Hausse des frais : les assurés s’indignent pendant que les assureurs affichent des résultats confortables

ByRédaction

July 1, 2026

Entre une hausse cumulative des primes proche de 50 % depuis 2019 et l’introduction d’une taxe de 5 % sur les assurances générales à partir de janvier 2027, les ménages mauriciens voient leur pouvoir d’achat s’éroder. Les automobilistes et les assurés médicaux, souvent sans historique de sinistre, subissent des hausses récurrentes qui alimentent colère et découragement.

Depuis plusieurs années, le sentiment d’injustice lié aux assurances s’est transformé en une colère sourde et tenace parmi la population mauricienne. Chaque renouvellement de police devient une épreuve : le montant à payer grimpe, les garanties paraissent s’amenuiser et les démarches pour obtenir une indemnisation se complexifient. Pour beaucoup, l’assurance, jadis perçue comme un filet de sécurité indispensable, est devenue un fardeau financier dont l’utilité réelle est de plus en plus remise en question. Les familles, les travailleurs indépendants, les petits commerçants et les propriétaires de véhicules se retrouvent face à une équation impossible : continuer à payer des primes toujours plus élevées pour une protection qui semble s’éroder, ou accepter d’être sous-assurés et risquer des pertes catastrophiques en cas de sinistre.

Les automobilistes pénalisés

Les automobilistes sont sans doute les plus touchés par cette tendance. Entre 2019 et 2024, les primes d’assurance automobile ont bondi d’environ 50 %. Cette hausse, après avoir surpris, a fini par susciter la colère. Cette année, les primes d’assurance ont encore augmenté en raison des mesures budgétaires de l’exercice 2025-2026. À cela s’ajoute l’annonce d’une taxe de 5 % applicable aux assurances générales à court terme à partir du 1er janvier 2027, qui ne fera qu’alourdir la charge.

Les conducteurs qui n’ont jamais provoqué d’accident voient leur prime augmenter comme si le seul fait de posséder un véhicule suffisait à les rendre suspects. Alors que d’autres pays offrent des systèmes de bonus récompensant les conducteurs prudents, l’absence de mécanismes compensatoires laisse ici un goût d’injustice. Beaucoup se demandent pourquoi leurs efforts pour conduire prudemment ne sont pas reconnus et pourquoi ils doivent, année après année, financer les résultats florissants d’entreprises qui déclarent des bénéfices substantiels.

Le ressentiment ne s’arrête pas aux particuliers. Les petites entreprises, qui représentent une part importante de l’activité économique à Maurice, expriment la même amertume. Pour un artisan ou un commerçant, le coût d’une assurance professionnelle constitue souvent une charge lourde et incompressible. Lorsque les primes augmentent, la pression sur la trésorerie devient tangible ; certains renoncent à des couvertures jugées essentielles, d’autres répercutent la hausse sur les prix de leurs services, contribuant ainsi à l’inflation, tandis que d’autres encore choisissent de fermer boutique. Cette dynamique entraîne une dégradation du sentiment de sécurité économique, mine la confiance et freine l’initiative entrepreneuriale.

Un marché à Rs 27 milliards

Au cœur de cette colère se trouve une contradiction apparente : alors que les assurés peinent, les grandes compagnies affichent des bilans robustes. Les chiffres publiés montrent un marché qui génère des profits consolidés importants, plusieurs acteurs déclarant des bénéfices nets se chiffrant en centaines de millions, voire en milliards de roupies. Le marché de l’assurance constitue un pilier du secteur financier, estimé à plus de Rs 27 milliards.

Les bénéfices des principaux acteurs sont les suivants :

  • SICOM (State Insurance Company of Mauritius) : profit avant impôt de Rs 1,2 milliard, avec des revenus globaux dépassant Rs 4,3 milliards ;
  • Groupe SWAN : bénéfice après impôt de Rs 1,08 milliard pour l’ensemble de ses activités (incluant Swan General et Swan Life) ;
  • MUA (Mauritius Union Assurance) : bénéfice après impôt de Rs 399 millions, soutenu par une forte croissance des primes émises.

Pour le citoyen lambda, cette réalité accentue le sentiment de dépossession : pourquoi payer davantage quand certaines entreprises gagnent toujours plus ? Pourquoi ces profits ne se traduisent-ils pas par une stabilisation des primes, une amélioration du service ou des mesures d’accompagnement pour les plus vulnérables ? Le manque de transparence sur la composition des tarifs, les marges réalisées et les investissements effectués avec les primes collectées renforce le doute et nourrit la défiance.

Les primes flambent

Les assurés constatent que les coûts de réparation augmentent, que les pièces détachées importées coûtent plus cher, que la main-d’œuvre devient plus onéreuse et que les phénomènes climatiques génèrent davantage de sinistres. Tout cela est vrai. Mais ces explications ne suffisent plus à dissiper l’inquiétude collective, d’autant que les profits publiés montrent une capacité financière des entreprises à absorber une partie de ces pressions sans nécessairement les répercuter intégralement sur les consommateurs.

La décision gouvernementale d’imposer une taxe supplémentaire sur les primes ne fait qu’aggraver ce sentiment. Pour beaucoup, elle symbolise une double peine : non seulement les assurés doivent faire face à des coûts de plus en plus élevés du fait du marché, mais ils doivent aussi supporter une charge fiscale supplémentaire qui renforce l’impression d’un fardeau inéquitable.

Les voix qui s’élèvent réclament davantage de régulation, plus de transparence et des mécanismes de contrôle plus stricts afin de s’assurer que les hausses de primes soient justifiées, proportionnées et accompagnées de garanties tangibles pour les assurés.

Pour la population, la priorité reste simple et urgente : retrouver une assurance qui protège réellement, qui demeure abordable et qui soit perçue comme un service essentiel plutôt que comme une dépense punitive. Tant que cet équilibre ne sera pas rétabli, la détresse des assurés continuera de s’exprimer, non seulement dans les chiffres, mais aussi dans le quotidien des familles et des entreprises qui voient, année après année, leur budget s’éroder au profit d’un système dont les promesses semblent s’éloigner.

L’Insurers Association of Mauritius réclame l’exclusion de l’assurance médicale de la nouvelle taxe de 5 %

Le secrétaire général de l’Insurers Association of Mauritius, Vashish Ramkelawon, plaide pour que l’assurance médicale soit exclue de la taxe de 5 % sur les assurances à court terme annoncée dans le Budget 2026-2027. Il dénonce une mesure contradictoire et alerte sur son impact financier pour les ménages mauriciens.

Lors d’une conférence de presse, il a rappelé que « la prime de l’assurance générale tourne autour de Rs 20 milliards. Donc, 5 % représente quand même Rs 1 milliard », soit un coût supplémentaire considérable pour les assurés. Selon lui, cette taxe viendra renchérir les primes, notamment les primes d’assurance médicale.

La demande centrale de l’association est claire : « Notre première demande, c’est qu’ils retirent l’assurance médicale de cette taxe », a-t-il insisté, estimant que la santé est « une affaire tellement importante » qu’elle ne doit pas être pénalisée fiscalement.

Il dénonce une incohérence dans la politique publique : « D’un côté, on bénéficie d’un avantage fiscal lorsqu’on souscrit une assurance médicale ; de l’autre, on paie une taxe de 5 %. » Vashish Ramkelawon rappelle également que « l’année dernière, le gouvernement a annoncé une réforme du secteur de la santé avec une institution régulatrice et un fonds de protection, mais ces mesures n’ont jamais été mises en œuvre ».

Le secrétaire général de l’IAM souligne que les Mauriciens dépensent déjà davantage de leur poche pour les soins, les médicaments, les cliniques et les pharmacies que ce que l’État consacre au budget de la santé, et que la dépense totale de santé dépasserait Rs 35 milliards. Dans ce contexte, la nouvelle taxe pourrait faire grimper la facture annuelle de certains assurés jusqu’à Rs 6 000. Il appelle finalement à une vision claire, à un système stable et à une véritable réforme structurelle de la santé, plutôt qu’à une nouvelle charge fiscale sur l’assurance médicale.

MCB : Profits records et dérive des frais bancaires

Alors que le Groupe MCB enregistre un bénéfice net de Rs 14,8 milliards pour les neuf mois se terminant au 31 mars 2026, la banque choisit pourtant d’augmenter une série de frais qui touchent directement les particuliers.

Les standing orders passent de Rs 8 à Rs 15, soit une hausse de près de 90 %. Officiellement, cette augmentation viserait à « encourager l’utilisation des plateformes numériques » et à « couvrir les coûts des opérations manuelles ». Un argument difficile à défendre lorsque l’on sait que ces opérations sont aujourd’hui largement automatisées et nécessitent très peu d’intervention humaine.

Dans le même temps, la MCB introduit ou augmente plusieurs autres frais : Rs 5 seront prélevées à partir du troisième reçu imprimé à un ATM dans le mois ; les chèques passent de Rs 6 à Rs 15 par feuille ; Rs 100 seront facturées pour un standing order effectué au comptoir (gratuit en ligne) ; Rs 30 pour un virement au guichet vers un autre compte MCB appartenant au même client ; Rs 125 pour un virement standard vers une autre banque locale ; et Rs 250 pour un transfert express.

Dans un contexte de profits records et malgré une charge fiscale plus lourde, cette politique tarifaire donne le sentiment d’une banque qui sollicite toujours davantage ses clients, pendant que les autorités semblent rester passives. Pour beaucoup, cela est perçu comme une véritable injustice sociale