Affaire Ravatomanga : la justice redoute la fuite et les manipulations, il restera en prison jusqu’au 12 janvier

ByRédaction

January 5, 2026

Le temps des fêtes s’est écoulé derrière les barreaux pour Maminiania, dit Mamy, Ravatomanga. L’homme d’affaires malgache demeurera en détention au moins jusqu’au 12 janvier 2026, date à laquelle il devra à nouveau comparaître devant la justice mauricienne. La Bail and Remand Court (BRC) a rejeté sa demande de remise en liberté sous caution, estimant que les risques liés à son élargissement restent trop élevés à ce stade de l’enquête.

Dans un ruling rendu le 30 décembre 2025, la magistrate Karuna Dwarka-Davay a tranché en faveur du maintien en détention, concluant que la nécessité de garder le prévenu sous les verrous l’emporte, pour l’heure, sur son droit à la liberté. Une décision qui intervient après des débats nourris tenus le 24 décembre, au cours desquels la Financial Crimes Commission (FCC) s’est vigoureusement opposée à toute libération conditionnelle.

Trois accusations provisoires lourdes de conséquences

Mamy Ravatomanga fait actuellement face à trois accusations provisoires devant le tribunal de Port-Louis : deux pour blanchiment d’argent et une troisième pour entente délictueuse. Cette dernière accusation repose sur un accord présumé conclu le 14 octobre 2025 avec plusieurs protagonistes, dont David Jean Christian Thomas, Nasser Osman Beekhy et Me Junaid Haroon Fakim, ancien commissaire de la FCC. Les enquêteurs soupçonnent une tentative de trafic d’influence en lien avec une enquête alors en cours au sein de la Commission.

Les éléments soumis à la cour incluent notamment des données extraites d’un téléphone portable, évoquant une rencontre entre l’homme d’affaires malgache et l’ex-haut responsable de la FCC. Des messages laisseraient entendre que Mamy Ravatomanga aurait demandé à des proches de se débarrasser d’un appareil téléphonique, un point que la BRC a jugé préoccupant dans l’analyse du risque d’entrave à la justice.

Une opposition ferme de la FCC

La FCC a fondé son objection à la libération sous caution sur plusieurs facteurs : le risque réel de fuite, la possibilité d’interférences avec des témoins clés et la crainte de destruction ou de falsification d’éléments de preuve. La cour a estimé que même l’imposition de conditions particulièrement strictes ne suffirait pas à neutraliser ces risques.

Lors des audiences, le Chief Investigator Khemraj Jokhoo a rappelé que l’enquête a été déclenchée à la suite de l’atterrissage, le 12 octobre 2025, d’un jet privé à Maurice. À bord se trouvaient notamment l’ancien Premier ministre malgache Christian Louis Ntsay, Mamy Ravatomanga ainsi que des membres de sa famille, un épisode qui a attiré l’attention des autorités mauriciennes.

Coopérations internationales et preuves jugées substantielles

La BRC a également retenu que l’enquête bénéficie d’un volume conséquent de documents obtenus dans le cadre de collaborations informelles avec des autorités étrangères, notamment en France et aux États-Unis, y compris le FBI. Ces éléments viennent étayer ce que la cour qualifie de preuves incriminantes « d’une nature solide », reposant sur plusieurs délits sous-jacents présumés servant de fondement aux accusations de blanchiment.

Parmi les éléments pris en compte figurent également la situation patrimoniale du prévenu. La cour note l’absence de biens immobiliers à Maurice, l’existence d’avoirs et de comptes bancaires à l’étranger, des ressources financières importantes, ainsi que des liens avec Transocean Airway, une entité disposant de plusieurs jets privés. Autant de facteurs qui renforcent, selon la magistrate, un risque de fuite jugé « réel et plausible ».

Un principe rappelé, mais une détention maintenue

Tout en rappelant que la liberté sous caution demeure la règle et la détention préventive l’exception, la BRC a estimé qu’un équilibre devait être trouvé en faveur de la protection de l’enquête. La cour a toutefois exhorté les autorités à faire preuve de diligence afin que la procédure progresse rapidement et qu’un procès puisse se tenir dans les meilleurs délais.

Les soupçons de blanchiment reposent sur plusieurs affaires distinctes, parmi lesquelles la vente présumée de cinq Boeing 777 à l’Iran en violation de sanctions internationales, des irrégularités dans l’exportation de litchis, un dossier de trafic de bois de rose relancé après la saisie de conteneurs, ainsi que l’importation de blé à Madagascar via une société enregistrée aux Seychelles, avec de possibles avantages fiscaux obtenus par influence.

Demande de révision de la décision devant la Cour suprême

Du côté de la défense, la décision de la BRC passe mal. Me Khushal Lobine, l’un des avocats de Mamy Ravatomanga, s’est dit insatisfait du ruling, estimant que certains éléments n’ont pas été suffisamment pris en compte, notamment l’état de santé de son client et le fait que d’autres protagonistes de l’affaire ont obtenu la liberté sous caution. Une demande de révision de la décision devant la Cour suprême est désormais envisagée.