The African Marquis de Gabriel Froid : Un créateur mauricien à la conquête de l’UNESCO

ByRédaction

June 15, 2026

À l’UNESCO, au cœur du grand hall parisien où se croisent diplomatie culturelle et création contemporaine, la mode a pris des allures de manifeste. Le 21 mai dernier, seize designers venus du continent africain et de sa diaspora ont présenté leurs visions dans le cadre de la Semaine africaine, autour du thème « Les Racines de Demain ». Parmi eux, un seul représentant de l’île Maurice : Gabriel Froid, fondateur de The African Marquis. Dans cet espace institutionnel où les récits culturels se construisent autant qu’ils se montrent, le jeune créateur de 29 ans a défendu bien plus qu’une collection, mais une vision forte du métissage mauricien.

Un parcours entre rigueur et rupture

« Mon parcours n’a rien d’une ligne droite », confie d’emblée Gabriel Froid. Avant de s’imposer dans l’univers de la mode, il évolue dans un environnement très différent. Celui du droit et de la finance. Un monde structuré, rationnel, où la rigueur et la discipline constituent des exigences permanentes.

Cette première expérience professionnelle lui apporte des bases solides : le sens du détail, l’organisation, la méthode. Mais derrière cette trajectoire cadrée, une autre réalité s’impose progressivement. Une sensibilité créative, longtemps contenue, finit par prendre de plus en plus de place.

« J’ai toujours porté en moi une sensibilité créative que je n’arrivais pas à taire », explique-t-il. C’est dans cette tension entre structure et liberté que naît The African Marquis. « Le déclic est venu le jour où j’ai compris que ce que je créais touchait les gens, pas seulement comme un vêtement, mais comme une histoire qu’ils avaient envie de porter », raconte-t-il.

À partir de ce moment, la création change de statut. Elle n’est plus seulement un espace d’expression individuelle, mais devient une forme de responsabilité partagée.

Le métissage mauricien comme matrice créative

Chez Gabriel Froid, la mode n’est pas décorative. Elle est narrative. Elle s’ancre dans une réalité géographique et culturelle précise : celle de Maurice, territoire insulaire façonné par des circulations africaines, indiennes, européennes et chinoises.

Ce métissage, il ne le considère pas comme une contrainte identitaire, mais comme une ressource centrale. « C’est le cœur même de ma démarche. Maurice est une terre de rencontres. Cette diversité, je ne la subis pas, je la célèbre. »

Dans les collections de The African Marquis, les influences se croisent. Le tissu africain dialogue avec des coupes structurées inspirées du tailoring, tandis que les textures et les palettes chromatiques traduisent une créolité assumée. 

L’UNESCO : une scène mondiale, une responsabilité locale

La présentation à l’UNESCO marque un tournant symbolique dans le parcours du créateur. Invité dans le cadre de la Semaine africaine, il y dévoile des pièces issues de ses collections UHURU et TROPICAELO, conçues autour du thème « Les Racines de Demain ».

 « Représenter Maurice sur cette scène a été un immense honneur, mais aussi une vraie émotion », confie-t-il. « Je ne portais pas seulement mon nom ou ma marque, mais celui d’une île et de tous ceux qui créent sans toujours être visibles. »

Cette visibilité internationale agit comme un révélateur. Elle ouvre des perspectives, mais impose aussi une exigence nouvelle : celle de structurer davantage la démarche, d’élever le niveau et de consolider une vision à long terme.

Pour Gabriel Froid, The African Marquis doit désormais porter une ambition plus large : celle d’une mode mauricienne et africaine moderne, exigeante et pleinement assumée.

Maurice comme futur hub créatif

Le créateur est convaincu du potentiel mauricien. Maurice pourrait, selon lui, devenir un véritable carrefour créatif entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Une position géographique stratégique, mais surtout une identité culturelle unique encore sous-exploitée.

Cependant, il identifie plusieurs freins : le manque d’infrastructures adaptées, la faiblesse des mécanismes de financement et l’absence d’une chaîne de valeur complète dans l’industrie locale de la mode.

Face à ce constat, une ambition émerge : la création d’une Fashion Week à Maurice, pensée comme une plateforme de visibilité, de structuration et de développement pour les créateurs de la région.

« Je pense vraiment que mon prochain engagement serait de développer une Fashion Week à Maurice avec les enjeux économiques que cela engendre. Un appel à collaboration est lancé pour ceux qui sont intéressés à travailler sur ce projet », lance-t-il.

Transmission et héritage

Au-delà de la marque, une autre dimension s’impose : celle de la transmission. Dans sa vision, The African Marquis n’est pas uniquement une maison de couture, mais aussi un espace d’apprentissage et de formation. Dans dix ans, il l’imagine comme une école de couture, un lieu où se construit une nouvelle génération de créateurs.

« Une marque finit par s’éteindre ; une école, elle, continue de faire grandir des talents bien après nous », résume-t-il. Son message à la jeunesse mauricienne est clair : ne pas attendre de validation extérieure.

« Notre île, notre métissage, notre histoire ne sont pas des limites, ce sont nos forces. Le monde n’a pas besoin d’une copie de plus. Il a besoin de votre vérité. »

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *