- Les récents déplacements du sergent passés au crible
L’enquête sur la spectaculaire saisie de 62,5 kilos de cannabis, d’une valeur estimée à près de Rs 94,5 millions, prend désormais une dimension bien plus vaste que le simple trafic de stupéfiants. Au-delà des arrestations déjà effectuées, les enquêteurs s’intéressent désormais à un autre volet particulièrement sensible : celui du patrimoine immobilier, des flux financiers et de l’éventuel recours à des prête-noms pour dissimuler des avoirs. Au centre de cette nouvelle phase des investigations figure le sergent Jayesh Gungadin, affecté à la Divisional Crime Intelligence Unit (DCIU) du port, arrêté puis inculpé provisoirement pour “perverting the course of justice”. Mais selon plusieurs sources proches du dossier, ce n’est plus uniquement son rôle présumé dans les fuites d’informations policières qui retient aujourd’hui l’attention. Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer si son patrimoine est compatible avec ses revenus officiels.
Employé de la police depuis plusieurs années, le sergent percevrait un salaire mensuel avoisinant les Rs 45 000. Pourtant, selon plusieurs informations recueillies par les enquêteurs, son patrimoine présumé atteindrait plusieurs dizaines de millions de roupies. Des villas, des immeubles locatifs, plusieurs terrains ainsi que d’autres investissements immobiliers seraient actuellement recensés. Les autorités tentent désormais d’identifier le véritable propriétaire économique de chacun de ces biens.
L’une des principales pistes explorées concerne l’utilisation de proches ou de tiers pour détenir certains actifs. Autrement dit, les enquêteurs soupçonnent que certains biens pourraient avoir été enregistrés au nom de prête-noms afin de masquer leur véritable bénéficiaire. Cette méthode est régulièrement utilisée dans les dossiers de blanchiment d’argent afin de rendre plus difficile l’identification de l’origine réelle des fonds.
Les registres fonciers passés au peigne fin
Selon nos informations, plusieurs services travaillent actuellement à dresser une cartographie complète du patrimoine associé, directement ou indirectement, au policier. Les enquêteurs s’intéressent notamment :
- aux acquisitions immobilières réalisées au cours des dernières années ;
- aux modalités de financement de ces achats ;
- aux prêts bancaires éventuellement contractés ;
- aux sociétés détenant certains immeubles ;
- aux transferts de propriétés intervenus entre proches ;
- ainsi qu’aux éventuelles opérations en espèces.
Les registres fonciers, les transactions notariales, les sociétés enregistrées auprès du Registrar of Companies ainsi que les mouvements bancaires pourraient faire l’objet d’une analyse approfondie. L’objectif est simple : déterminer si ces investissements peuvent être justifiés par les revenus officiellement déclarés.
La piste des prête-noms
Les enquêteurs cherchent également à établir si certains membres de l’entourage du sergent auraient servi de détenteurs officiels de biens acquis avec des fonds provenant d’activités illicites. Dans ce type d’enquête, les autorités remontent progressivement toute la chaîne patrimoniale afin d’identifier le bénéficiaire économique réel derrière chaque acquisition.
Les proches, partenaires commerciaux, sociétés familiales et associés pourraient ainsi être entendus afin d’expliquer l’origine des fonds utilisés. Cette démarche est devenue courante dans les grandes enquêtes financières où les réseaux criminels privilégient souvent des structures complexes pour masquer leurs actifs.
Les voyages et les flux financiers désormais sous la loupe
L’enquête ne se limite plus aux échanges téléphoniques et aux biens immobiliers. Les enquêteurs s’intéressent désormais aux déplacements effectués par le sergent Jayesh Gungadin au cours des dernières années. Les registres d’immigration font état de plusieurs voyages, notamment en Inde, en Afrique du Sud, à Hong Kong et à Singapour. Ces déplacements sont actuellement analysés afin d’en déterminer le contexte, leur fréquence, leurs sources de financement ainsi que les éventuels contacts établis à l’étranger . En cas d’incohérences significatives, la Financial Crimes Commission (FCC) pourrait être appelée à approfondir les investigations sur l’origine des fonds et d’éventuels mécanismes de blanchiment d’argent. Selon plusieurs sources, d’autres auditions et vérifications patrimoniales devraient intervenir dans les prochains jours, l’enquête étant encore loin d’avoir livré toutes ses conclusions.
Le coup de fil qui fait vaciller l’opération
L’affaire remonte au 4 juin dernier, lorsque l’ADSU, avec le concours de la Mauritius Revenue Authority (MRA), intercepte deux passagers en provenance de Londres-Gatwick transportant 62,5 kilos de cannabis, une cargaison estimée à près de Rs 94,5 millions. Les investigations conduisent rapidement à l’arrestation de plusieurs suspects présumés impliqués dans ce réseau d’importation.
L’analyse des téléphones portables saisis met ensuite en évidence plusieurs échanges entre l’un des suspects et le sergent Jayesh Gungadin, affecté à la Divisional Crime Intelligence Unit (DCIU) du port. Selon les enquêteurs, un appel aurait été passé alors que l’opération policière était toujours en cours et que les arrestations demeuraient confidentielles. Ces éléments ont conduit à l’arrestation du policier, qui fait actuellement l’objet d’une accusation provisoire de « perverting the course of justice », tandis que l’enquête se poursuit sur les différents volets de cette affaire.

