Face à la presse hier, Paul Bérenger a défendu la continuité du MMM au sein de l’Alliance du Changement. Le Premier ministre adjoint affirme que les tensions des derniers jours ont servi de catalyseur pour redéfinir les priorités communes avec Navin Ramgoolam, avec la réforme électorale, la sécurité et la relance d’Air Mauritius au cœur de ce « nouveau départ ».
Un recentrage assumé après des frictions internes
Paul Bérenger a d’emblée affirmé que la décision du MMM de rester au gouvernement découle directement des deux réunions qu’il a eues avec le Premier ministre les 15 et 17 novembre. « Ce n’était pas un choix personnel, mais une position que j’ai soumise au comité central, qui l’a approuvée », a-t-il expliqué.
Il précise cependant un point essentiel, sa réflexion initiale ne concernait que son poste de Premier ministre adjoint. « Je n’envisageais pas de faire quitter le MMM du gouvernement. La question portait uniquement sur ma propre fonction. »
Paul Bérenger reconnaît que les derniers jours ont été délicats, mais il y voit un effet bénéfique : « De part et d’autre, nous avons pris des engagements clairs, Navin Ramgoolam et moi, le PTr et le MMM. C’est ce qui m’a fait revoir ma position. »
Il souhaite désormais une coordination plus régulière entre les partenaires, PTr, MMM, Rezistans ek Alternativ et Nouveaux Démocrates. Des rencontres programmées chaque semaine doivent permettre d’éviter de nouveaux malentendus.
Un premier bilan : “Nous avons réparé dix ans de dégâts”
Le leader mauve a profité de cette sortie médiatique pour dresser un bilan de la première année de l’Alliance du Changement.
Il souligne plusieurs avancées majeures, dont la fin de la mainmise du MSM, le retour à un climat démocratique apaisé, une plus grande liberté pour la presse et à la MBC, la réorganisation en profondeur de la police, et le recul notable de la corruption, entre autres.
Sur le plan économique, il rappelle que Maurice a évité une dégradation de sa notation souveraine malgré la « dette asphyxiante » léguée par l’ancien régime. « Ce n’était pas gagné, mais nous y sommes parvenus », affirme-t-il, tout en concédant que certaines lenteurs ou nominations discutables ont créé des frottements internes.
Réforme électorale : le chantier numéro un
La réforme électorale demeure la priorité absolue. Paul Bérenger veut aller vite, “en quelques mois”, tout en séparant ce dossier des futures réformes constitutionnelles. Les mesures annoncées : suppression de la déclaration obligatoire de communauté ; introduction d’une proportionnelle significative, avec 20 sièges additionnels ; et lancement imminent d’une consultation publique.
Sur le Best Loser System, un consensus en douceur se dessine. Navin Ramgoolam souhaite sa disparition immédiate, mais Paul Bérenger défend une transition par étapes : « Certaines communautés ressentent encore une crainte. Gardons quatre sièges communautaires pour la première élection, puis éliminons-les.»
Sécurité : vers une National Crime Agency puissante
Deuxième axe du “nouveau départ” : la sécurité et la lutte contre le crime organisé. La National Crime Agency (NCA) sera introduite prochainement. Elle absorbera la Financial Crimes Commission et reprendra certaines prérogatives policières : « Ce sera une réforme majeure, sans précédent. »
Des réajustements sont aussi attendus dans la police et dans les prisons. Si le contrat du commissaire de police a été prolongé, Paul Bérenger souligne qu’une reconduction d’un an ne garantit pas une stabilité automatique. « La prison, c’est encore autre chose », glisse-t-il, laissant entrevoir des changements à venir.
Air Mauritius : clarifications autour du rôle de Megh Pillay
Troisième priorité : remettre Air Mauritius sur des rails clairs et cohérents. Pual Bérenger affirme que les discussions ont permis de définir précisément les responsabilités de Megh Pillay à la tête d’Airport Holdings Ltd (AHL) et de ses filiales. De nouveaux conseils d’administration seront nommés pour donner un “nouveau souffle” à MK.
Lutte contre la drogue et cannabis : un débat apaisé
Concernant la lutte antidrogue, il reconnaît des retards et un manque de cohérence. Des ajustements sont prévus, notamment au sein de la National Agency for Drug Control, mais sans changement immédiat à sa direction.
Sur la question du cannabis, il se montre ouvert : « Je ne suis pas bloqué sur la légalisation, mais le débat a tourné trop vite au pour ou contre. Prenons le temps d’examiner les faits. »
Il rappelle que, dans la pratique, les consommateurs ne vont déjà plus en prison, mais qu’une mise à jour légale s’impose.
Joanna Bérenger : “Aucune dynastie au MMM”
Paul Bérenger réfute catégoriquement les accusations de népotisme. Il affirme que sa fille, Joanna, députée et Junior Minister, n’a bénéficié d’aucune faveur : « Je n’ai jamais placé d’obstacles sur son chemin, mais je ne l’ai jamais favorisée. » Il met en avant l’énergie de la jeune génération mauve, qu’il considère essentielle pour le futur du parti.
Inflation : lucidité et prudence
Sur la hausse des prix, il se veut réaliste : « Quand les augmentations viennent de l’étranger, nous ne pouvons pas les empêcher. Tout ce que nous pouvons faire, c’est en limiter les effets. »
Affaire Ravatomanga : un “embarras” assumé
Questionné sur la participation de Khushal Lobine à la défense du milliardaire Mamy Ravatomanga, il reconnaît une gêne : « Je préfère ne pas m’attarder, mais il est vrai que c’est embarrassant. Aucun avocat du MMM n’a jamais défendu un trafiquant. »
Macron à Maurice : de nouvelles pistes de coopération
Il qualifie la visite d’Emmanuel Macron de « très positive ». Les discussions ont porté sur la sécurité maritime, la lutte contre la drogue, la pêche illégale et la possibilité d’une coopération triangulaire France–Inde–Maurice, une option qu’il juge « pleine de potentiel ».
Sur Tromelin, aucune décision précipitée : « La position de la France reste la même. Nous prendrons le temps nécessaire pour avancer de manière responsable. »

