Industrie sucrière : « L’avenir passe par la compétitivité, la diversification et la création de valeur », selon Devesh Dukhira

ByRédaction

August 24, 2026

Entre l’érosion des revenus, la hausse des coûts, le manque de main-d’œuvre et les difficultés liées à l’eau, la filière cannière se retrouve à un tournant décisif. Face à une conjoncture internationale moins favorable, Devesh Dukhira, CEO du Mauritius Sugar Syndicate (MSS), trace la voie à suivre : renforcer la compétitivité, conquérir les marchés les plus rémunérateurs . 

La récolte 2025 marque un changement de décor pour les producteurs. Après plusieurs années portées par des cours favorables, le prix ex-Syndicat recule de Rs 27 478 à Rs 24 095 la tonne. Une baisse qui reflète surtout l’évolution du marché mondial : en juillet 2025, le sucre blanc valait environ 475 dollars la tonne, contre 550 dollars un an plus tôt. En Europe également, les prix ont nettement diminué, passant en moyenne de 775 à 534 euros la tonne.

Dans le même temps, le retour du Global Cess, estimé à Rs 220 millions, réduit davantage les recettes distribuées. Pour Devesh Dukhira, cette contribution doit toutefois être replacée dans une perspective de long terme : elle permet de financer la recherche, de nouvelles variétés de canne et plusieurs services agricoles. Des investissements jugés nécessaires pour améliorer les rendements et renforcer la compétitivité de la filière.

Au-delà du prix du sucre

Le CEO du MSS rappelle également que le prix ex-Syndicat ne représente pas la totalité des revenus générés par la canne. En intégrant notamment les recettes provenant de la bagasse et de la mélasse, les planteurs devraient percevoir environ Rs 29 608 par tonne de sucre produite. Un mécanisme de protection existe également pour les petits planteurs produisant moins de 60 tonnes. Pour cette catégorie, l’État garantit un paiement de Rs 35 000 par tonne. Une mesure destinée à amortir les conséquences de la volatilité des marchés. Mais ces soutiens ne peuvent, à eux seuls, résoudre les difficultés structurelles de l’industrie. Pour Devesh Dukhira, la réponse passe nécessairement par une amélioration de la compétitivité et par une meilleure valorisation de la production.

Les sucres spéciaux au cœur de la stratégie

Depuis la disparition de l’ancien système de prix garantis du Protocole Sucre, le MSS a progressivement élargi ses marchés. Aujourd’hui, les sucres spéciaux sont commercialisés dans une soixantaine de pays, tandis que le sucre raffiné peut être destiné à plusieurs marchés, notamment européens, chinois et régionaux.

L’objectif n’est cependant pas de multiplier les destinations à tout prix. Il s’agit surtout de cibler les marchés offrant les meilleures recettes et de tirer profit de la réputation de qualité dont bénéficie le sucre produit localement. 

Les sucres spéciaux constituent à cet égard un atout majeur. Pour la récolte 2025, ils représentent environ 60 % de la production totale, soit près de 132 000 tonnes. Ces produits à plus forte valeur ajoutée permettent de mieux se démarquer sur un marché mondial où le sucre conventionnel reste extrêmement exposé aux fluctuations des cours. La concurrence augmente cependant sur ce créneau. L’Eswatini et certains pays d’Amérique centrale développent eux aussi leur présence sur le marché des sucres spéciaux. Conserver un avantage nécessitera donc de continuer à investir dans la qualité, l’innovation et la régularité de l’approvisionnement.

Le défi des 250 000 tonnes

Le gouvernement souhaite porter la production à 250 000 tonnes de sucre par an au cours des trois prochaines années. Une augmentation des volumes pourrait permettre de réaliser des économies d’échelle, de réduire certains coûts unitaires et de répondre plus efficacement aux besoins des marchés internationaux. Cette ambition se heurte cependant à une réalité préoccupante : la diminution progressive des superficies consacrées à la culture de la canne. À cela s’ajoute la baisse des rendements observée dans certaines zones. Pour les petits planteurs, le regroupement pourrait constituer une partie de la solution. Mutualiser les équipements, la main-d’œuvre et certaines opérations agricoles permettrait de diminuer les coûts et d’améliorer la productivité. Face à des exploitations de petite taille, cette approche pourrait permettre de conserver davantage de terres sous culture.

Main-d’œuvre et eau : deux urgences

Le manque de main-d’œuvre constitue une autre difficulté majeure. Les autorités travaillent notamment sur le recours à des travailleurs étrangers pour répondre aux besoins du secteur. Sans effectifs suffisants pour assurer les travaux dans les champs et les opérations liées à la récolte, toute stratégie d’augmentation de la production risque en effet d’être compromise.

L’accès à l’eau devient tout aussi déterminant. Le déficit hydrique et l’insuffisance de l’irrigation affectent directement les rendements dans plusieurs régions. Pour Devesh Dukhira, des possibilités existent pour améliorer la captation des ressources disponibles, notamment au niveau des rivières, tout en respectant les autres besoins prioritaires. Dans un environnement marqué par les effets du changement climatique, la gestion de l’eau devra désormais faire partie intégrante de toute réflexion sur l’avenir de la filière.

Pour Devesh Dukhir, il ne s’agit plus seulement de produire davantage, mais de produire mieux, tout en privilégiant les marchés les plus rémunérateurs. Face aux défis actuels, diversification, innovation et maîtrise des coûts seront déterminantes pour assurer la pérennité de l’industrie sucrière.

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