« Papi… » : le chef Alexandre Nicholas Duprat enflamme les réseaux sans renier sa cuisine

ByRédaction

April 5, 2026

À l’aube de ses 40 ans, Alexandre Nicholas Duprat n’est pas un chef comme les autres. Devenu un véritable phénomène sur les réseaux sociaux grâce à ses vidéos débutant par un désormais culte « Papi… », il incarne une cuisine populaire, sincère et profondément mauricienne. Derrière ce succès numérique se cache un parcours atypique, une philosophie assumée et une volonté farouche de rester fidèle à ses racines culinaires.

Ils sont des milliers à attendre ce mot. « Papi… », lancé d’une voix familière, presque complice, comme une invitation à entrer dans une cuisine sans artifices. Chez Alexandre Nicholas Duprat, tout est brut, vivant, authentique. Dans ses vidéos, pas de décors sophistiqués ni d’assiettes calibrées pour Instagram. Une caraille en fonte, une table pliable, parfois ses chiens qui passent dans le cadre : le décor est celui du quotidien. Et c’est précisément ce qui séduit. Son objectif est clair : « Je veux être dans la cuisine avec la personne qui me regarde. » Une immersion totale, loin des codes figés de la gastronomie digitale.

Un parcours loin d’être tracé

Rien ne prédestinait pourtant Alexandre Nicholas Duprat à devenir cuisinier. « La cuisine, pour moi, n’a jamais été une vocation », confie-t-il. À la fin de son Higher School Certificate (HSC), au milieu des années 2005/2006, il s’oriente d’abord vers la gestion hôtelière, avec en ligne de mire une carrière dans ce domaine. Mais les circonstances en décident autrement. Faute de places dans les filières souhaitées – Culinary Arts puis Hospitality Management – il se retrouve en « Food Production ». Un choix par défaut qui deviendra finalement une révélation tardive.

Il poursuit ensuite ses études en management hôtelier et décroche un diplôme à l’Université de Maurice, consolidant un parcours académique construit pas à pas, sans plan préétabli.

L’apprentissage à la française

Son passage en France constitue un véritable tournant. Il y affine son savoir-faire à travers un stage de dix mois à Monaco, suivi de six mois à Joucas, dans le sud du pays. Là, il découvre une cuisine plus exigeante, structurée et codifiée, qui enrichit sa palette sans jamais altérer son identité. « Je ne renie jamais ce que j’ai appris en France », confie-t-il avec conviction. Aujourd’hui, cette influence transparaît avec finesse dans ses créations : une alchimie subtile entre rigueur technique et instinct culinaire. Il signe ainsi une cuisine singulière, où les racines mauriciennes dialoguent harmonieusement avec les méthodes acquises dans l’Hexagone.

Le déclic entrepreneurial

Après un passage dans le contrôle qualité des produits frais en 2014/2015, Alexandre Nicholas Duprat prend une année sabbatique. L’idée de se lancer germe presque par accident. Un contrat avec une agence de publicité change la donne. Chargé de mettre en valeur des produits pour un grand distributeur, il réalise ses premières prestations culinaires. Le bouche-à-oreille fait le reste. « C’est ainsi que tout a commencé », résume-t-il. Depuis, il travaille à son compte, en véritable « one-man business », gérant chaque étape, de la conception des menus à la réalisation.

Une cuisine populaire comme manifeste

Ce qui distingue Alexandre Nicholas Duprat, c’est avant tout sa vision. Sa cuisine est populaire, au sens noble du terme. « On a une richesse culinaire qu’on ne doit pas oublier », affirme-t-il. Dans ses assiettes, cela se traduit par des plats généreux, ancrés dans le terroir mais revisités avec finesse. Sur les images, les nouilles sont nappées d’une sauce riche, presque rustique, où se mêlent morceaux fondants, herbes fraîches et épices maîtrisées. À côté, des bouchées croustillantes et des dumplings viennent apporter contraste et texture.

Autre registre : une salade colorée où se mêlent œufs, crudités croquantes, tranches de concombre, tomates et touches acidulées. Une cuisine simple en apparence, mais pensée dans l’équilibre. « Ti-manzer lakaz, samem ki pli bon », lance-t-il. Tout est dit.

Le pari des réseaux… sans compromis

S’il s’est lancé dans la vidéo il y a deux ou trois ans, c’était d’abord pour promouvoir son activité. Mais rapidement, le format prend une autre dimension. Il fait tout lui-même : tournage, montage, narration. Sans prétendre être un professionnel de l’image, il impose pourtant un style reconnaissable entre mille. Le créole, omniprésent, renforce la proximité avec son public. Et surtout, il refuse de céder à l’esthétique parfaite des réseaux. « Rien à voir avec les vidéos instagrammables », tranche-t-il.

Rester petit pour rester vrai

Aujourd’hui, le succès est là. Mais Alexandre Nicholas Duprat garde la tête froide. Il ne cuisine pas pour moins de dix personnes, ne propose pas de formules standardisées et privilégie une approche sur mesure. « Je fais un dossier, j’identifie les besoins et je travaille le menu », explique-t-il. Une exigence qui lui permet de préserver la qualité. Pour l’avenir, il est catégorique : « Continuer à rester petit afin de garder le contrôle. » Grandir, peut-être, mais jamais au détriment de l’essence de ce fameux « Papi » … une signature devenue virale.

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