand les Range Rover des voyous céderont la route aux camionnettes cabossées des ouvriers respectés. Alors seulement, la République pourra regarder ses enfants dans les yeux et leur dire : “la justice est pour tous, et non pour quelques-uns.”

