Il y a des explications qui éclairent une affaire, et d’autres qui l’assombrissent davantage. La missive d’Interface Tourism appartient clairement à la seconde catégorie. L’agence prend des gants, arrondit les angles, tente de calmer les eaux… mais finit par confirmer elle-même le cœur du problème. Oui, des billets Air Mauritius financés par la MTPA donc par les contribuables mauriciens ont servi aux voyages privés de la famille d’une responsable extérieure à Maurice. Et non, aucune justification crédible n’a été avancée.
Pendant des semaines, nous avons documenté les dérives entourant l’utilisation des fonds publics dans le cadre de la promotion touristique. Nous avons cité l’enquête du Parquet Financier à Paris, celle de la Financial Crimes Commission à Maurice, et les zones d’ombre qui s’accumulent autour de la MTPA. Dans sa lettre, Interface Tourism évite soigneusement d’y faire référence. Mais les faits, eux, ne disparaissent pas. Au contraire, la suite des investigations promet d’être explosive.
« Le plus choquant n’est pas que la famille Granat ait voyagé gratuitement : c’est qu’elle n’ait même pas eu besoin de le demander »
L’aveu est limpide : « à une occasion, des membres de la famille de Mme Manon Granat ont bénéficié de billets Air Mauritius offerts par la MTPA, sans qu’elle n’en soit à l’initiative, ni qu’elle ait sollicité, négocié ou conditionné cette attribution ». Voilà une couleuvre qu’on tente de nous faire avaler, mais qui reste coincée en travers de la gorge du public. Parce qu’il faut oser le dire : si Mme Granat n’est pour rien dans la demande, c’est encore plus grave. Cela signifie que des billets censés promouvoir Maurice ont été distribués sans contrôle, sans justification, et au bénéfice de proches dont personne n’explique la légitimité.
Les Mauriciens ne sont pas naïfs. Ils savent ce que signifie payer l’avion au prix fort. Ils savent ce que représente un aller-retour à Rs 70 000, Rs 100 000, parfois Rs 120 000. Et ils sont des milliers à rêver de pouvoir offrir un tel voyage à leurs enfants, à leurs parents, à leurs proches. Alors pourquoi, dans une République qui se veut exemplaire, l’État financerait-il les tickets de la famille de Mme Granat ? Pourquoi ces privilèges seraient-ils réservés à quelques-uns, pendant que la majorité peine à joindre les deux bouts ?
Ce n’est pas faire la promotion du tourisme. Ce n’est pas valoriser la destination Maurice. Ce n’est pas soutenir les staffs, les partenaires ou les acteurs du secteur ce qui, lui, peut être parfaitement défendable. Non. C’est simplement offrir un billet gratuit à « des mégenres de ta famille », comme disent de nombreux lecteurs indignés. Et cela, personne ne peut le justifier.
Quant à Savin Teeha, l’officier qui a procédé à la demande, il devra s’expliquer. Pourquoi ce « Family Shooting Trip France » apparaît-il sur un document officiel ? Quelles sont les retombées touristiques de ce voyage ? Qui a validé ? Au nom de quoi ? Le pays attend des réponses.
L’argent public appartient au peuple mauricien. Et il est de notre devoir de défendre ce principe, encore plus lorsque certains tentent de le contourner. La vérité n’est pas une menace. La vérité est un service public.

