Critiqué après avoir pris publiquement la défense des habitants confrontés à la crise de l’eau, le leader des Nouveaux Démocrates refuse de se laisser dicter sa conduite par son appartenance à la majorité. Blessé par les attaques de Patrick Assirvaden et de Shyam Thanoo, il revendique son indépendance politique et défend une autre conception du pouvoir : un député doit pouvoir critiquer son propre gouvernement sans nécessairement rejoindre l’opposition.
Kushal Lobine n’a visiblement pas l’intention de rentrer dans le rang. Cette semaine, la prise de position du député de la circonscription no 15 (La Caverne–Phoenix) sur la gestion de la crise de l’eau a provoqué des remous au sein de la majorité. En relayant la colère des habitants privés d’eau et en réclamant des solutions urgentes à la Central Water Authority (CWA), le leader des Nouveaux Démocrates s’est attiré les critiques du ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, ainsi que du directeur général de la CWA, Shyam Thanoo.
Certains y ont vu un agenda politique, voire une tentative délibérée d’attiser les tensions. Des accusations que Kushal Lobine juge injustifiées. Dans une déclaration au Journal du Dimanche, il ne cache ni sa déception ni son irritation face à ces attaques. « Mo pa ti la pou fer demagogie. Bann mandan in vinn get mwa, zot in racont zot doléance ek zot problème, ki enn problème bien grav. An tan ki député de la sirkonskripsion, li ti mo devoir fer le nécessaire, fer pas le message », explique-t-il.
Pour lui, ces réactions traduisent surtout une difficulté à accepter la critique et à regarder la réalité en face. Il estime également que sa présence sur le terrain et sa popularité grandissante pourraient expliquer le malaise de certains. Mais il balaie toute idée d’agenda caché : son seul agenda, assure-t-il, reste celui de la population.
« Je réglerai cela au Parlement »
Le dossier de l’eau est loin d’être clos. Après les récentes déclarations à son sujet, Kushal Lobine entend revenir sur la gestion du secteur au Parlement et interroger les responsabilités des acteurs concernés. Il affirme connaître ce dossier sur le bout des doigts, ayant présidé le conseil d’administration de la Wastewater Management Authority (WMA) en 2011. Il compte principalement s’intéresser au cas de Shyam Thanoo, le député soulignant ne pas avoir digéré l’attitude de ce dernier à son égard.
Pour autant, il ne voit pas son avenir politique dans les rangs de l’opposition. « Partir dans l’opposition ne changera rien », soutient-il. Il précise que même le départ de quinze députés du camp gouvernemental ne produirait pas nécessairement le changement recherché. L’essentiel est ailleurs : dans la capacité d’un élu à défendre ses convictions et à peser sur les décisions, sans être réduit au rôle de soutien systématique de l’exécutif.
Une autre conception du pouvoir
Cette position résume la ligne que le leader des Nouveaux Démocrates entend défendre au sein de la majorité. Il revendique une autonomie politique pour sa formation, tout en affirmant vouloir exercer pleinement son mandat de député au sein de la majorité gouvernementale. Il soutient que, pour l’instant, son objectif reste l’application du programme établi par l’alliance au pouvoir, notamment pour apporter une transformation systémique à travers les réformes électorales et constitutionnelles, ainsi que davantage de soulagement à la population.
S’il estime être parfois critiqué pour ses prises de position, à ses yeux, c’est le modèle politique qui doit évoluer vers une démocratie plus participative, dans laquelle les députés pourraient exercer pleinement leurs prérogatives. Il critique d’ailleurs ce qu’il considère comme une interprétation excessive du modèle de Westminster, qui conduirait les élus de la majorité à suivre systématiquement les décisions du gouvernement.
Dans cette lancée, il soutient qu’un politicien ne doit pas nécessairement être dans l’opposition pour critiquer. Il rappelle ses prises de position contre le maintien du poste de junior minister, contre l’augmentation du prix des carburants et contre toute remise en cause de la pension nationale. Il cite également le recul du gouvernement sur le means testingcomme un exemple de l’importance de faire entendre les préoccupations de la population. « Si tou politiciens ress bann yes men, pays pa pou avanse », résume-t-il.
Kushal Lobine plaide d’ailleurs pour un nouveau modèle économique, davantage de pluralisme au Parlement et une transformation des structures politiques traditionnelles. Selon lui, les députés doivent pouvoir recadrer le chef du gouvernement lorsque le besoin s’en fait sentir.
Dans cette lancée, il insiste aussi sur la nécessité de préserver l’humilité dans l’exercice du pouvoir, dénonçant les responsables qui, selon lui, adoptent un double langage ou deviennent arrogants une fois aux commandes. Il rappelle que ceux qui sombrent dans cette faiblesse finissent toujours par faire face au verdict du peuple.
La pensée fabienne comme boussole
Il soutient que cette conception de l’engagement politique s’enracine dans son parcours universitaire en Angleterre. Son engagement auprès des Young Fabians à Londres, puis sa participation aux réflexions de la Fabian Society, ont nourri sa vision d’une transformation de la société par des réformes démocratiques progressives, avec la justice sociale comme principe directeur, dit-il.
Cette tradition intellectuelle défend l’idée que le changement peut s’opérer par l’évolution des institutions et des politiques publiques, plutôt que par une rupture systématique. Elle rejoint la conviction de Kushal Lobine selon laquelle la politique doit améliorer concrètement les conditions de vie, réduire les inégalités et garantir l’accès aux services essentiels.
Son admiration pour Tony Benn et Jeremy Corbyn traduit aussi son attachement à une politique de conviction, de solidarité et de proximité avec les citoyens. Il voit aujourd’hui en Andy Burnham une figure prometteuse pour l’avenir du Parti travailliste britannique, capable, selon lui, de relier l’ambition sociale aux réalités quotidiennes.

