Neelkanth Dulloo : « On rénove trop souvent l’ancien système au lieu de le réinventer »

ByRédaction

August 24, 2026

 

Il ne garde pas sa langue dans sa poche. Depuis quelque temps, il multiplie les prises de parole et les interviews. Plateformes digitales, radios, médias traditionnels : il saisit presque toutes les occasions pour défendre ses idées, expliquer sa vision et, surtout, occuper le terrain médiatique. Dans l’univers politique et institutionnel, rien n’est jamais totalement anodin. 

La hausse du prix des carburants est-elle, selon vous, le symptôme d’un problème beaucoup plus profond ?

Bien sûr. Il est malheureux qu’il y ait une hausse, mais ce qui est encore plus choquant, c’est que pendant les vingt dernières années, nos décideurs n’ont pas suffisamment réalisé que l’avenir du pays dépend lourdement des énergies renouvelables, particulièrement du solaire. Nous avons perdu un temps considérable.

Aujourd’hui, nous sommes encore dépendants d’un système énergétique qui nous expose aux fluctuations internationales. La vraie question est donc de savoir pourquoi nous n’avons pas préparé le pays plus tôt et pourquoi nous n’avons pas investi massivement dans le solaire.

Vous estimez donc que nous avons raté le virage énergétique ?

Oui. Et le plus triste, c’est qu’il y a encore des gens qui semblent ne pas comprendre à quel point le monde est en train de changer. Regardez les voitures électriques et l’évolution des technologies. À terme, l’industrie traditionnelle du carburant sera profondément transformée.

Maurice doit anticiper au lieu de toujours réagir après coup. Si j’étais Premier ministre, je ferais de la transition énergétique une priorité nationale. L’augmentation du prix des carburants ne devrait pas être une fatalité pour les familles. Nous devons donner aux citoyens de véritables alternatives.

« Une Freedom of Information Act donnerait aux citoyens le droit de savoir et d’exiger plus de transparence  »

Vous soupçonnez aussi des résistances au développement du solaire. Sur quoi vous fondez-vous ?

Je constate simplement qu’il existe des intérêts économiques considérables derrière l’énergie et le carburant. Je ne veux pas lancer d’accusations sans preuves, mais le citoyen est en droit de savoir qui influence les décisions, quels intérêts sont en jeu et quelles stratégies sont réellement envisagées.

Le problème, c’est que nous manquons encore de transparence. Une véritable Freedom of Information Act permettrait justement aux citoyens d’obtenir davantage de réponses et de comprendre comment certaines décisions sont prises.

Vous êtes également très dur sur le financement politique. Est-ce un système suffisamment transparent ?

Pour moi, c’est une question fondamentale. Il existe des personnes qui disposent de moyens financiers importants et qui peuvent soutenir des campagnes ou des candidats. Nous devons savoir clairement qui finance quoi.

Nos institutions de contrôle doivent pouvoir agir sans peur ni pression. Si la loi est insuffisante, il faut la changer. Les grands congrès et meetings politiques coûtent de l’argent. Le public a donc le droit de connaître l’origine de cet argent. Une démocratie ne peut pas fonctionner correctement si le financement politique reste dans une zone grise.

Vous êtes membre du Parti travailliste, mais cela ne vous empêche pas d’être critique envers le gouvernement actuel ?

Pour moi, le problème est le manque de vision. Gouverner, ce n’est pas simplement repeindre l’ancien bâtiment. Il faut parfois démolir ce qui ne fonctionne plus et construire quelque chose de nouveau.

J’ai l’impression qu’on essaie trop souvent de rénover l’ancien système au lieu de le réinventer. Maurice a besoin d’un nouveau modèle de développement. Après deux années de mandat, je me pose une question très simple : quel est le véritable bilan ? Et si nous attendons encore deux années, qu’est-ce qui garantit que ce bilan sera différent ? Il faut des résultats, pas seulement des annonces.

« On ne peut pas tout libéraliser et laisser ensuite le citoyen se débrouiller seul »

….Mais faut-il pour autant tout peindre en noir ?

Le ministère du Commerce doit être beaucoup plus agressif dans la protection du consommateur. Il faut savoir combien coûtent les produits essentiels et pourquoi les prix augmentent. On ne peut pas tout libéraliser et ensuite demander au citoyen de se débrouiller. Quand les prix explosent et que personne ne semble pouvoir expliquer pourquoi, le citoyen a le sentiment d’être abandonné.

Notre système de santé fait l’objet de nombreuses critiques, y compris au plus haut niveau du gouvernement. Selon vous, où se situe réellement le problème ?

La santé est trop importante pour être gérée comme un simple département administratif. Je veux voir nos hôpitaux publics devenir de véritables concurrents des cliniques privées en matière de qualité, d’équipements et de services. Pourquoi une personne devrait-elle penser qu’elle sera mieux prise en charge dans une clinique que dans un hôpital public ?

S’il faut recruter des spécialistes en Inde, à Cuba ou ailleurs, faisons-le. Le seul critère doit être la compétence. Il est inadmissible qu’un patient puisse souffrir parce qu’un médicament ou un traitement n’est pas disponible.

« Il ne faut pas se voiler la face : le renouvellement doit être au cœur du Parti travailliste  »

Et quel regard portez-vous sur la manière dont les grandes formations politiques fonctionnent aujourd’hui ?

Plusieurs partis ressemblent aujourd’hui davantage à des clubs de supporters qu’à de véritables organisations politiques. La politique ne doit pas être un fan-club. Elle doit être un espace de débat, d’idées et de renouvellement.

Je salue Paul Bérenger pour avoir dirigé le MMM pendant de nombreuses années et pour avoir ensuite créé le FMP. Les autres partis devraient également accepter le principe du renouvellement.

Regardez l’Angleterre : les dirigeants sont choisis à travers des mécanismes démocratiques internes. Maurice doit évoluer. On ne peut pas toujours décider dans une petite réunion qui dirigera le parti et demander ensuite aux militants de suivre.

Et le Parti travailliste ?

Je pose une question simple : quelle est encore aujourd’hui la place réelle du Parti travailliste dans la société, dans la bureaucratie, dans l’administration et sur le terrain ? Les partis traditionnels doivent se poser des questions difficiles. La politique est appelée à changer. Ceux qui refusent le renouvellement risquent simplement d’être dépassés par l’histoire.

Est-ce à dire que, sans un profond renouvellement, le Parti travailliste risque lui aussi d’être dépassé par cette nouvelle réalité?

Une grande histoire politique ne suffit pas à garantir un avenir politique. Il faut aujourd’hui se demander ce que le parti propose réellement, quelle vision il porte pour les dix ou vingt prochaines années. Un parti politique ne peut pas vivre uniquement sur son passé, ses symboles ou son héritage. S’il veut redevenir une véritable force nationale, il doit retrouver le terrain, écouter les citoyens, accepter la contradiction et permettre à de nouvelles compétences d’émerger. Le véritable défi du Parti travailliste est donc celui du renouvellement. Il ne s’agit pas simplement de changer quelques visages, mais de changer une culture politique. 

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