Un nouveau câble sous-marin stratégique, un partenariat avec Amazon Web Services, un accord de confidentialité déjà signé et des discussions engagées avec Google : le gouvernement veut positionner Maurice comme un hub numérique incontournable entre l’Asie, l’Afrique et les États-Unis. Derrière les annonces faites lors de l’AI Impact Summit en Inde, c’est une transformation majeure de l’infrastructure numérique du pays qui se dessine.
L’ambition de Maurice de devenir une plateforme numérique régionale prend une nouvelle dimension. Après plusieurs mois de discussions discrètes, les premières pièces d’un projet stratégique commencent à se mettre en place. Au cœur de cette offensive : l’intégration de Maurice au programme de câble sous-marin America-India Connect, des négociations avancées avec Google et un partenariat conclu avec Amazon Web Services (AWS) pour accélérer le développement de l’intelligence artificielle et du cloud computing dans le pays.
Selon les informations recueillies, les discussions autour de ce projet avaient débuté bien avant les annonces officielles. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, avait lui-même évoqué, dès le mois d’octobre dernier, la nécessité de renforcer la connectivité internationale de Maurice afin d’attirer les grands acteurs mondiaux du numérique.
Un rendez-vous décisif au AI Impact Summit
Le dossier a véritablement pris de l’ampleur lors de l’AI Impact Summit 2026, organisé à New Delhi. Durant ce déplacement, le Premier ministre aurait insisté pour que le Chief Executive Officer de Mauritius Telecom, Veemal Gungadin, fasse partie de la délégation officielle afin de participer aux discussions stratégiques.
Cette présence n’était pas anodine. Mauritius Telecom savait déjà que le pays devait anticiper l’avenir de ses infrastructures internationales, notamment avec l’évolution rapide des besoins en bande passante et la perspective du vieillissement progressif des câbles existants comme LION et LION2, qui assurent aujourd’hui une grande partie des communications internationales de Maurice.
Sur place, des échanges ont eu lieu avec plusieurs responsables des géants mondiaux du numérique, notamment Google, représenté par son directeur général, Sundar Pichai, présent au sommet. Google a profité de l’événement pour annoncer plusieurs investissements mondiaux liés aux infrastructures numériques et au développement de l’intelligence artificielle.
Un accord de confidentialité déjà signé
Un Non-Disclosure Agreement (NDA), soit un accord de confidentialité, a été signé récemment entre les différentes parties concernées. Ce type d’accord constitue généralement la première étape avant des négociations techniques et commerciales approfondies.
Même si aucun calendrier officiel n’a encore été communiqué, les négociations se poursuivent progressivement. Les différentes parties travaillent actuellement sur les aspects techniques, juridiques et financiers du projet.
Maurice sur le tracé du futur câble
L’élément central du projet reste toutefois le futur câble America-India Connect, annoncé officiellement par Google lors du AI Impact Summit. Ce nouveau système de fibre optique reliera les États-Unis à l’Inde tout en desservant plusieurs pays de l’océan Indien et d’Afrique australe. Maurice figure parmi les points stratégiques retenus sur ce corridor numérique mondial.
Concrètement, cela signifie que le pays deviendra automatiquement un partenaire de cette infrastructure internationale, comme ce fut le cas avec les précédents câbles LION et LION2. L’arrivée de ce nouveau câble permettra non seulement d’augmenter considérablement les capacités Internet internationales, mais également d’améliorer la résilience du réseau mauricien grâce à une diversification des routes de transmission.
Google déjà bien implanté, AWS accélère la dynamique
Le groupe américain dispose déjà d’infrastructures techniques sur le territoire mauricien, notamment une station terrestre située dans la région de Baie-du-Jacotet, utilisée pour soutenir certaines opérations internationales de connectivité. Mauritius Telecom assure déjà plusieurs prestations techniques liées à ces installations. Le renforcement de cette collaboration pourrait ainsi ouvrir la voie à de nouveaux investissements, notamment dans les centres de données, les services cloud et les plateformes d’intelligence artificielle.
Autre développement majeur : la signature, la semaine dernière, d’un protocole d’accord entre Mauritius Telecom et Amazon Web Services (AWS) lors du All My.T Summit.L’objectif est ambitieux : développer les compétences locales dans les technologies du cloud et de l’intelligence artificielle.
Le gouvernement souhaite former plusieurs milliers de Mauriciens aux métiers liés à l’IA, conformément aux orientations annoncées dans le Budget 2026-2027. AWS devrait accompagner cette montée en compétences à travers des programmes de certification, des formations spécialisées et des initiatives destinées aux entreprises comme aux administrations publiques. Selon nos informations, ces formations devraient être dispensées dans des locaux qui seront loués spécialement à cet effet avant, éventuellement, l’installation d’infrastructures plus permanentes.
Une stratégie nationale
Au-delà des aspects technologiques, cette offensive s’inscrit dans une stratégie économique plus large. Le gouvernement souhaite faire de Maurice une véritable plateforme numérique reliant l’Afrique, l’Asie et les marchés occidentaux.L’amélioration des infrastructures internationales est considérée comme indispensable pour attirer davantage d’investissements étrangers dans les secteurs du numérique, des centres de données, de la cybersécurité, des services financiers digitaux et de l’intelligence artificielle.
Lors du All My.T Summit, le Premier ministre a d’ailleurs affirmé que la participation de Maurice au programme America-India Connect représentait « une étape majeure » dans la transformation numérique du pays et renforcerait considérablement sa résilience numérique ainsi que son positionnement comme passerelle digitale entre les continents.
Si plusieurs aspects du projet restent encore soumis à la confidentialité, les prochains mois devraient permettre d’en savoir davantage sur les investissements qui accompagneront cette nouvelle génération d’infrastructures numériques.

