- La brigade des stupéfiants tente de reconstituer le réseau de contacts du skipper
Madagascar en février 2025, plusieurs déplacements à La Réunion la même année, puis un séjour de près de quatre mois en Afrique du Sud entre décembre 2025 et avril 2026 : une semaine après les arrestations intervenues dans le volet mauricien de l’affaire du trafic cannabis, les enquêteurs de l’ADSU élargissent considérablement leur champ d’investigation. Dans leur viseur, un homme retient tout particulièrement leur attention : Ravindra Chimajee.
Le parcours du skipper est désormais reconstitué sur près de dix-huit mois afin de déterminer si certains de ses déplacements, contacts ou communications peuvent être rapprochés de l’opération de juillet 2026. Après avoir travaillé sur les événements entourant l’alerte du 26 juillet, la cargaison interceptée à La Réunion et le speedboat retrouvé dans le lagon du Morne, les enquêteurs remontent désormais beaucoup plus loin dans le temps. L’objectif est de reconstruire méthodiquement l’environnement de Ravindra Chimajee et de comprendre la nature de ses déplacements à l’étranger.
Dates de départ et de retour, durée des séjours, destinations, lieux d’hébergement, fréquentations, communications et éventuels contacts récurrents : rien n’est laissé de côté. Cette démarche vise notamment à déterminer si certains noms, lieux ou habitudes observés au cours des mois précédents peuvent trouver un écho dans les éléments recueillis depuis juillet. À ce stade, ces vérifications restent des pistes d’enquête.
Pourquoi le skipper concentre l’attention
Dans une affaire où le volet maritime constitue une pièce essentielle du puzzle, le profil de Ravindra Chimajee présente un intérêt évident pour les enquêteurs. Le speedboat retrouvé au Morne est devenu l’un des éléments matériels importants du dossier, et la police cherche à comprendre l’environnement des personnes disposant d’une connaissance des embarcations, des itinéraires maritimes et des conditions de navigation entre les îles de la région. C’est le croisement des données déplacements, téléphonie, témoignages, éléments matériels et informations obtenues grâce à la coopération régionale qui pourrait permettre de faire émerger d’éventuelles connexions.
Madagascar : un séjour d’environ un mois passé à la loupe
Un déplacement effectué à Madagascar en février 2025 intéresse notamment les enquêteurs. Selon les informations examinées, Chimajee y aurait effectué un séjour relativement long, de l’ordre d’un mois.La durée de ce déplacement interpelle et conduit les enquêteurs à chercher à en comprendre précisément les circonstances : motif du voyage, endroits fréquentés, hébergement et personnes rencontrées.
Les enquêteurs chercheraient plutôt à déterminer si des personnes rencontrées ou contactées à cette période réapparaissent ailleurs dans leurs investigations.
C’est cette éventuelle répétition de noms et de contacts qui pourrait donner une autre dimension aux recherches.
Plusieurs déplacements à La Réunion en 2025
Les séjours effectués à La Réunion au cours de l’année 2025 constituent un autre axe particulièrement sensible. Avec la dimension réunionnaise prise par l’affaire de juillet 2026, ces déplacements antérieurs prennent aujourd’hui une importance nouvelle pour les enquêteurs. Ils cherchent à établir avec précision les dates des voyages, leur durée et, surtout, l’environnement relationnel du skipper pendant ses passages dans l’île sœur. Où séjournait-il ? Qui rencontrait-il régulièrement ? Avec quelles personnes était-il en contact avant, pendant ou après ses voyages ? Autant de questions auxquelles les enquêteurs tentent désormais de répondre avec le concours des autorités réunionnaises.
Une piste autour d’un certain « Frederick »
C’est justement du côté réunionnais que pourrait se trouver l’une des pistes actuellement explorées. Selon des informations recueillies autour de l’enquête, un homme prénommé « Frederick » intéresserait les investigations menées à La Réunion. Nous avons volontairement choisi de ne pas publier davantage d’éléments permettant son identification afin de ne pas interférer avec les investigations en cours. À ce stade, il serait prématuré de lui attribuer un rôle précis ou de présenter son éventuelle relation avec les personnes visées à Maurice comme établie. Son nom constituerait cependant une piste que les enquêteurs réunionnais chercheraient à approfondir. Le travail effectué dans l’île sœur pourrait ainsi s’avérer déterminant. Les enquêteurs réunionnais tentent de remonter l’environnement susceptible d’avoir gravité autour de la cargaison interceptée et d’identifier d’éventuels contacts, intermédiaires ou fournisseurs si l’hypothèse d’un réseau organisé venait à être confortée. Dans ce contexte, les éventuelles relations réunionnaises de Ravindra Chimajee sont naturellement examinées.
