* De championne à encadreuse, un parcours d’exception au service du sport mauricien
Le parcours de Priscilla Cherry, c’est avant tout l’histoire d’une passion tenace, forgée dans la rigueur et la discipline. Derrière son sourire apaisé se cache une véritable guerrière, qui a porté haut les couleurs du judo mauricien avant de consacrer sa vie à transmettre ce qu’elle a appris sur le tatami.
Très tôt, Priscilla Cherry s’illustre comme une athlète complète. Encouragée par ses parents, elle se distingue dans plusieurs disciplines sportives – football, basket, volley-ball et athlétisme. Représentant le London College, elle brille aux Jeux inter-collèges, notamment dans les sprints et le lancer du poids. Mais c’est à Cassis, dans le dojo de l’Organisation Fraternel, qu’elle trouve sa véritable voie. Sous la houlette de Georges Othello et Sylvio “Vovo” Raphael, la jeune fille de 12 ans découvre le judo, un sport qui allait façonner toute son existence. Sa progression est fulgurante. Dès 1986, alors qu’elle évolue encore chez les cadettes, elle décroche son premier titre national. Une graine de championne vient d’éclore.
Les années dorées
Les années 90 marquent la décennie de l’explosion. En 1990, Priscilla rejoint la sélection nationale et participe à ses premiers Jeux des îles de l’océan Indien à Madagascar. Elle en revient avec deux médailles de bronze – une en individuel, une par équipe – et une expérience déterminante.
L’année suivante, avec l’arrivée du directeur technique national français Feuillet, elle participe aux Championnats d’Afrique féminins organisés à Maurice. Là encore, elle monte sur le podium, décrochant l’argent en toutes catégories et le bronze en individuel. Ce n’est que le début. Grâce aux stages de perfectionnement en Europe, elle affine sa technique et gagne en maturité.
La moisson s’annonce riche : médaille d’or aux JIOI de 1993, nouvel or aux Championnats d’Afrique en 1994, et consécration aux Jeux d’Afrique en 1995. Deux années de gloire qui la propulsent au firmament du sport mauricien, puisqu’elle est élue Sportive de l’année deux fois consécutives. En 1996, le rêve de toute une vie devient réalité : elle se qualifie pour les Jeux Olympiques d’Atlanta dans la catégorie des -66 kg. Une expérience marquante, gravée à jamais dans sa mémoire.
Entre amour, maternité et retour triomphal
Après Atlanta, Priscilla décide de lever le pied. En 1997, elle se marie et met temporairement sa carrière entre parenthèses. Mais la passion du tatami reprend vite le dessus. À peine un an plus tard, elle revient à la compétition et décroche à La Réunion une nouvelle médaille d’or aux Jeux des îles.
Puis vient le temps de la maternité : deux enfants naissent, en 1999 et 2000. Le sport attendra. Jusqu’en 2002, lorsque le ministre des Sports de l’époque, Michael Glover, la sollicite pour un retour. Objectif : les Jeux des îles.
Un défi colossal, car la championne doit perdre plus de 15 kilos et retrouver sa condition physique. Mais Priscilla Cherry n’a jamais reculé devant la difficulté. Elle y parvient et, au bout de l’effort, décroche deux nouvelles médailles d’or, en individuel et par équipe. Une sortie magistrale qui met un point d’orgue à une carrière exceptionnelle.
De la compétition à la formation
Le sport lui ouvre aussi une carrière professionnelle. Dès 1995, Priscilla intègre le ministère de la Jeunesse et des Sports. Travail, discipline et passion l’aident à gravir les échelons jusqu’à devenir Senior Coach. En parallèle, elle obtient un diplôme d’entraîneur en Suisse, grâce à une bourse internationale.
Son parcours d’athlète modèle et d’éducatrice engagée la conduit naturellement à être nommée entraîneur national en 2017. Sous sa direction, de jeunes judokas progressent rapidement et brillent à l’international. En 2022, elle franchit une nouvelle étape historique : elle devient la première femme Head Coach de la sélection nationale mauricienne.
Sous sa houlette, le judo mauricien retrouve une dynamique conquérante. Priscilla encadre notamment Tracy Durhonne, qui décroche la toute première médaille d’or mauricienne aux Jeux de la Francophonie.
Au-delà du tatami mauricien, la carrière de Priscilla Cherry prend une dimension internationale. Son expertise et son engagement la mènent jusqu’à la Fédération internationale de judo, où elle est nommée commissaire pour les vétérans. Une belle reconnaissance pour celle qui a donné corps et âme à son sport.
“Nos athlètes ont le talent, mais manquent de moyens”
Toujours tournée vers l’avenir, Priscilla plaide aujourd’hui pour un meilleur accompagnement des sportifs mauriciens. Selon elle, « le talent existe, mais le coût des compétitions freine nos athlètes ». Elle appelle les sponsors et les entreprises à investir davantage dans le sport : « Si nous voulons voir le quadricolore flotter plus souvent sur les podiums internationaux, il faut soutenir ceux qui se battent au quotidien pour l’honneur du pays. »
Priscilla Cherry incarne plus qu’une championne : elle est un symbole de persévérance, de courage et d’engagement. De ses débuts à Cassis jusqu’aux Jeux Olympiques, de ses combats sur le tatami à son rôle d’encadreuse, elle a traversé toutes les étapes avec humilité et détermination.

