ÉDITO – Money talks

ByRédaction

November 4, 2025

Il y a des semaines où la République semble n’avoir qu’un seul visage : celui de l’argent.
Pas celui qu’on gagne à la sueur du front, ni celui qui bâtit des entreprises ou nourrit des familles. Non ,celui qui corrompt, achète, infiltre et dévore tout. Celui qui parle plus fort que la loi, que la morale, et parfois même que la peur.

Ces derniers jours, le pays a vu tomber des noms qui font frémir : Maminiaina “Mamy” Ravatomanga, milliardaire malgache et conseiller d’un président étranger, arrêté à Maurice pour blanchiment ; Junaid Haroon Fakim, ex-commissaire de la FCC, rattrapé par des soupçons d’entente ; un dénonciateur qui aurait mis le feu à la poudrière ; et dans les coulisses, des avocats, politiciens et affairistes qui se renvoient la balle tout en jouant la même partition celle du pouvoir et de l’argent.

À écouter les rumeurs de couloirs et les confidences des bureaux feutrés, on croirait que tout se joue à coups de valises, de comptes offshores et de transferts discrets. L’île n’est plus seulement un paradis pour touristes : elle est devenue, à force de tolérance et d’hypocrisie, un terrain d’atterrissage pour fortunes douteuses. Et quand la Financial Crimes Commission, censée être le rempart de l’intégrité, voit son propre chef tomber, c’est toute l’architecture morale de l’État qui vacille.

L’argent ne dort jamais il achète le silence

Chaque scandale, qu’il vienne de la drogue, de la finance ou de la politique, finit par révéler la même mécanique : l’argent circule, mais la justice, elle, piétine.
Les enquêtes s’enlisent, les témoins disparaissent, les suspects deviennent consultants ou “personnes d’intérêt”. Et pendant ce temps, les citoyens, eux, regardent, incrédules, un système où tout s’achète : les consciences, les institutions, les carrières.

L’arrestation de Ravatomanga, le départ précipité du commissaire Fakim, les rumeurs autour d’un dénonciateur menacé tout cela raconte la même histoire : celle d’un pouvoir parasité par l’argent facile. Un argent qui s’infiltre dans les affaires publiques, qui séduit les élites, qui gangrène la politique. Derrière les sourires et les communiqués officiels, c’est une lutte silencieuse qui s’engage entre ceux qui veulent nettoyer le système et ceux qui veulent continuer à en profiter.

Heureusement, le Premier ministre l’a rappelé haut et fort à l’Assemblée nationale : « Nous ne sommes pas sous un régime du MSM ». Une phrase lourde de sens, dans un contexte où la transparence et la justice sont plus que jamais attendues. Car, sous d’autres gouvernements, certaines affaires n’auraient peut-être jamais éclaté. On n’aurait sans doute jamais entendu parler du fameux Mamy Ravatomanga, ni vu la FCC s’enliser dans ses propres contradictions. Cette déclaration, loin d’être anodine, marque une ligne claire : nul n’est au-dessus de la loi pas même ceux qui se croient intouchables derrière leurs millions.

Ironie cruelle : pendant que des milliards dorment sur des comptes gelés, la majorité peine à boucler la fin du mois. Le contraste est obscène. Les chiffres du “reward money”, les marchés publics opaques, les villas luxueuses achetées par des sociétés-écrans : tout cela résonne comme une gifle à ceux qui vivent d’un salaire minimum ou d’une pension.

Oui, l’argent parle. Il séduit, il corrompt, il promet l’impunité. Mais l’histoire montre qu’il finit toujours par trahir ceux qui le croient invincible. Soit le pays choisit la transparence et la responsabilité, soit il s’installe définitivement dans le cynisme. Et si, dans cette cacophonie de valises et de virements, une leçon devait émerger, c’est celle-ci : le vrai pouvoir ne se compte pas en millions il se mesure en conscience.