Construction : entre coût initial et coût réel, les prix ont bondi de plus de 45 %

ByRédaction

July 22, 2026

Le secteur de la construction reste l’un des plus dynamiques de l’économie mauricienne. Mais construire coûte de plus en plus cher : selon le Construction Price Index, les coûts ont augmenté de 45 % depuis 2018. Une réalité qui renchérit les logements et les projets d’infrastructure. Pour Shashi Ragnath, Professional Quantity Surveyor chez Ascend Consulting Ltd, l’enjeu est désormais de construire plus intelligemment afin d’optimiser chaque investissement.

Si vous envisagez un projet de construction, mieux vaut établir un budget réaliste dès le départ. Construire une maison coûte aujourd’hui nettement plus cher qu’il y a quelques années. Une habitation dont le coût de construction avoisinait Rs 4 millions peut désormais nécessiter entre Rs 5,5 millions et Rs 6 millions, sans compter le prix du terrain, les honoraires des professionnels, les murs de clôture, les aménagements extérieurs, les raccordements aux différents réseaux et les frais de financement.

Cette augmentation s’explique par la forte progression du Construction Price Index. Établi sur une base de 100 en 2018, l’indice est passé à 109 en 2021, 133 en 2023 puis 145 en 2025, soit une hausse cumulée de 45 % en sept ans. Les professionnels du secteur estiment que cette tendance devrait se poursuivre en 2026, sous l’effet de l’augmentation du coût des matériaux, du transport, de l’énergie, de la main-d’œuvre et des fluctuations des taux de change.

Plusieurs facteurs expliquent cette progression : la dépendance aux matériaux importés, l’augmentation du coût de la main-d’œuvre, du fret maritime, de l’énergie et du transport, ainsi que les fluctuations des taux de change. Dans ce contexte, des budgets établis plusieurs années auparavant peuvent rapidement devenir obsolètes.

Pour les ménages, l’impact est considérable. La hausse des coûts de construction rend l’accession à la propriété plus difficile, notamment pour les jeunes familles et les primo-accédants. Lorsque les prix augmentent plus rapidement que les revenus, l’écart entre les capacités financières des ménages et le coût réel d’un logement ne cesse de se creuser.

« Le problème ne concerne pas uniquement les entrepreneurs »

« Les coûts de construction sont souvent perçus comme un problème qui concerne uniquement les entrepreneurs, les promoteurs ou les consultants. En réalité, leurs conséquences touchent l’ensemble de la population. Elles se traduisent par une hausse du coût des logements, des loyers plus élevés, des retards dans la réalisation des infrastructures et une pression supplémentaire sur les finances publiques », explique Shashi Ragnath, Professional Quantity Surveyor chez Ascend Consulting Ltd.

Le secteur joue également un rôle essentiel dans l’économie nationale en soutenant l’emploi, l’activité économique et le développement des infrastructures. Lorsque les coûts augmentent ou que l’efficacité diminue, les conséquences dépassent largement le cadre des chantiers.

La pression s’est encore accentuée avec les récentes hausses du prix du carburant. Les ajustements intervenus en mars et en avril 2026, d’environ 10 % chacun, ont entraîné une hausse cumulée proche de 20 %. Pour un secteur fortement dépendant du transport routier, cette évolution se répercute directement sur l’acheminement des matériaux, le fonctionnement des équipements, la location des engins et le transport de la main-d’œuvre.

Des conséquences sur plusieurs  projets 

Les infrastructures publiques sont également exposées à ces augmentations. Routes, systèmes de drainage, écoles, hôpitaux, infrastructures sportives et équipements communautaires sont généralement planifiés sur la base de budgets établis plusieurs mois, voire plusieurs années, avant leur réalisation.

Lorsque les prix augmentent après l’attribution d’un contrat, plusieurs conséquences peuvent survenir : retards dans l’exécution des travaux, réduction de la portée des projets, modification des spécifications techniques ou encore demandes de financements supplémentaires. Au final, ces coûts additionnels sont supportés par l’État et, indirectement, par les contribuables. Mais pour Shashi Ragnath, la question centrale ne se limite pas à la hausse des prix.

« Le coût initial ne reflète pas toujours la valeur réelle d’un projet. »

« Le véritable défi est de savoir si nous construisons de manière suffisamment intelligente pour garantir une meilleure valeur à chaque roupie investie », souligne-t-il. Selon lui, les projets sont encore trop souvent évalués principalement sur la base du coût initial le plus bas. Or, cette approche peut s’avérer trompeuse. Une solution moins coûteuse au départ peut générer des dépenses beaucoup plus importantes à long terme.

Un système de toiture moins cher peut nécessiter un remplacement prématuré. Un système de drainage mal conçu peut accroître les risques d’inondation et les coûts d’entretien. De même, des matériaux ou des finitions de qualité inférieure peuvent entraîner des travaux de rénovation plus fréquents. « Le coût initial le plus bas ne signifie pas nécessairement la meilleure valeur sur le long terme », insiste le professionnel.

Dans ce contexte, le rôle des Quantity Surveyors et des Project Managers devient de plus en plus stratégique. Leur mission ne se limite plus à mesurer les quantités, estimer les coûts ou certifier les paiements. Ils interviennent également dans la planification budgétaire, le choix des stratégies d’approvisionnement, l’analyse du coût sur l’ensemble du cycle de vie d’un bâtiment, la gestion des risques et la recherche de solutions permettant d’optimiser les investissements.

L’objectif est de dépasser la simple logique du prix initial pour évaluer le coût global d’un projet sur plusieurs décennies. Une solution plus coûteuse au départ peut, dans certains cas, se révéler plus économique à long terme si elle nécessite moins d’entretien, consomme moins d’énergie et offre une durée de vie supérieure.