- Une réforme politique qui privilégie la proximité, l’efficacité et la maîtrise des dépenses publiques
Face aux critiques croissantes sur le coût et l’efficacité des Junior Ministers, le gouvernement semble s’orienter vers un changement de cap majeur : la suppression de cette fonction au profit du retour des Parliamentary Private Secretaries (PPS). Plus proche du terrain, moins coûteuse et mieux adaptée au fonctionnement politique mauricien, cette formule apparaît aujourd’hui comme une réponse pragmatique aux attentes de la population et à la nécessité de renforcer l’action gouvernementale.
L’exécutif envisage ainsi de tourner la page d’une expérience qui, malgré quelques réussites individuelles, n’a jamais véritablement convaincu. La fonction de Junior Minister, réintroduite après les élections générales de 2024, s’est rapidement heurtée à des critiques portant sur son utilité, son coût pour les finances publiques et le flou entourant ses responsabilités. Ce n’est pourtant pas la première fois que Maurice expérimente les Junior Ministers. La formule avait déjà été instaurée en 1995 sous le gouvernement travailliste.
À l’époque déjà, beaucoup s’interrogeaient sur la nécessité de créer une telle fonction. Plusieurs observateurs y voyaient davantage une récompense politique destinée aux députés n’ayant pu intégrer le conseil des ministres qu’un véritable besoin institutionnel.
Parmi les premiers Junior Ministers figuraient Danielle Perrier auprès de Rajesh Bhagwan à l’Environnement, Pradeep Jeeha aux côtés de son mentor feu Jayen Cuttaree, ou encore Dan Beeharry auprès de James Burty David. Si ces nominations avaient permis d’élargir l’équipe gouvernementale, elles avaient également suscité une vive compétition politique sans pour autant démontrer une réelle valeur ajoutée.Après la rupture politique de 1997, cette formule fut progressivement abandonnée.
Le précédent Jugnauth
À la suite des élections du 11 septembre 2000, Sir Anerood Jugnauth décida de revenir à une formule jugée plus efficace : celle des Parliamentary Private Secretaries.Cette décision fut alors largement perçue comme une correction de trajectoire. Les PPS permettaient de mieux valoriser les députés tout en renforçant la présence gouvernementale sur le terrain, sans créer une nouvelle couche ministérielle.Dans un mémoire adressé au Prime Minister’s Office en janvier 2026, le Mauritius Labour Congress (MLC), sous la signature de son président Haniff Peerun et de son secrétaire Bhonath Jeewuth, a demandé l’abolition pure et simple du poste de Junior Minister.Selon le MLC, cette fonction ne répond plus aux besoins du pays et représente une dépense difficilement justifiable dans le contexte actuel.
Cette position rejoint celle d’une partie de l’opinion publique, qui estime que la récente expérience n’a pas démontré l’utilité du dispositif.
Le cas Damry a illustré le malaise
Les difficultés sont apparues dès les premiers mois du gouvernement issu des élections de novembre 2024. La nomination de Dhaneshwar Damry comme Junior Minister des Finances a créé un véritable flou institutionnel. De nombreux acteurs économiques se demandaient s’il exerçait réellement les fonctions de ministre délégué ou s’il agissait comme ministre de facto des Finances. Cette ambiguïté est devenue particulièrement visible durant les consultations prébudgétaires, lorsque plusieurs syndicats ont refusé de négocier avec lui, préférant s’adresser directement au Premier ministre, titulaire du portefeuille des Finances.
Cet épisode a mis en lumière les limites d’une fonction dont les responsabilités demeuraient insuffisamment définies.
Des profils restés dans l’ombre
Au-delà de ce cas emblématique, plusieurs Junior Ministers sont restés très discrets tout au long de leur mandat. Fawzi Allymun, Véronique Leu-Govind ou encore Karen Foo Kune-Bacha ont adopté un profil relativement effacé afin de ne pas empiéter sur les prérogatives de leurs ministres de tutelle. Dans certains cas, la cohabitation s’est révélée beaucoup plus délicate. L’épisode ayant opposé Anishta Babooram à sa ministre de tutelle au ministère de l’Égalité des genres, Arianne Navarre-Marie, a marqué les esprits. Cette crise avait conduit au transfert d’Anishta Babooram vers le ministère de la Santé, avec des répercussions politiques importantes pour l’alliance gouvernementale.
Tout n’a toutefois pas été négatif.Certains Junior Ministers ont réussi à s’imposer par leur dynamisme. Fabrice David s’est montré particulièrement actif dans le secteur de l’agro-industrie. Rajen Narsinghen s’est illustré aux Affaires étrangères tandis que Kugan Parapen a multiplié les initiatives dans le domaine de l’intégration sociale. Ces exemples démontrent que la réussite dépend souvent davantage de la personnalité que du poste lui-même. Ils restent néanmoins des exceptions qui ne suffisent pas, selon plusieurs observateurs, à justifier le maintien d’un système aussi coûteux.
Pourquoi les PPS séduisent davantage
C’est précisément dans ce contexte que le retour des Parliamentary Private Secretaries prend tout son sens. Contrairement aux Junior Ministers, les PPS ne sont pas rattachés à un ministère spécifique. Leur mission consiste principalement à assurer le suivi des projets gouvernementaux dans les circonscriptions qui leur sont confiées, notamment ceux réalisés par la National Development Unit (NDU). Ils deviennent ainsi les relais directs entre la population, les administrations publiques et le gouvernement. Cette proximité constitue leur principal atout.Aujourd’hui, de nombreux députés assurent un important travail de terrain mais disposent de peu de ressources administratives et logistiques.
Le retour des PPS permettrait précisément de leur fournir les moyens nécessaires pour répondre plus efficacement aux attentes de leurs électeurs. Ils pourraient suivre les projets d’infrastructure, coordonner les interventions des différents ministères, accélérer le traitement des dossiers locaux et renforcer la présence de l’État dans chaque circonscription. Cette approche contribuerait également à améliorer la visibilité de l’action gouvernementale auprès des citoyens. Le poste de PPS constitue également une excellente école de formation politique.Il permet aux députés d’acquérir une expérience concrète dans la gestion des affaires publiques, de développer leur connaissance des rouages administratifs et de démontrer leurs capacités avant d’éventuellement intégrer le Conseil des ministres. Cette progression apparaît plus naturelle et plus lisible que la nomination directe comme Junior Minister.
Un choix de pragmatisme politique
Pour plusieurs observateurs, le retour des PPS répond également à une réalité électorale.
Dans plusieurs régions, des députés peinent aujourd’hui à répondre rapidement aux demandes de leurs électeurs faute de moyens suffisants. En renforçant leur présence sur le terrain, le gouvernement espère améliorer le suivi des projets locaux et renouer un lien plus étroit avec la population. La suppression des Junior Ministers au profit des Parliamentary Private Secretaries dépasse ainsi la simple réorganisation administrative. Elle traduit la volonté de privilégier un modèle de gouvernance davantage centré sur la proximité, l’efficacité et une meilleure utilisation des fonds publics.
Les dix Junior Ministers actuellement en fonction
- Dhaneshwar Damry – Finances
- Fabrice David – Agro-industrie
- Karen Foo Kune-Bacha – Sports
- Sydney Pierre – Tourisme
- Fawzi Allymun – Collectivités locales
- Anishta Babooram – Santé et Bien-être (anciennement Égalité des genres)
- Rajen Narsinghen – Affaires étrangères, Intégration régionale et Commerce international
- Kugan Parapen – Intégration sociale, Sécurité sociale et Solidarité nationale
- Véronique Leu-Govind – Arts et Culture

