Réseau d’héroïne Mada–Maurice : le témoin clé sacrifié ?

ByRédaction

November 28, 2025

Jean Noel Ferry parle depuis sa prison : “On m’a abandonné pour me faire taire” 

Dix mois ont passé depuis que Jean Noel Ferry, Mauricien présenté comme l’un des premiers à avoir levé le voile sur un vaste trafic d’héroïne entre Madagascar et Maurice, a été arrêté à Antananarivo. Dix mois durant lesquels il clame qu’il n’est pas un trafiquant, mais un dénonciateur, un homme qui a transmis des informations cruciales aux autorités des deux pays avant d’être brutalement coupé du monde. Aujourd’hui, depuis sa cellule dans une prison malgache, il évoque ses craintes, ses doutes et ce sentiment d’abandon qui s’installe jour après jour.

Un informateur devenu prisonnier oublié

Au début de cette affaire, Ferry n’était pas considéré comme un suspect. Il était même une source d’informations. Il affirme avoir transmis vidéos, enregistrements, itinéraires et noms liés au transport d’héroïne entre les deux rives du canal du Mozambique. Un sergent de l’ADSU, que nous avons contacté, confirme avoir reçu ces éléments avant de les faire remonter à sa hiérarchie. Selon lui, un plan était prêt : l’opération d’interception devait être déclenchée dès que Ferry signalerait le départ de la cargaison.

Mais rien n’a eu le temps d’être déclenché. Arrêté brutalement par les autorités malgaches, Jean Noel Ferry disparaît du radar mauricien. Le mécanisme prévu s’effondre et l’opération s’éteint. Depuis ce jour, il reste enfermé entre les murs d’une prison d’Antananarivo, sans assistance, sans aide consulaire, et sans même une tentative apparente des autorités mauriciennes pour comprendre les raisons de sa détention.

Son parcours, pourtant, n’a rien de celui d’un baron de la drogue. Agent de sécurité, ouvrier, videur, marchand de poissons, puis petit entrepreneur, il a accumulé les petits boulots. Mais c’est surtout son engagement contre la drogue qui l’a rendu visible dans sa localité. À Goodlands comme dans la cité Sainte-Claire, habitants et policiers témoignent de sa participation régulière à des opérations, de ses dénonciations et de son aide aux forces de l’ordre. Un informateur officieux, certes, mais un collaborateur précieux selon plusieurs sources.

Le jour où tout a dérapé

Lorsqu’il est sollicité pour retrouver Jean Marc Edouard, figure centrale d’un réseau d’héroïne reliant Madagascar à Maurice, Ferry comprend immédiatement qu’il est au cœur d’une organisation dangereuse. Il dit avoir contacté un policier mauricien, transmis les preuves recueillies et donné tous les détails sur les mouvements du réseau.
Mais quelques jours plus tard, il est arrêté. Depuis sa cellule malgache, il raconte que c’est précisément à ce moment-là que sa vie a basculé. Ses appels à l’aide n’ont suscité aucune réaction. Ni Port-Louis, ni aucun intermédiaire officiel ne se manifeste.

Il confie avoir été trompé à plusieurs reprises par des personnes lui promettant des avocats ou des interventions en échange d’argent, avant de disparaître. Ce sentiment de solitude s’est aggravé lorsqu’il a appris qu’il ne pourrait pas être présent pour célébrer les 18 ans de sa fille, un événement qu’il décrit comme l’un des épisodes les plus douloureux de sa détention.

Craintes, doutes… et une enquête qui patine dangereusement

De sa cellule, Ferry partage désormais ses doutes les plus profonds. Il craint que certains noms cités dans ses déclarations bénéficient de protections à haut niveau, à Maurice comme à Madagascar. Selon lui, son arrestation n’a rien d’un hasard. Il pense avoir été mis à l’écart pour être réduit au silence, muselé avant qu’il ne puisse aller plus loin dans ses révélations. Il se décrit comme un “dommage collatéral” d’un système où influences et réseaux auraient plus de poids que la vérité.

Pendant ce temps, l’enquête conjointe menée par la FCC mauricienne et le PAC malgache se trouve dans une situation de quasi-paralysie. Les échanges existent, mais ne débouchent sur aucune avancée concrète. Le rapport complet du PAC est toujours attendu à Maurice et l’impression dominante est que l’affaire a été rangée dans un dossier sensible que personne n’ose toucher.

C’est dans ce contexte qu’un autre nom revient au premier plan : Wendip Appaya. Cité dans les documents préliminaires, il est attendu la semaine prochaine devant la FCC pour être entendu. Il devra expliquer son rôle présumé dans cette affaire qui s’étend désormais sur plusieurs territoires de l’océan Indien. Les enquêteurs malgaches affirment qu’il aurait entretenu des contacts directs avec des intermédiaires basés à Antananarivo, responsables de l’acheminement de cargaisons en provenance d’Asie. Son audition est considérée comme l’une des étapes clés pour débloquer ou relancer une enquête qui s’enlise depuis des mois.