Bose Soonarane : « La vérité sur les décès des patients dialysés ne peut plus être étouffée »

ByRédaction

December 26, 2025

Porte-voix infatigable des patients dialysés, Bose Soonarane revient sur le long combat mené pour faire éclater la vérité autour des décès survenus durant la pandémie de la COVID-19. Alors que la justice s’est enfin saisie du dossier, il livre aussi un regard lucide sur la première année de l’Alliance du Changement, entre espoirs, lenteurs et attentes encore vives de la population.

En tant que secrétaire de l’Association des patients dialysés, les avancées récentes sur le décès des 12 patients durant la COVID-19 répondent-elles à vos attentes ?

Oui, clairement. Pour l’association, la publication des travaux du Fact Finding Committee ainsi que du rapport du Medical Negligence Standing Committee constitue une avancée majeure. Ces deux rapports ont établi des faits graves, documentés, qui ont convaincu le Directeur des poursuites publiques d’ouvrir une enquête judiciaire. C’est un tournant décisif.

Concrètement, que révèlent ces procédures jusqu’ici ?

La dernière réunion de l’instance judiciaire, tenue le 10 décembre, a déjà mis en évidence de nombreux manquements, tant au niveau des protocoles que des décisions prises à l’époque. Nous sommes convaincus que le rapport final contiendra suffisamment d’éléments pour justifier des poursuites judiciaires.

Quelle est la suite pour l’association et les familles des victimes ?

Avec notre avocat, Me Veda Baloomoody, nous nous préparons à déposer des plaintes formelles en 2026. Aujourd’hui, je peux dire que je suis satisfait : les familles, les proches et l’ensemble de la communauté des patients dialysés pourront bientôt connaître la vérité, faire leur deuil et tourner une page dans la dignité.

« Le déficit en médecins et en personnel soignant est criant »

Le système de santé est régulièrement critiqué. Vous qui êtes directement concerné, y voyez-vous de réelles failles ?

Le constat est sans appel : le système peine à répondre aux attentes des Mauriciens, et ce depuis des décennies. Le déficit en médecins et en personnel soignant est criant, la formation tant sur le plan humain que technique est insuffisante.

Le ministre de la Santé peut-il redresser la situation ?

Il a pris la bonne décision en allant constater la réalité sur le terrain et en cherchant des solutions à court et long terme. Mais il faut être lucide : cela demandera du temps, des moyens financiers conséquents et surtout une gestion rigoureuse. L’objectif final doit être un système humain, efficace et digne.

« Le retour des libertés fondamentales est un préalable indispensable à tout changement en profondeur. »

Sur le plan politique, le gouvernement de l’Alliance du Changement vient de boucler sa première année au pouvoir. Comment évaluez-vous ce premier bilan ?

La population attend des résultats concrets, et il faut être honnête : ils arrivent lentement. Cela dit, certains acquis sont indéniables. La liberté d’expression est revenue, la presse respire à nouveau, et les fonctionnaires travaillent dans un climat moins oppressant.

Le gouvernement a eu le courage de s’attaquer aux abus du passé. La FCC travaille sans relâche, les interpellations se multiplient. Mais maintenant, la population attend une chose : que ces enquêtes débouchent sur des poursuites et des condamnations. Sans cela, la déception sera immense.

L’extension de l’âge d’éligibilité à la pension universelle a suscité une vive colère populaire. Comprenez-vous cette impopularité ?

Absolument. La non-communication a été flagrante. Même si la décision était économiquement nécessaire, la population s’est sentie exclue, mise devant le fait accompli. Cette mesure aurait dû être appliquée dès 2008. Les gouvernements successifs ont reculé par peur de l’impopularité, ce qui n’a fait qu’aggraver la situation. Le Premier ministre n’avait plus réellement le choix s’il voulait assurer la pérennité de ce pilier social.

« Des changements ont été amorcés, mais le malaise au sein de la police reste profond et structurel. »

Qu’en est-il de la situation de l’ordre public et de la discipline au sein de la police ?

Il y a eu des changements depuis novembre 2024. L’ancien commissaire a été remplacé et certains abus du passé semblent révolus. Mais après un an, le nouveau Commissaire de police ne fait pas l’unanimité. Il est impératif de préparer rapidement sa succession et de donner une chance à une nouvelle génération de policiers. Le malaise au sein de la force policière est plus profond qu’on ne le pensait. Les sanctions doivent être plus rapides et plus sévères. Suspendre un policier avec salaire en cas de faute grave est une anomalie qu’il faut corriger.

Le permis à points entre en vigueur très prochainement. Est-ce, selon vous, une réponse efficace à l’insécurité routière ?

Cela aura un impact positif, mais ce n’est pas suffisant. Le problème est en amont. L’obtention d’un permis de conduire ne reflète pas les exigences réelles de la sécurité routière. Un examen de trente minutes ne peut suffire. L’éducation du conducteur doit être complète, avant et après le test : compréhension du véhicule, des risques, des responsabilités et des conséquences. Le système actuel d’apprentissage est défaillant et doit être revu en profondeur.

« Le Premier ministre a la responsabilité de remplacer ceux qui n’ont pas été à la hauteur des attentes. »

Globalement, comment jugez-vous la performance des ministres ?

C’est au Premier ministre et à son adjoint de faire l’évaluation finale. Mais il est évident que certains ministres tirent leur épingle du jeu, tandis que d’autres peinent à être à la hauteur des responsabilités confiées.

Vos souhaits pour 2026 ?

D’abord, un remaniement ministériel. Le Premier ministre a l’obligation de remplacer ceux qui n’ont pas répondu aux attentes. Ensuite, une communication beaucoup plus claire et régulière. Expliquer la vision, la direction du pays, écouter la population. Je souhaite aussi une implication accrue de la société civile et, comme tous les Mauriciens, la concrétisation réelle des promesses électorales. 2026 doit être l’année des actes, pas des discours.