Jour décisif pour Wendip Appaya en cour demain : un document des autorités malgache pourrait tout changer

ByRédaction

October 13, 2025

Le dossier du trafic de drogue entre Madagascar et Maurice prend une ampleur inédite.  Demain, mardi 14 octobre, l’homme d’affaires Wendip Appaya sera de nouveau présenté devant la Cour de Port-Louis pour l’examen de sa motion de remise en liberté conditionnelle.

Mais selon nos informations, la Financial Crimes Commission (FCC attend un document officiel des autorités malgaches avant de se prononcer. Ce document pourrait confirmer les révélations du Journal du Dimanche publiées hier sur l’axe Madagascar–Maurice.

En effet, après la saisie de 16 kilos de drogue dans la Grande Île en février dernier, les autorités malgaches et mauriciennes coordonnent désormais leurs efforts pour démanteler un réseau transnational structuré. Au centre de cette affaire : deux cousins mauriciens, Jean Lino et Jean Benjamin Albert, dont les noms apparaissent dans plusieurs volets d’enquêtes, aux côtés des figures déjà connues du grand banditisme, Franklin Célerine et Jérémy Décidé, alias Nono.

Une affaire aux ramifications multiples

Jean Benjamin Albert, ancien ouvrier métallurgiste à Maurice, travaillait autrefois pour l’entreprise de son cousin Jean Lino Albert. Marié et père d’un enfant, il avait purgé une peine de prison pour des délits liés à la drogue avant de quitter le pays. Selon plusieurs sources, il fréquentait l’entourage immédiat de Jean-Hubert Célerine, alias Franklin, trafiquant mauricien aujourd’hui détenu à La Réunion.Les enquêteurs soupçonnent que ce réseau opérait depuis plusieurs années entre les trois îles de la région : Maurice, La Réunion et Madagascar, formant un axe de trafic bien organisé.

Un exil devenu couverture

C’est lors du confinement que Jean Benjamin Albert s’est retrouvé bloqué à Madagascar. Il s’y est établi durablement après avoir obtenu un permis de résidence et créé une entreprise de fabrication de blocs de glace dans le nord du pays.
Selon des témoignages recueillis par les enquêteurs, il aurait eu une relation avec une Malgache, avec laquelle il aurait eu un enfant, consolidant ainsi son ancrage local. Derrière cette apparente reconversion se cacherait pourtant un rôle actif dans un circuit de drogue transfrontalier.

Les deux cousins auraient gardé un contact constant. Lino, resté à Maurice, aurait coordonné plusieurs expéditions par voie maritime. Quant à Benjamin, il aurait géré la logistique sur le sol malgache, entre stockage, manutention et acheminement des colis vers les zones côtières. Des échanges réguliers entre eux auraient été interceptés par les services de renseignement.

Une filière reliant plusieurs réseaux

Les enquêteurs malgaches et mauriciens soupçonnent qu’en 2024, une cargaison de drogue synthétique a été transportée à Maurice par ce réseau. Le commanditaire présumé, un certain Vida Loca basé en Thaïlande, aurait orchestré les opérations à distance.
Vida Loca aurait d’abord pris contact avec Wendip Appaya à Maurice, lequel aurait ensuite sollicité Lino Albert, Kevin et Rony pour l’organisation du transfert. Lino serait resté en communication avec Benjamin à Madagascar, tandis que Vida Loca envoyait des instructions chiffrées via des messages vocaux.

Selon des informations obtenues par la gendarmerie malgache, Jean Benjamin Albert aurait reconnu avoir transporté des colis lors de son interrogatoire, tout en affirmant ne pas connaître le dénommé Jean Noël Ferry, témoin-clé et dénonciateur mauricien. Il prétend l’avoir rencontré pour la première fois à Antananarivo en janvier 2025.

Le trajet du trafic entre les deux îles

Les autorités malgaches ont reconstitué le trajet maritime emprunté par les trafiquants. Le départ se ferait depuis Manompana, sur la côte est, avec une première escale vers Tromelin avant de revenir à Manompana. Les colis seraient ensuite transportés jusqu’à Tamatave, où ils sont embarqués sur un hors-bord rapide à destination d’un navire se dirigeant vers Maurice.

Mais lors du dernier transport en février, une panne aurait fait dériver le bateau vers Fort Dauphin. De là, la drogue aurait emprunté une route terrestre passant par Farafangana, Ranomafana et Ambositra, avant d’atteindre Antananarivo, où une partie a été saisie par la gendarmerie. Cette route, surnommée par les autorités locales « la ligne invisible », est désormais placée sous surveillance renforcée.

Des arrestations en série

Wendip Appaya, déjà en détention provisoire, devrait être interrogé à nouveau cette semaine par la Financial Crimes Commission (FCC). Quant à Jean Lino Albert, il fait désormais l’objet d’un mandat d’arrêt international. Les enquêteurs cherchent à établir s’il a servi de relais entre le réseau mauricien et les expéditeurs malgaches.

Pendant ce temps, à La Réunion, Franklin Célerine purge une peine de quatre ans de prison pour trafic de drogue, tout comme son complice Jérémy Décidé, alias Nono. Ces deux figures, bien connues de la brigade antidrogue mauricienne, auraient servi de modèle logistique au réseau des cousins Albert.

Une coopération régionale renforcée

La FCC, en étroite collaboration avec la gendarmerie malgache et les autorités françaises, tente désormais de consolider les preuves d’un trafic organisé sur l’axe Madagascar–Maurice. Les informations recueillies évoquent une fusion progressive entre anciens réseaux concurrents, désormais unis par des intérêts communs : acheminer de la drogue synthétique vers Maurice, qui servirait de plateforme régionale de redistribution.

Les enquêteurs parlent d’un puzzle complexe dont chaque pièce dévoile un maillage plus vaste. Entre infiltrations, complicités locales et relais internationaux, la ligne Madagascar–Maurice s’impose comme un nouvel épicentre du trafic régional. Et les prochains développements risquent de révéler l’ampleur d’un réseau où se croisent anciens complices, cousins liés par le sang… et par la drogue.