Ce qui devait être un voyage spirituel et l’accomplissement d’un rêve familial s’est transformé en une expérience douloureuse pour plusieurs Mauriciens. Après la publication du témoignage de Roshnee Ghanshiam, habitante de Triolet, qui raconte les circonstances difficiles entourant le voyage de sa mère, Jayantee Ghanshiam, décédée le 8 juin, plusieurs autres personnes ont pris la parole pour dénoncer, à leur tour,leur expérience avec le même agent.
Un voyage qui ne s’est pas déroulé comme prévu
Roshnee Ghanshiam s’était rendue en Inde avec sa mère dans le cadre du « Chaar Dhaam Yatra », un pèlerinage que cette dernière rêvait d’accomplir depuis longtemps. Le voyage s’est déroulé du 24 mai au 12 juin. C’est par l’intermédiaire d’un agent, S.R., habitant de Goodlands, que Roshnee affirme avoir participé à ce voyage. Selon elle, l’agent organiserait régulièrement ce type de pèlerinage avec son épouse.
Elle explique avoir découvert ce voyage à travers des vidéos publiées sur Facebook. Elle affirme ne pas avoir vu, avant son départ, de commentaires négatifs ou de mauvaises évaluations concernant l’organisation. Pour cette habitante de Triolet, ce voyage devait être un moment spirituel et un souvenir partagé avec sa mère. Mais le séjour s’est terminé dans le drame.
Une différence de prix qui suscite des interrogations
Roshnee affirme avoir rencontré plusieurs difficultés durant le voyage. Selon elle, l’agent aurait eu un comportement humiliant envers elle et d’autres participants.
Elle affirme également avoir été contrainte de quitter l’autocar après avoir demandé des explications concernant le prix du vol en hélicoptère vers Kedarnath. Elle aurait payé Rs 16 500, alors que d’autres participants auraient déboursé Rs 10 000. Roshnee affirme que sa mère aurait même envisagé de rentrer à Maurice et de ne pas poursuivre le pèlerinage.
« Comme nous étions déjà vers la fin du voyage, je lui ai demandé de prendre patience », raconte-t-elle.Mais la situation allait rapidement prendre une tournure dramatique.La mère de Roshnee est tombée malade. Selon cette dernière, elle aurait dû se débrouiller seule pour l’accompagner à l’hôpital, dans un endroit qu’elle ne connaissait pas.
« Quand monn dir agent-la, li dir moi aler toi, après mo vini,mais li pann vini. Mo ti tousel dan enn place ki mo pa coner », confie-t-elle. Sa mère est décédée le 8 juin d’un arrêt cardiaque. « Mo mama ti ena 65 ans, mais li pa ti ena problem leker », affirme-t-elle. La jeune femme explique également avoir dû prendre elle-même en charge les frais liés au rapatriement de la dépouille de sa mère.
Profondément marquée par cette épreuve, Roshnee explique avoir décidé de partager son expérience afin de mettre en garde d’autres personnes qui pourraient envisager de participer à ce type de pèlerinage.
« Foder monn partaz sa vidéo-la. Mo finn gagn boukou réactions dimoun », explique-t-elle.Elle affirme également avoir appris par la suite que certains commentaires négatifs auraient été supprimés des plateformes liées à l’organisationet que l’agent ne détiendrait pas de permis pour ce type d’activité.
Après le témoignage de Roshnee, d’autres participants prennent la parole
R., une habitante de Quatre Bornes, raconte que ses beaux-parents avaient participé à ce pèlerinage l’année dernière. Selon elle, cette expérience aurait été l’une des plus mauvaises qu’ils aient vécues, alors qu’ils voyagent régulièrement en Inde et visitent depuis plusieurs années des temples, des sanctuaires et différents lieux religieux. Elle affirme que plusieurs participants, notamment des personnes âgées, auraient été traités de manière irrespectueuse.
Par ailleurs, le forfait aurait inclus le petit-déjeuner, mais les participants auraient souvent dû quitter leur hôtel dès 4 heures du matin, les empêchant ainsi de bénéficier du repas pourtant compris dans le prix. Des frais supplémentaires auraient également été réclamés lors des opérations de change.
Elle dénonce aussi les conditions d’hébergement. Malgré la présence de nombreux participants âgés, certains auraient dû transporter eux-mêmes leurs bagages. Elle affirme également que son beau-père aidait régulièrement des personnes âgées à remplir des formulaires, certaines ne sachant ni lire ni écrire. Selon elle, il aurait pourtant été réprimandé pour cette aide.
Plusieurs disputes auraient éclaté durant le voyage et certains participants âgés auraient été profondément affectés par la manière dont ils auraient été traités.
L’Association Sanatan Rakshak saisit la justice
Face à la multiplication des témoignages, l’Association Sanatan Rakshak a décidé de saisir la justice. Arvin et Pawan, membres de l’association, ont déjà recueilli plusieurs témoignages et éléments concernant les voyages organisés par l’agent S.R.
Ils affirment avoir déjà sollicité le bureau de Me Rama Valayden afin d’engager une action civile contre l’agent en question. Des démarches sont actuellement entreprises en ce sens.
Après avoir vainement tenté de solliciter une réaction de l’agent concerné, celui-ci a finalement réagi sur sa page Facebook pour démentir les accusations portées contre lui. Ilaffirme avoir effectué toutes les démarches nécessaires après le décès de la mère de Roshnee, et assure disposer des documents attestant que les procédures requises ont bien été accomplies.

Roshnee Ghanshiam en compagnie de sa défunte mère Jayantee Ghanshiam lors du voyage spirituel

