Beaucoup de Mauriciens ont levé les yeux au ciel cette semaine en voyant encore une
fois la même scène se répéter, quand bann dimounn bien placé gagn traka ar la loi, zot
tom malad tout suite, et l’affaire Sattar Hajee Abdoula est venue confirmer ce que
beaucoup ressentent depuis longtemps.
Le CEO de Grant Thornton était interrogé pendant plus de cinq heures par la Financial
Crimes Commission dans une affaire de blanchiment d’argent, et tout indiquait qu’il
allait passer la nuit en détention, mais quelques heures après son interrogatoire, il se
retrouvait admis d’urgence à l’hôpital Dr A G Jeetoo, un malaise venu de nulle part, un
diagnostic urgent, une prise en charge immédiate, et la détention a disparu comme si
elle n’avait jamais existé et direction wellkin .
Dans les bus, dans les bazars, dans les cours, les citoyens ne se sont pas retenus, car
pour un citoyen ordinaire, un malaise ne change rien, la cellule l’attend quand même, et
c’est là que naît ce sentiment de deux mondes séparés, l’un où la loi s’applique sans
discussion, l’autre où un certificat médical peut tout renverser
Un scénario qui tourne en boucle
Depuis quelque temps, dans les affaires les plus sensibles, on assiste presque toujours
au même film, une arrestation, un malaise soudain, une ambulance ou une admission
rapide en clinique, puis des semaines de reports, et à force de répétition, cela
ressemble à un schéma bien maîtrisé plutôt qu’à une simple coïncidence. Le cas de
l’homme d’affaires malgache Mamy Ravatomanga est l’exemple le plus commenté,
transféré d’un centre de détention à une Cardiac Unit, puis régulièrement absent en
cour pour des raisons médicales, il répondait par affidavits et les audiences se
retrouvaient décalées encore et encore, donnant l’impression que la santé devenait un
rempart pratique contre l’avancée de la justice.
L’ancien commissaire de la FCC, Junaid Haroon Fakim, a lui aussi emprunté cette voie
parallèle, convoqué dans l’enquête Ravatomanga, il est transporté en urgence à
l’hôpital Victoria puis transféré à la clinique Wellkin, sans jamais franchir les portes
d’une cellule, il obtient sa caution et repart chez lui, et dans l’opinion publique, ces
enchaînements créent une impression persistante que le système fléchit pour certains
L’histoire de Nasser Beekhy montre pourtant que ce chemin d’admission express n’est
pas infaillible, lui aussi arrêté dans la même enquête, lui aussi admis après un malaise,
ses avocats ont tenté de faire reporter l’audience en expliquant qu’il avait été réadmis
en clinique, mais cette fois-ci, le magistrat Caunhye n’a pas suivi, la FCC dénonçait
déjà une attitude irrespectueuse envers la cour, et le magistrat a refusé le report,
imposant que l’affaire continue
Ce refus rare a prouvé qu’il existe encore des moments où la justice redevient droite et
ferme, mais le simple fait qu’un refus soit perçu comme une exception montre à quel
point le mécanisme des admissions médicales est devenu un réflexe dans les dossiers
sensibles
Un peuple lassé et désabusé
Dans toutes les conversations, un même constat revient, le citoyen ordinaire ne peut
jamais éviter la détention avec un simple malaise, et voir les VIP y parvenir aussi
facilement crée une frustration profonde, car la justice doit être crédible pour être
respectée.
Les Mauriciens observent les hospitalisations brusques, les certificats qui apparaissent
exactement au bon moment, les audiences qui n’avancent pas, et ils se demandent si la
loi s’applique réellement de la même manière pour tous, cette impression de favoritisme
étouffe petit à petit la confiance dans les institutions.
Maurice doit encadrer strictement les admissions médicales en contexte judiciaire, avec
des médecins indépendants, un deuxième avis obligatoire, des durées limitées et des
rapports transmis directement à la cour, car une procédure judiciaire ne peut pas se
retrouver suspendue chaque fois que le suspect se sent mal. Ce débat dépasse
largement le nom de Sattar Hajee Abdoula, il concerne la crédibilité du pays, car une
justice à deux vitesses fragilise tout un système, et tant que la population aura
l’impression que certains peuvent prendre la route de la clinique au lieu de la cellule,
c’est la confiance nationale qui continuera à s’effriter

