- La position du Premier ministre cruciale pour le maintien de l’Alliance
Un pas en avant, deux pas en arrière. Depuis plusieurs semaines, Paul Bérenger donne l’impression de gouverner sur une ligne de crête. Deux mois après avoir publiquement assuré qu’il demeurerait au sein de l’Alliance du Changement, le Premier ministre adjoint semble aujourd’hui reconsidérer sa position. Selon des sources concordantes, il aurait confié vendredi qu’il participerait à son dernier Conseil des ministres, une annonce qui a aussitôt provoqué une onde de choc au sommet de l’État.
Cette déclaration intervient après une rencontre jugée tendue avec le chef du gouvernement, au cours de laquelle le leader des Mauves aurait exprimé son « mécontentement » face au fonctionnement du fameux « Club de Cinq » au PMO ainsi qu’à la gestion de dossiers sensibles comme Air Mauritius et l’Economic Development Board. Il aurait même posé un ultimatum au Premier ministre, pourtant peu réceptif aux pressions. Officiellement, Paul Bérenger parle désormais d’un « plan de sauvetage pour l’Alliance du Changement ». En coulisses, beaucoup y voient surtout l’ouverture d’un nouveau bras de fer politique.
Quand l’opposition s’installe au cœur du pouvoir
Le malaise n’est pas nouveau. Le drame de Paul Bérenger est qu’il continue d’incarner une opposition… depuis l’intérieur même du gouvernement. Une posture qui fragilise profondément la cohésion de l’Alliance. Samedi encore, sa fameuse « shopping list » a circulé dans les couloirs du pouvoir. Une liste lourde de symboles : Daneshwar Damry, Junior Minister aux Finances ; Rampersad Sooroojbally et Dev Jokhoo, respectivement Commissaire de police et des prisons ; Dass Thomas et Dhiren Dabee d’Air Mauritius ; sans oublier le CEO de l’Economic Development Board.
Dans le camp travailliste, ces exigences sont perçues comme une ingérence directe, qualifiée sans détour d’« à la Donald Trump ». Pour eux, il est hors de question de céder sur des dossiers qui relèvent de leurs ministères. Cette divergence de fond alimente une tension permanente, où chaque Conseil des ministres devient un champ de bataille politique.
Une fracture politique de plus en plus visible
Les secousses de novembre dernier n’ont jamais été vraiment absorbées. La trêve des fêtes de fin d’année n’a offert qu’un court répit. Paul Bérenger a mis ce temps à profit pour affiner sa stratégie et régler ses comptes avec ceux qui, selon lui, ont entravé son action. Avant la fin de l’année, il s’était emporté contre les ministres Ajay Gunness et Joyti Jeetun, aujourd’hui considérés comme des piliers possibles d’un gouvernement sans le MMM.
Ils pourraient être rejoints par Aadil Ameer Meea, Tony Apollon, Veda Baloomoody et Arianne Navarre-Marie. Rajesh Bhagwan, fidèle parmi les fidèles, suivrait Paul Bérenger. Pendant ce temps, Reza Uteem, Deven Nagalingum et quelques autres hésitent encore, leurs convictions politiques oscillant entre loyauté, pragmatisme et instinct de survie.
Le facteur Joanna : l’héritage et l’avenir
Derrière cette crise institutionnelle se profile une question plus intime, mais tout aussi explosive : celle de Joanna Bérenger. Au MMM, les murmures sont persistants. Beaucoup estiment que Paul Bérenger cherche désormais à préparer la carrière politique de sa fille. « Bérenger pé guette zis so tifille », entend-on de plus en plus souvent dans les rangs mauves.
Effacée dans l’action gouvernementale et encore en quête de véritable stature politique, Joanna pourrait pourtant devenir la future leader de l’Opposition si la faction fidèle à son père bascule dans l’autre camp de l’hémicycle. Avec deux mandats déjà à son actif, elle bénéficie d’une sécurité politique rare et peut envisager son avenir avec sérénité et audace.
Lors de la fête de fin d’année à Vacoas, elle avait donné un avant-goût de ses ambitions. La jeune Junior Minister y avait rappelé que le vrai militant ne se définit ni par un poste, ni par un maroquin, ni par l’argent, mais par sa fidélité à ses principes : « Nou pou bizin fer face ek encore buku tempête, mais c’est nou principe ki pou empêche nou latet baisser. »
Paul Bérenger évoque ouvertement son possible départ du Conseil des ministres
À l’issue du Comité central du Mouvement militant mauricien (MMM), tenu hier à la salle municipale du conseil de Beau-Bassin/Rose-Hill, Paul Bérenger est revenu sur les rumeurs qui circulent depuis la veille concernant son avenir au sein du gouvernement. Le leader des Mauves a tenu à démentir avoir déclaré qu’il s’agissait de sa dernière participation au Conseil des ministres.
Il a toutefois reconnu qu’une éventuelle sortie du gouvernement demeure une possibilité.
« Mo pann dir ki yer ti mo dernier Conseil des ministres. Mais li vrai ki ena posibilite ki mo nepli dan Conseil des ministres », a-t-il déclaré.
Paul Bérenger a indiqué avoir soumis une série de propositions au Premier ministre, Navin Ramgoolam. Il précise avoir également partagé ces propositions avec la direction du MMM. Selon lui, cette démarche vise à permettre à « l’Alliance du Changement d’aller de l’avant », dans « l’intérêt du pays et non du parti ».
« La direction est au courant, dans le détail, des propositions faites au Premier ministre. Toutefois, par respect pour le Chef du gouvernement et la démocratie gouvernementale, nous ne souhaitons pas les dévoiler, même au sein du Comité central », a-t-il souligné.
Le leader du MMM a tenu à préciser qu’il n’entend ni bousculer le Premier ministre ni donner l’impression d’exercer une quelconque pression politique.
« Qu’il prenne son temps, et ensuite nous aurons davantage de liberté pour en discuter », a-t-il ajouté. Paul Bérenger a enfin exprimé l’espoir que ses propositions ainsi que les suggestions formulées puissent aboutir à une relance de la coalition au pouvoir. « Je souhaite que l’alliance gouvernementale prenne un nouveau départ », a-t-il conclu.

