Accusé de manipuler les chiffres, l’ancien ministre des Finances, Renganaden Padayachy, est sommé par l’Observatoire de la Démocratie de prouver ses dires par affidavit. Une affaire explosive qui secoue la classe politique.
C’est une déclaration qui a fait grand bruit : « Lakes zame li vid ! » lancée avec aplomb par Renganaden Padayachy, ex-ministre des Finances, dans une vidéo postée sur Facebook le 30 juin dernier. Selon lui, l’État encaisserait Rs 611 millions par jour, alors que la pension de vieillesse (BRP) ne coûterait, à ses dires, que Rs 5 millions quotidiennement. De quoi relancer le débat sur la soutenabilité de la pension à 60 ans, sujet hautement sensible à l’approche des élections.
Mais voilà que cette prise de parole suscite une onde de choc. Et surtout une riposte cinglante. Car Jack Bizlall et l’Observatoire de la Démocratie n’ont pas tardé à monter au créneau. Pour eux, il ne s’agit pas d’un simple débat politique. Ils dénoncent ce qu’ils qualifient de manipulation des chiffres et de discours démagogique, demandant à l’ancien ministre de passer des mots aux actes.
« Si ou sincère, alle fer affidavit »
Dans une lettre ouverte inédite, Jack Bizlall interpelle directement Padayachy : « Vous affirmez des choses très graves, Monsieur. Des choses qui, si elles sont vraies, pourraient changer la perception publique sur la gestion de l’État. Dans le cas contraire, il s’agit de mensonges délibérés. Nous vous demandons donc, solennellement, de faire une déclaration écrite sous serment. »
La missive est accompagnée d’une transcription officielle de la vidéo, réalisée par la société de communication KONTAK. L’objectif est clair : forcer Padayachy à engager sa responsabilité légale, et ne plus se contenter de slogans sur fond de fond sonore dramatique.
Car selon l’Observatoire, cette sortie publique cache une tentative politique de réécriture des faits. Dans son intervention, Renganaden Padayachy critique l’actuel gouvernement pour sa gestion de la dette, affirmant que le régime auquel il appartenait était, lui, plus « humaniste » et « socialiste ». Une affirmation qui fait bondir ses détracteurs.
Bizlall en profite pour rappeler que le rapport budgétaire 2025/2026, dans ses paragraphes 237 et 238, souligne que la Contribution Sociale Généralisée (CSG), introduite par l’ancien ministre lui-même, aurait dévié de son objectif initial et contribué à creuser la dette. Pire encore : les fonds de la CSG auraient été dilapidés, selon les mots mêmes du discours budgétaire. Et qui était alors à la tête des finances ? Renganaden Padayachy.
L’Observatoire pose donc les questions qui dérangent : « Que s’est-il passé avec l’argent de la NPS (National Pensions Scheme) au moment de sa fermeture ? Où sont passés les milliards de la taxe CSG ? Qui sont les bénéficiaires et les accapareurs ? » Autant de zones d’ombre que Bizlall exhorte Padayachy à éclaircir, publiquement, et sous serment.
Une réponse déjà cinglante du gouvernement
Du côté du gouvernement actuel, le Junior Minister aux Finances, Dhaneshwar Damry, n’a pas mâché ses mots. Il démonte, chiffres à l’appui, les affirmations de Padayachy. « Rs 5 millions par jour pour la BRP ? C’est faux. Si on fait le calcul, cela représenterait Rs 1,5 milliard par an. Or, les pensions de vieillesse coûtent plus de Rs 60 milliards chaque année. » Pour lui, l’ancien ministre « raconte des faussetés ».Ce bras de fer entre un ancien ministre et un syndicaliste chevronné dépasse les simples querelles politiques. Il touche à la crédibilité des institutions, à la transparence budgétaire, et à la mémoire collective. Peut-on dire tout et son contraire une fois passé dans l’opposition ? Peut-on faire fi de son propre bilan ? Jack Bizlall, en demandant un affidavit, veut créer un précédent. Obliger les responsables à assumer publiquement leurs propos. Mettre fin à la parole gratuite. Et forcer, enfin, un débat politique fondé sur la vérité.