Près de 120 jours en Afrique du Sud : une longue absence qui intrigue
Une autre période attire fortement l’attention : le séjour de Ravindra Chimajee en Afrique du Sud entre décembre 2025 et avril 2026. Près de quatre mois, soit environ 120 jours. C’est avant tout la durée de cette absence qui conduit les enquêteurs à vouloir reconstituer précisément son itinéraire et les raisons de ce séjour. Ils cherchent notamment à savoir où il résidait, quels déplacements il aurait effectués sur place et avec qui il aurait entretenu des contacts. L’Afrique du Sud étant également confrontée à l’activité de réseaux criminels transnationaux et de trafic de stupéfiants, les enquêteurs ne veulent écarter aucune hypothèse. Ce sont d’éventuelles concordances avec d’autres éléments du dossier qui pourraient donner une pertinence policière à cette période.
Les mêmes noms apparaissent-ils à différentes périodes ?
C’est peut-être là que se trouve l’une des clés de cette nouvelle phase de l’enquête.
La police ne cherche plus seulement à savoir où Ravindra Chimajee s’est rendu, mais surtout qui se trouvait dans son environnement au cours de ces différents déplacements. Les enquêteurs tentent ainsi de déterminer si certains noms apparaissent à plusieurs reprises : Madagascar, La Réunion, Afrique du Sud, puis éventuellement autour des événements de juillet 2026. Les données téléphoniques et autres éléments légalement accessibles dans le cadre de l’enquête pourraient également être confrontés aux informations recueillies à l’étranger. Plusieurs contacts récurrents, associés à des déplacements ou à des événements précis, peuvent en revanche devenir une piste à approfondir. C’est précisément ce travail de recoupement qui est désormais engagé. Les policiers ne regardent plus seulement les quelques jours entourant l’opération de juillet : ils remontent le temps, reconstruisent les déplacements et cherchent les connexions. Et dans ce travail minutieux, Ravindra Chimajee apparaît désormais comme l’un des personnages dont le parcours est examiné avec une attention toute particulière.
Chimajee et Govind en détention : la police remonte leurs liens et ressort l’épisode troublant de 2012
Pour l’heure, Ravindra Chimajee demeure en détention policière dans le cadre de l’enquête sur la tentative présumée d’importation de cannabis entre La Réunion et Maurice. Il fait face à une accusation provisoire liée à cette affaire. Les policiers s’intéressent également de très près aux liens entre Ravindra Chimajee et Goolshan Govind. Ce dernier est lui aussi maintenu en détention dans le cadre de l’enquête. Les enquêteurs tentent désormais de reconstituer leur environnement relationnel, leurs déplacements et surtout la nature de leurs contacts au fil des années.
Dans ce contexte, un épisode remontant à 2012 attire de nouveau l’attention des enquêteurs. Cette année-là, Goolshan Govind et Ravindra Chimajee avaient été secourus par la National Coast Guard (NCG) après avoir été retrouvés à bord d’un hors-bord en dérive au large des côtes mauriciennes. Selon les informations disponibles, l’embarcation aurait vraisemblablement effectué une traversée depuis La Réunion avant de se retrouver en difficulté en mer.À l’époque, cet incident n’avait débouché sur aucune poursuite liée à un trafic de stupéfiants. Quatorze ans plus tard, il est néanmoins réexaminé dans un contexte radicalement différent.
L’enquête ne se limite toutefois plus au seul volet antidrogue. Parallèlement aux investigations menées par l’ADSU, la Financial Crimes Commission (FCC) procède à ses propres vérifications. Le Premier ministre a confirmé que la FCC examine notamment les avoirs de la famille Govind ainsi que toute éventuelle question relative à une richesse inexpliquée. La Declaration of Assets Unit effectue, de son côté, des vérifications concernant les déclarations patrimoniales. Interrogé sur la possibilité que les investigations soient étendues au financement des campagnes électorales ou à d’éventuelles infractions de blanchiment d’argent, le Premier ministre a toutefois précisé qu’une telle décision relève exclusivement des prérogatives de la FCC.

