Un an après avoir pris les rênes comme Chairman de la Gambling Regulatory Authority (GRA), Veeshal Chumroo dresse un bilan qu’il qualifie d’« exigeant mais enthousiasmant ». Entre la stabilisation du secteur hippique, l’amélioration du cadre réglementaire et la confiance retrouvée des acteurs, il affirme que l’industrie « avance enfin dans la bonne direction ». Il en profite pour saluer la vision du Premier ministre, évoquer les défis persistants notamment le coût du fret pointé par Soon Gujadhur et promet de nouvelles mesures pour soutenir un écosystème en transformation.
Q : Vous venez de compléter un an à la tête de la GRA. Quel bilan en tirez-vous ?
Ce fut une année intense, mais extrêmement enrichissante. Lorsque j’ai pris mes fonctions, le secteur traversait une période de fragilité, avec un climat d’incertitude et de tensions. Aujourd’hui, je peux dire que l’hippisme renaît de ses cendres. Nous avons restauré la confiance, renforcé les structures de contrôle et redonné de la visibilité aux opérateurs. Bien sûr, tout n’est pas parfait, mais nous avons remis de l’ordre, de la discipline et surtout une dynamique positive.
Q : Vous avez souvent insisté sur le soutien du gouvernement. Quel rôle a joué le Premier ministre ?
V.C. : Je tiens à le dire avec beaucoup de respect : sans la vision et la détermination du Premier ministre, il aurait été très difficile de stabiliser le secteur. Il a donné des orientations claires, notamment sur la nécessité d’assainir les pratiques, de moderniser la régulation et de protéger l’intégrité des courses. Il a toujours été attentif aux enjeux et réactif face aux urgences. Pour moi, c’est important de le reconnaître. Ce qui a été accompli est le résultat d’une direction politique forte, accompagnée d’un travail technique rigoureux.
« Des réunions techniques sont en cours afin d’évaluer différentes pistes »
Q : La saison hippique 2025 est saluée pour la qualité des courses. Comment expliquez-vous cette évolution ?
Plusieurs facteurs entrent en jeu. D’abord, les entraîneurs et les propriétaires ont recommencé à investir. Ils sentent une meilleure stabilité, un environnement réglementaire plus clair et une organisation plus rigoureuse. Ensuite, nous avons travaillé avec les différents clubs sur la programmation, les handicaps, la sécurité des pistes et la transparence. Le public le voit : les courses sont plus compétitives, les arrivées plus disputées, et le niveau des jockeys s’est élevé. Cette qualité est le fruit d’un travail collectif.
Q : L’appel lancé par Soon Gujadhur concernant la revue du coût du fret a fait réagir. Où en est ce dossier ?
M. Gujadhur a raison de soulever ce point. Le coût du fret pour l’importation des chevaux est un facteur lourd pour les propriétaires. C’est une réalité qui influence directement le niveau des compétitions et la capacité des écuries à se renforcer. Nous avons déjà commencé à travailler sur ce dossier avec les autorités concernées. Des réunions techniques sont en cours afin d’évaluer différentes pistes : subventions ciblées, révision des barèmes, mutualisation logistique, partenariats régionaux… Rien n’est arrêté, mais je peux assurer que le dossier avance. Notre objectif est clair : réduire la pression financière sur les acteurs du secteur.
« Aujourd’hui, nous avons une opportunité historique de repenser le modèle »
Q : Justement, comment voyez-vous l’évolution du modèle économique des courses ?
L’hippisme doit s’adapter. Pendant longtemps, certains mécanismes étaient figés, ce qui freinait l’innovation et pesait sur la croissance. Aujourd’hui, nous avons une opportunité historique de repenser le modèle. Cela passe par une meilleure régulation des paris, une collaboration plus fluide entre opérateurs, une digitalisation accrue, et une valorisation commerciale plus forte des courses — que ce soit en termes d’image, de diffusion ou de partenariats.
Nous voulons aussi encourager de nouvelles sources de revenus pour les clubs : licences, contenus multimédias, sponsoring structuré, événements connexes. Le secteur dispose d’un potentiel sous-exploité.
Q : Certains acteurs parlent d’un climat de travail plus serein mais aussi « plus strict ». Est-ce volontaire ?
V.C. : Absolument. La sérénité ne peut exister que si les règles sont claires et respectées. Nous avons intensifié les contrôles, resserré les procédures, et renforcé les mesures disciplinaires. Cela déplaît parfois, mais c’est indispensable pour la crédibilité de l’industrie. Les parieurs, les propriétaires, les entraîneurs tous veulent un sport propre et transparent. Et la GRA doit être le garant de cette intégrité.
« L’hippisme repose sur un équilibre fragile entre tradition, passion et économie »
Q : Que reste-t-il à faire pour consolider cette renaissance annoncée de l’hippisme ?
Beaucoup de choses. Nous devons poursuivre la modernisation de la régulation, améliorer encore la sécurité des chevaux, soutenir la formation des jockeys locaux, et encourager davantage l’investissement privé. Nous voulons aussi renforcer la lutte contre les manipulations de courses et les paris illégaux.
Mais surtout, il faut maintenir cette dynamique de confiance. L’hippisme repose sur un équilibre fragile entre tradition, passion et économie. Si nous continuons sur cette voie, je suis convaincu que le secteur peut redevenir l’un des piliers culturels et économiques de Maurice.
Q : Un dernier mot pour les acteurs et le public ?
Je remercie tous ceux qui ont contribué à cette saison : clubs, entraîneurs, jockeys, officiels, propriétaires et parieurs. Leur engagement est essentiel.
Je tiens aussi à exprimer ma profonde gratitude au Premier ministre le Dr Ramgoolam , à l’Attorney General Gavin Glover, à notre CEO Mme Ringadoo, ainsi qu’aux membres du board et à toute l’équipe du MTCJC. Sans leur soutien, nous n’en serions pas là. Au public, je veux dire que nous restons à l’écoute. Nous allons continuer à améliorer, innover et protéger l’intégrité du sport.

