Le traité sur les Chagos entre dans sa phase décisive. Malgré les critiques de l’opposition britannique et les réserves d’une partie de la communauté chagossienne, le gouvernement du Royaume -Uni affiche sa détermination à faire ratifier rapidement l’accord conclu avec Maurice. À Port-Louis, l’Attorney General Gavin Glover assure que la question n’est plus de savoir si le traité sera adopté, mais uniquement quand.
Le Royaume-Uni entend franchir une nouvelle étape dans le dossier des Chagos. Auditionné devant la Justice Committee de la Chambre des Communes, l’Attorney General britannique, Lord Hermer, a confirmé que le gouvernement travaillait activement pour faire adopter le traité signé avec Maurice dans les prochaines semaines, voire dans les prochains mois.
Selon lui, Londres reste pleinement engagé à mener le processus à son terme malgré les critiques formulées par certains parlementaires et les inquiétudes exprimées par une partie des descendants des Chagossiens.
Cet accord historique prévoit le transfert de souveraineté de l’ensemble de l’archipel des Chagos à Maurice, tout en garantissant le maintien de la base militaire stratégique de Diego Garcia grâce à un bail de longue durée accordé au Royaume-Uni et aux États-Unis. Cette formule permettrait de répondre à la revendication historique de Maurice sans remettre en cause les intérêts sécuritaires occidentaux dans l’océan Indien.
Une bataille diplomatique de plusieurs décennies
Pour Maurice, ce traité représente l’aboutissement d’un long combat diplomatique mené sur la scène internationale. L’avis consultatif rendu par la Cour internationale de Justice en 2019, suivi des résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies exigeant l’achèvement du processus de décolonisation, ont considérablement renforcé la position mauricienne face à Londres.
Intervenant lors des débats budgétaires, l’Attorney General Gavin Glover est revenu sur les principales étapes du dossier. Il a rappelé que malgré les décisions internationales favorables à Maurice, les négociations n’avaient véritablement débuté qu’en novembre 2022 sous le précédent gouvernement britannique. À son arrivée au pouvoir, la nouvelle administration britannique a repris les discussions qui ont finalement débouché sur la signature officielle du traité le 20 mai 2025.
Les retards ne dépendent plus de Maurice
Gavin Glover a insisté sur le fait que les délais actuels relèvent exclusivement du processus parlementaire britannique. Il a rappelé que la Chambre des Communes avait déjà largement approuvé le texte, mais que plusieurs procédures législatives ainsi que le contexte politique britannique avaient ralenti sa ratification définitive.
L’Attorney General s’est toutefois montré particulièrement optimiste. « La question n’est plus de savoir si le traité sera ratifié, mais uniquement à quel moment », a-t-il affirmé, estimant que Maurice avait désormais accompli sa part du travail.
Le traité continue néanmoins d’alimenter les débats au Royaume-Uni. Plusieurs élus conservateurs dénoncent un accord qu’ils jugent coûteux pour les finances publiques et susceptible d’affaiblir les intérêts stratégiques britanniques dans la région. D’autres réclament davantage de transparence sur les engagements pris par le gouvernement de Keir Starmer.
Parallèlement, plusieurs représentants de la communauté chagossienne estiment ne pas avoir été suffisamment associés aux négociations et réclament davantage de garanties concernant leurs droits, leur avenir et les conditions d’un éventuel retour sur certaines îles.
Olivier Bancoult dit avoir obtenu l’écoute des parlementaires britanniques
De retour d’une série de rencontres au Royaume-Uni, le leader du Groupe Réfugiés Chagos, Olivier Bancoult, affiche sa satisfaction quant aux résultats de cette mission. Selon lui, ces échanges ont permis de porter la voix des Chagossiens natifs auprès des responsables politiques britanniques, alors que le Parlement poursuit l’examen du traité conclu entre Maurice et le Royaume-Uni sur l’archipel des Chagos.
Au cours de son déplacement, Olivier Bancoult indique avoir rencontré des représentants de plusieurs formations politiques, dont le Reform UK, le Parti travailliste, les Liberal Democrats, les Verts et les Conservateurs. L’objectif était de présenter la position des Chagossiens natifs et de rappeler que la communauté ne parle pas d’une seule voix sur ce dossier.
Le leader du Groupe Réfugiés Chagos insiste sur le fait que les revendications portées par le BIOT Citizens ne reflètent pas nécessairement l’opinion de l’ensemble des Chagossiens. Il estime qu’il était essentiel d’exposer cette diversité de points de vue aux parlementaires britanniques appelés à se prononcer sur l’accord entre Londres et Port-Louis.
À l’issue de cette mission, Olivier Bancoult se dit encouragé par l’accueil réservé à leurs préoccupations. Il estime que les échanges ont permis de mieux faire comprendre les attentes des Chagossiens natifs et se montre confiant que leur position sera prise en compte au cours des prochaines étapes du processus de ratification du traité.
Pour Port-Louis, la perspective d’une ratification prochaine du traité constituerait l’une des plus importantes victoires diplomatiques de l’histoire contemporaine du pays. Elle viendrait consacrer plusieurs décennies d’efforts politiques, juridiques et diplomatiques en faveur de la restitution des Chagos et de l’achèvement du processus de décolonisation de Maurice.

