Invisible à l’œil nu dans bien des cas, la pollution plastique continue de progresser dans les écosystèmes marins. Les scientifiques tirent désormais la sonnette d’alarme face à la présence croissante de microplastiques dans l’eau de mer, les sédiments côtiers et même les coraux. Pour mieux mesurer l’ampleur du phénomène, le Mauritius Oceanography Institute (MOI) a lancé la deuxième phase d’un important programme de recherche consacré à la surveillance des microplastiques.
Financé par le National Environment Fund, ce projet vise à renforcer les capacités nationales de suivi scientifique tout en améliorant la compréhension de l’accumulation de ces particules dans l’environnement marin. Les données recueillies permettront d’éclairer les décisions futures en matière de protection de l’environnement et de gestion des déchets.
Dans le cadre de cette initiative, deux observatoires marins ont été mis en place au large d’Albion et de Belle-Mare. Des échantillons d’eau de mer y sont prélevés régulièrement afin de mesurer les concentrations de microplastiques et d’évaluer leur évolution au fil du temps. Ce programme de surveillance continue fournit des informations précieuses sur l’état du milieu marin et les tendances observées.
Afin de renforcer ses capacités de recherche, le MOI s’est également doté d’un microscope de pointe utilisant la technologie Fourier Transform Infrared (FTIR). Cet équipement permet aux chercheurs d’identifier et de caractériser les différents types de microplastiques grâce à leur signature chimique spécifique. Les analyses obtenues offrent une meilleure compréhension de l’origine et de la composition des déchets plastiques présents dans l’environnement.
Les premiers résultats de l’étude se révèlent préoccupants. Les scientifiques ont confirmé la présence de microplastiques dans l’eau de mer, les sédiments de plage ainsi que dans certaines espèces de coraux. Les fibres transparentes figurent parmi les formes les plus fréquemment détectées. Les analyses réalisées à l’aide de la technologie FTIR ont également confirmé la présence de polypropylène, un matériau largement utilisé dans de nombreux produits de consommation courante.
Selon le directeur du MOI, le Dr Daniel Marie, la découverte de microplastiques dans les coraux illustre le niveau de pénétration de cette pollution au sein d’écosystèmes particulièrement sensibles. Il rappelle que l’institut mène des recherches sur les microplastiques depuis 2017, à travers des campagnes d’échantillonnage réalisées sur les plages, dans les lagons et en haute mer.
À l’échelle mondiale, la pollution plastique est aujourd’hui considérée comme l’une des plus grandes menaces pour la biodiversité marine et le bien-être humain. Les déchets plastiques se dégradent progressivement en particules microscopiques pouvant mesurer entre cinq millimètres et un micromètre. Ces particules ont déjà été retrouvées dans les océans, les chaînes alimentaires, les réserves d’eau et même dans l’organisme humain.
Face à cette menace grandissante, les travaux de surveillance et de recherche menés par le MOI prennent une importance stratégique. Ils contribuent à une meilleure compréhension de la pollution plastique en mer tout en soutenant les efforts visant à préserver les ressources marines, la biodiversité et les écosystèmes côtiers pour les générations futures. Le projet s’inscrit également dans l’Objectif de développement durable 14 des Nations unies, consacré à la conservation et à l’utilisation durable des océans et des ressources marines.
